Le 25 septembre 2026, sur les rives de la rivière Nhat Le, à Dong Hoi, dans la province de Quang Tri, une centaine de pigeons ont été lâchés au pied du monument de la Mère Suốt par des délégués vietnamiens et internationaux, parmi lesquels d’anciens responsables, des diplomates, des universitaires, des anciens combattants et des représentants d’organisations non gouvernementales.
Auparavant, ils avaient apposé leur signature sur un panneau portant un Message de paix destiné à être adressé au Secrétaire général des Nations Unies.
La table ronde internationale « De la mémoire à l’avenir : la valeur de la paix », organisée dans le cadre du Festival pour la paix 2026, s’inscrit dans la continuité des efforts déployés par Quang Tri pour préserver la mémoire de la guerre, remédier à ses séquelles et œuvrer à la construction d’un espace culturel de paix.
Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre, cette terre autrefois divisée par le 17e parallèle se tourne vers une nouvelle mission : faire de la mémoire de la guerre le socle d’une culture de paix et devenir un lieu de rencontre pour celles et ceux qui œuvrent en faveur de la paix.
Des cratères de bombes aux rangées d’arbres de la paix
En 1992, l’ancien combattant américain Chuck Searcy, qui avait participé à la guerre du Vietnam en 1967 et 1968, est retourné à Quang Tri.
Constatant que les conséquences de la guerre demeuraient encore visibles en temps de paix, il a, avec ses partenaires vietnamiens, mis en place le projet RENEW, menant des opérations de déminage, des actions de sensibilisation aux risques liés aux engins explosifs et des activités d’assistance aux victimes.
Lors de la table ronde du 25 septembre, il a déclaré que la paix devait être cultivée chaque jour et que c’était précisément ce qu’il avait appris du peuple vietnamien.
Dans cette même dynamique s’inscrit PeaceTrees Vietnam, cofondée par Jerilyn Brusseau, sœur d’un pilote américain mort à Quang Tri en 1969.
Au cours des trois dernières décennies, l’organisation a œuvré aux côtés de Quang Tri dans le déminage, la plantation d’arbres sur des terres débarrassées des engins explosifs, la construction d’écoles et de bibliothèques ainsi que l’accompagnement des communautés.
À partir des premières actions humanitaires, la coopération en matière de remédiation aux conséquences de la guerre s’est progressivement affirmée comme un volet important des relations entre le Vietnam et les États-Unis.
En août 2026, après avoir pris ses fonctions au Vietnam, l’ambassadrice des États-Unis Jennifer Wicks a choisi Quang Tri comme première localité à visiter.
Elle y a rendu hommage aux martyrs à l’ancienne citadelle de Quang Tri et échangé sur la poursuite de la coopération en matière de déminage, de soutien aux victimes de la guerre et de recherche des militaires américains portés disparus.
Quang Tri a également été choisie pour accueillir le programme « Partenariat du Pacifique » deux années consécutives, en 2025 et en 2026.
Ces initiatives contribuent à remédier aux conséquences de la guerre, à renforcer la confiance mutuelle et à approfondir la coopération entre les parties qui se trouvaient autrefois de part et d’autre du conflit.
Après la première édition du Festival pour la paix, organisée en 2024, la deuxième édition, en 2026, a pour thème « De la mémoire à l’avenir - Quang Tri pour la paix ».
La province s’emploie également à faire de Quang Tri « un espace culturel, une destination pour la paix », tout en œuvrant à la création du musée « Mémoire de la guerre et aspiration à la paix » et en envisageant de donner une nouvelle dimension au Festival pour la paix.
La table ronde internationale « De la mémoire à l’avenir : la valeur de la paix », organisée le 25 septembre, s’inscrit dans cette dynamique.
Dans son discours d’ouverture, Ha Hung Cuong, ancien ministre de la Justice et président du Conseil vietnamien pour la paix et le développement, a estimé que la mémoire n’était pas destinée à raviver la haine, mais à comprendre et à apprécier la paix ; non pas à diviser les peuples, mais à favoriser l’empathie et la compréhension mutuelle. Lorsqu’elle est appréhendée dans un esprit humaniste, la mémoire peut devenir le fondement de la réconciliation et de la coopération.
Dans un message adressé à la table ronde, Nguyen Thi Binh, ancienne vice-présidente de la République et première présidente du Conseil vietnamien pour la paix et le développement, qui avait participé aux négociations de Paris et signé les accords de Paris en 1973, a rappelé qu’« un peuple qui a subi de lourdes pertes du fait de la guerre comprend d’autant mieux la valeur de la paix ; regarder le passé en face permet de comprendre ce qui a été perdu et de mieux apprécier le présent, et non d’entretenir la haine ».
