Ces dernières années, le projet a permis de planter des centaines de milliers d’arbres sur des terrains dégradés dans plusieurs provinces montagneuses, de Lao Cai à Lai Chau, Dien Bien, Phu Tho, Son La et Hoa Binh (au Nord du Vietnam). Au-delà du reboisement, l’initiative ouvre également de nouvelles perspectives économiques grâce à un modèle de subsistance « multi-étagé », associant arbres forestiers, fruitiers et plantes médicinales.
D’un rêve individuel à un mouvement collectif
À l’origine de ce projet se trouve Sung A Cai, un jeune Hmong originaire de la commune de Van Chan (province de Lao Cai). Issu d’une famille modeste de six enfants, il a grandi dans des conditions difficiles. « Mon père est tombé malade lorsque j’étais en sixième, et toute la charge familiale reposait sur ma mère. Les repas étaient souvent très simples », se souvient-il.
Malgré les obstacles, il poursuit ses études loin de chez lui, avant d’être admis à l’Université pédagogique de Hanoï. C’est avec ses économies issues de bourses et de récompenses scolaires qu’il achète ses 1 000 premiers plants. « J’ai convaincu ma famille de planter des arbres. Je leur disais simplement : avec la forêt, il y aura moins de catastrophes et plus d’eau », explique-t-il.
À partir de cette première initiative, le projet s’étend progressivement grâce à l’implication de bénévoles, d’étudiants et d’organisations locales. Aujourd’hui, le programme « Un million d’arbres » a permis de planter plus de 950 000 arbres, contribuant à atténuer les effets du changement climatique.
Changer les mentalités pour un développement durable
Pour Sung A Cai, le principal défi ne réside pas dans la plantation d’arbres, mais dans l’évolution des mentalités. « Les habitants privilégiaient les cultures à court terme et ne percevaient pas encore la valeur à long terme de la forêt », souligne-t-il.
Pour convaincre, il mise sur des modèles pilotes. En découvrant les bénéfices concrets, les populations locales commencent à adopter ces pratiques. Le modèle agroforestier mis en place permet de diversifier les revenus et de réduire les risques, en combinant cultures forestières, fruitières et médicinales.
« Nous ne voulons pas seulement planter des arbres, mais permettre aux habitants de vivre de la forêt », insiste-t-il. Une approche qui favorise à la fois la protection des ressources naturelles et la stabilité économique des communautés.
Une jeunesse engagée au cœur du changement
L’expérience de Sung A Cai illustre le rôle croissant des jeunes des régions montagneuses dans la transformation économique locale. Grâce à leur accès au savoir et à leur capacité de mobilisation, ils deviennent des acteurs clés du développement.
« Les jeunes ne remplacent pas les générations précédentes, ils les complètent », affirme-t-il, soulignant l’importance de conjuguer innovation et savoir-faire traditionnel.
Au fil des années, les forêts plantées ont non seulement transformé les paysages, mais aussi les perceptions. De plus en plus de familles adoptent des cultures durables et s’inscrivent dans une logique de développement à long terme.
Pour son engagement, Sung A Cai a reçu plusieurs distinctions, dont le prix « Jeunesse engagée pour la communauté » (2022), « Jeune inspirant » (2023) et « Volontariat national » (2024). Des reconnaissances qui témoignent d’un parcours exemplaire et d’une volonté de changement durable.