La Résolution n°20-NQ/TW du 28 juillet 2026 sur la construction et le développement du Vietnam en tant que grande puissance maritime ne se contente pas de définir des objectifs et des missions. Elle ouvre également une perspective stratégique à long terme, posant les fondements d’une nouvelle approche du développement et de la gouvernance de l’espace maritime.
Le professeur associé et docteur Nguyen Chu Hoi, ancien directeur général adjoint de l’Administration vietnamienne des mers et des îles, député de l’Assemblée nationale de la XVe législature et vice-président permanent de l’Association vietnamienne des produits de la mer, a analysé les atouts du pays, les piliers du développement ainsi que le rôle de la coopération internationale dans la concrétisation de l’aspiration à faire du Vietnam une grande puissance maritime.
Comment évaluez-vous la vision stratégique et la portée de la Résolution n°20, qui définit les orientations pour faire du Vietnam une grande puissance maritime ?
La Résolution n°20 sur la construction et le développement du Vietnam en tant que grande puissance maritime a une portée globale. Elle constitue à la fois un objectif, une mission et l’ouverture d’une nouvelle perspective.
Ce qui distingue particulièrement cette résolution des précédentes, c’est qu’elle ne fixe aucune échéance pour atteindre l’objectif. Cela témoigne d’une vision à long terme, à caractère stratégique, et traduit une nouvelle philosophie du développement du Vietnam.
Cette philosophie du développement repose sur deux fondements essentiels. Le premier tient aux enseignements tirés de l’expérience internationale. Au cours des dix à quinze dernières années, le monde a progressivement adopté une approche de la gouvernance de l’espace maritime. Le Vietnam a étudié les expériences internationales, en tirant les enseignements des réussites comme des échecs.
Le deuxième fondement réside dans la réalité du pays et dans ses besoins urgents à l’aube d’une nouvelle ère de développement, celle de l’essor de la nation.
Nous avons besoin de mesures audacieuses, novatrices et durables, qui garantissent à la fois la prospérité du pays et la protection des droits et des intérêts légitimes de la population. C’est à cette condition que le Vietnam pourra s’affirmer avec force, s’intégrer activement au monde et renforcer sa position sur la scène internationale.
La Résolution n°20 revêt une importance majeure, car elle traduit les grandes orientations stratégiques en missions concrètes pour l’ensemble du système politique, des organes du Parti au gouvernement et à l’Assemblée nationale, en passant par les ministères et les secteurs concernés.
De nombreuses questions, étudiées avec passion par les scientifiques et ayant fait l’objet de recommandations dès 15–20 ans auparavant, à la lumière des expériences et des connaissances acquises dans les forums internationaux, n’avaient pas encore pu être mises en œuvre faute de conditions suffisantes. Elles sont aujourd’hui intégrées de manière concrète dans la résolution.
Le défi est désormais de passer à l’action pour transformer l’esprit de cette résolution en résultats tangibles et en réalisations concrètes, à la hauteur des exigences du développement dans cette nouvelle ère.
La Résolution n°20-NQ/TW du 28 juillet 2026, adoptée lors du 3e Plénum du Comité central du Parti communiste du Vietnam du XIVe mandat et consacrée à la construction et au développement du Vietnam en tant que puissance maritime, considère l’économie maritime comme un moteur important de croissance et prévoit d’étendre les espaces de développement vers le large, les eaux profondes et de nouveaux espaces maritimes.
Selon vous, de quels « atouts majeurs » le Vietnam dispose-t-il aujourd’hui pour jeter les bases de son aspiration à devenir une grande puissance maritime ?
Notre principal atout réside dans le fait que nous avons désormais défini une stratégie de développement claire pour cette nouvelle ère, avec pour objectif de bâtir un pays prospère, puissant et heureux.
Sur cette base, le Parti et l’État vietnamiens ont promulgué de nombreux textes d’orientation, désignant les sciences et les technologies comme moteurs du développement.
Ils s’emploient également avec détermination à lever les blocages institutionnels afin de créer un environnement favorable à une percée économique et de stimuler vigoureusement le développement du secteur privé. L’objectif constant est de parvenir à une croissance économique rapide, efficace et durable.
Plus particulièrement, sur le plan de la gouvernance, nous sommes en train de réorganiser l’espace de développement.
Dans le domaine maritime, la Résolution n°20 marque un tournant important dans la conception du développement : nous passons d’une approche fragmentée, cloisonnée par secteur et insuffisamment coordonnée, à une gouvernance intégrée et cohérente de l’espace maritime.
Cette approche permet de réduire les conflits d’intérêts entre les secteurs qui exploitent une même zone maritime et de remédier à une situation dans laquelle la recherche des bénéfices à court terme d’un secteur risque d’amoindrir le potentiel de développement à long terme d’un autre.