Selon Dong Huy Cuong, vice-président de l’Union des organisations d’amitié du Vietnam, construire la paix ne peut se faire par les seules paroles, mais doit passer par des actions concrètes et durables, menées avec persévérance au quotidien.
Jonathan Baker, représentant de l’UNESCO au Vietnam, a souligné que remédier aux blessures laissées par la guerre ne consistait pas seulement à reconstruire les infrastructures, mais également à restaurer la confiance au sein de la société.
Selon lui, l’éducation à la paix et l’apprentissage interculturel permettent aux jeunes de développer leur capacité d’écoute, d’empathie et de dialogue, ainsi que de résoudre les divergences par des moyens pacifiques.
À l’issue de la rencontre, les participants ont apposé leur signature sur un panneau dédié à la paix, formulant le vœu que celle-ci règne parmi tous les peuples, dans chaque foyer et dans chaque pays, avec ce message : « Nous sommes ici, unis par la main et par un même vœu : que la paix règne parmi tous les peuples, dans chaque foyer et dans chaque pays ! Pas de guerre contre qui que ce soit, où que ce soit et pour quelque raison que ce soit ! »
Le message, décliné dans les six langues officielles des Nations Unies ainsi qu’en vietnamien, sera transmis au Secrétaire général des Nations Unies par la voie diplomatique.
Faire de la paix une composante de l’identité de Quang Tri
Le chemin pour que la paix devienne véritablement une composante de l’identité de Quang Tri reste encore long et exige de nombreux efforts.
Premièrement, il faut poursuivre la dépollution des terres. Le déminage, l’aide aux victimes de l’agent orange et aux personnes handicapées doivent continuer de constituer une priorité absolue.
Deuxièmement, il faut développer des institutions consacrées au savoir et à la recherche. Un musée national est nécessaire, mais il ne saurait suffire. Quang Tri a besoin d’un centre ou d’un institut de recherche sur la paix et la réconciliation, en lien avec des universités vietnamiennes et étrangères.
Les tables rondes ou des rencontres internationales pourraient également devenir des forums réguliers permettant aux chercheurs, aux acteurs de la paix et à ceux qui ont directement participé aux processus de réconciliation de se rencontrer et d’échanger.
Troisièmement, il faut introduire l’éducation à la paix dans les établissements scolaires.
L’ancienne citadelle de Quang Tri, Vinh Moc, Hien Luong et de nombreux autres sites historiques pourraient devenir des « salles de classe à ciel ouvert », où les jeunes générations ne se contenteraient pas d’entendre raconter la guerre, mais prendraient également la mesure de son coût et de la responsabilité qui leur incombe de préserver la paix.
Quatrièmement, il faut développer un tourisme de mémoire responsable. Relier les sites liés à la guerre au patrimoine naturel de Phong Nha-Ke Bang, à la mer de Nhat Le, à Cua Tung, à Cua Viet et au corridor économique est-ouest pourrait donner naissance à des itinéraires à la fois riches sur les plans historique et culturel et susceptibles d’offrir des moyens de subsistance aux populations locales.
Mais la mémoire de la guerre ne devrait pas être exploitée uniquement comme un produit commercial.
Cinquièmement, il faut faire des habitants les acteurs de cette démarche. La paix ne réside pas uniquement dans les festivals, les musées ou les signatures apposées sur un panneau.
Elle doit se traduire par une ville où il fait bon vivre, par la justice sociale, par un environnement sain… conformément aux critères que l’UNESCO avait retenus pour évaluer Hanoi il y a près de trente ans.
Enfin, il faut de la persévérance. Une reconnaissance de l’UNESCO peut intervenir après quelques années d’efforts, mais une véritable identité culturelle de paix doit être cultivée au fil de plusieurs générations.
Autrefois, la Mère Suốt traversait la rivière Nhat Le à la rame sous les bombardements pour faire passer les soldats sur l’autre rive.
Aujourd’hui, au pied du monument de la Mère Suốt, les pigeons s’envolent, emportant le vœu de paix formulé par les Vietnamiens comme par leurs amis internationaux.
Quang Tri choisit de préserver la mémoire comme une leçon, afin de poursuivre les actions concrètes en faveur de la remédiation des conséquences de la guerre, de la réconciliation, de la coopération et du développement. C’est également ainsi que Quang Tri donne à son message de paix une portée durable.