Pour mieux comprendre, la construction d’une grande puissance maritime peut être comparée à une chaise reposant sur quatre pieds, qui correspondent à quatre piliers. Ce n’est que lorsque ces quatre piliers seront tous solides que nous disposerons d’une base durable pour concrétiser l’objectif de devenir une grande puissance maritime.
Plus précisément, le premier pilier est constitué par des institutions et une gouvernance maritimes modernes. Le deuxième repose sur des sciences et des technologies maritimes de pointe. Le troisième consiste à développer une économie maritime performante, verte et durable.
Le quatrième concerne la sécurité et la défense nationales, qui doivent être solides afin de préserver un environnement de paix, la souveraineté ainsi que les droits et intérêts légitimes du Vietnam en Mer Orientale.
La construction d’une grande puissance maritime peut être comparée à une chaise reposant sur quatre pieds, qui correspondent à quatre piliers. Ce n’est que lorsque ces quatre piliers seront tous solides que nous disposerons d’une base durable pour concrétiser l’objectif de devenir une grande puissance maritime.
Il s’agit également d’être prêt à participer pleinement aux activités menées dans les espaces maritimes situés au-delà des zones relevant de la juridiction nationale, notamment dans le cadre de l’Accord sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (BBNJ).
Compte tenu de cette vision à long terme, qui ne fixe aucune échéance pour atteindre l’objectif, la transformation du Vietnam en grande puissance maritime en 2030, 2045 ou 2055 dépendra largement de la vitesse de mise en œuvre et de notre détermination.
L’ambition existe, les orientations sont claires et la voie est tracée ; la question est désormais de savoir à quel rythme nous avancerons.
Pour accélérer cette marche, quel rôle attribuez-vous à la coopération internationale dans l’accompagnement du Vietnam vers la réalisation de cet objectif ?
L’un des objectifs fondamentaux de la construction d’une grande puissance maritime est de parvenir à l’autonomie stratégique dans le domaine maritime en particulier, et dans le développement économique en général, notamment dans un contexte où la concurrence et l’influence des grandes puissances mondiales ne cessent de s’intensifier.
Toutefois, l’indépendance et l’autonomie ne signifient pas qu’il faille « faire cavalier seul » ou se replier sur soi-même. Dans un monde marqué par une intégration croissante et un réseau de partenariats toujours plus ouvert, la coopération internationale constitue un instrument et un moyen essentiels pour aider le Vietnam à consolider et à préserver durablement son autonomie stratégique.
L’autonomie stratégique et l’intégration internationale sont étroitement liées et ne peuvent être dissociées.
Le Vietnam continuera à se lier d’amitié avec les autres pays et avec le monde, tout en restant fermement attaché à son indépendance et à son autonomie. Cette approche se reflète clairement dans des principes de politique étrangère tels que « rester inébranlable sur les principes fondamentaux tout en s’adaptant à toutes les circonstances », une formule synthétisée par notre Parti.
Il s’agit d’une diplomatie habile, profondément ancrée dans l’identité vietnamienne, dont l’efficacité a été démontrée par la pratique.
La position et le prestige du Vietnam sur la scène internationale ne cessent de se renforcer. Nous considérons la reconnaissance de la communauté internationale comme un encouragement à poursuivre notre chemin.
Je suis convaincu que, grâce à la solidarité et aux efforts conjugués de l’ensemble du système politique et de la population, à l’esprit d’unité entre les orientations du Parti et les aspirations du peuple, ainsi qu’à un gouvernement bâtisseur, toujours à l’écoute et agissant dans l’intérêt de la population, le Vietnam progressera davantage sur la voie de la construction d’une grande puissance maritime. Il continuera ainsi à affirmer sa position et son prestige sur la scène internationale.
L’autonomie économique suppose la maîtrise des technologies. Est-ce également l’une des raisons pour lesquelles le Vietnam doit accélérer sa transition vers le développement de l’économie maritime au large et en eaux profondes ?
Tout à fait. Le développement de l’économie maritime au large et en eaux profondes n’est plus seulement une option : il devient une nécessité incontournable.
Les zones côtières subissent aujourd’hui non seulement les effets des activités terrestres, mais aussi les conséquences les plus lourdes du changement climatique et des activités humaines, ce qui entraîne une diminution et une dégradation croissantes des ressources.
Si nous voulons exploiter des ressources présentant une plus grande valeur marchande, nous devons nécessairement aller plus loin au large et descendre davantage en profondeur.
Cependant, la haute mer et les grands fonds constituent des espaces radicalement différents des zones côtières. Ils présentent des risques élevés et exigent des capacités organisationnelles, des technologies et des modes de gouvernance modernes.
Par conséquent, sans maîtriser les technologies, il nous sera très difficile de concrétiser nos objectifs de développement dans ces espaces.