Si la plupart n’ont pas encore été identifiés, la ville les accueille comme les siens, avec la promesse de poursuivre les recherches pour rendre un nom à ceux qui ont sacrifié leur vie pour l’indépendance et la liberté du pays.
Le 14 octobre au matin, le Premier ministre Le Minh Hung a assisté aux cérémonies d’hommage et de commémoration organisées au parc Le Thi Rieng, ainsi qu’à l’inhumation, au cimetière des martyrs de Hô Chi Minh-Ville, des restes de 731 cadres et combattants tombés lors de l’Offensive générale et du soulèvement du Têt Mâu Thân de 1968.
Des fleurs blanches pour un dernier hommage
Des chrysanthèmes blancs jalonnent le parcours du cortège transportant les restes des 731 soldats du parc Le Thi Rieng au cimetière des martyrs de Hô Chi Minh-Ville.
Tout au long des rues empruntées, de nombreux habitants attendent depuis les premières heures de la matinée. Au passage lent du cortège, beaucoup inclinent silencieusement la tête et lèvent leurs fleurs en guise d’adieu et de gratitude envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour l’indépendance et la liberté du pays.
Parmi la foule se trouvent d’anciens combattants, mais aussi des pères venus avec leurs enfants pour assister à ce retour si particulier. Certains ont pris congé ou interrompu leurs activités quotidiennes afin de rendre hommage à des soldats dont ils n’ont jamais connu le visage.
Dès 6 h 30, Mai Hoa, habitante du quartier de Go Vap, est présente avec un groupe d’amis au rond-point Diên Biên Phu. Ayant appris l’organisation des cérémonies d’hommage et d’inhumation des martyrs retrouvés au parc Le Thi Rieng, elle a demandé à modifier ses horaires de travail pour pouvoir leur dire adieu.
En regardant le cortège avancer entre les rangées d’habitants tenant des fleurs blanches, elle confie, émue :
« Après tant de décennies, ces soldats ont enfin été retrouvés et accueillis dans le souvenir et l’affection de leurs compatriotes. »
Au carrefour de Binh Thai, Nguyen Duc Hoang, élève du lycée Phuoc Long, est venu avec ses camarades et leur enseignante sur l’avenue Vo Nguyen Giap pour saluer les soldats.
Né en temps de paix, Hoang ne connaît la guerre qu’à travers les livres, les films documentaires et les récits de ses aînés. En découvrant le travail de recherche et de rassemblement des restes des soldats, il prend davantage conscience des pertes que de nombreuses familles portent en elles depuis des décennies.
Cette cérémonie l’amène aussi à réfléchir à la responsabilité de sa génération : étudier, s’engager et contribuer au développement de sa ville et de son pays.
Auparavant, au parc Le Thi Rieng, Nguyen Thanh Ha, habitant du quartier de Tan Son, était venu rendre hommage aux soldats avec sa fille, élève de troisième.
Il raconte que son père, originaire de la province de Hung Yen, était militaire. Envoyé sur le front du Sud en 1967, celui-ci avait été blessé pendant son déplacement.
Depuis son enfance, Nguyen Thanh Ha a entendu son père évoquer ses compagnons d’armes, dont beaucoup ont péri lors de l’Offensive générale et du soulèvement du Têt Mâu Thân de 1968.
Il tenait à ce que sa fille assiste personnellement à cette cérémonie pour comprendre que la paix dont bénéficie aujourd’hui le pays a été acquise au prix d’immenses sacrifices.
Sur le parcours menant les soldats vers leur dernière demeure, certains habitants distribuent gratuitement des fleurs, tandis que d’autres offrent de l’eau aux personnes venues attendre le cortège.
La reconnaissance de Hô Chi Minh-Ville envers les soldats disparus s’exprime ainsi à travers des gestes simples, des fleurs blanches et des têtes silencieusement inclinées.
Une promesse faite à ceux qui n’ont pas encore de nom
Dans son éloge funèbre prononcé lors de la cérémonie, Nguyen Manh Cuong, vice-président du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville et chef du Comité municipal chargé de la recherche, du rassemblement et de l’identification des restes des soldats tombés pour la Patrie, a évoqué ces combattants venus de toutes les régions du pays pour rejoindre le front de Saïgon–Gia Dinh.
Certains avaient quitté les villages du Nord, berceaux des chants populaires quan ho. D’autres avaient grandi dans les régions du Sud, au rythme des mélodies du vong cô, ou dans de modestes campagnes où résonnaient les chants traditionnels. Ils étaient paysans, ouvriers, artisans, enseignants, étudiants, de jeunes hommes et femmes dans la fleur de l’âge.
Originaires de régions différentes, ils s’étaient retrouvés dans un même combat pour l’indépendance et la réunification nationale.
Nombre d’entre eux sont tombés sans pouvoir tenir la promesse de revenir auprès de leurs familles ni connaître le jour où leur pays retrouverait la paix.
Près de 60 ans se sont écoulés depuis que ces combattants ont été enterrés sur le site de l’ancien cimetière Do Thanh, devenu aujourd’hui le parc Le Thi Rieng.
Du 23 juin au 5 octobre, l’équipe K74, relevant du Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville, et les forces mobilisées ont retrouvé et rassemblé les restes de 731 soldats.
Parmi eux, 698 ont été découverts dans des sépultures individuelles, tandis que 33 autres ont été retrouvés dans huit emplacements de fosses communes.
Des objets personnels ont été découverts auprès des restes de 307 soldats. Après tant de décennies, les seuls vestiges retrouvés sont parfois une photographie décolorée, un flacon d’huile médicinale, un peigne, une bague, un collier, une gourde ou une paire de sandales en caoutchouc.
Ces objets du quotidien, autrefois familiers aux combattants, constituent aujourd’hui de rares indices permettant aux équipes de recherche de recouper et de vérifier les informations.
À ce jour, la plupart des soldats dont les restes ont été retrouvés n’ont toujours pas été identifiés.
Derrière chacun d’eux se trouve peut-être une famille qui attend depuis plusieurs générations, un village natal qui ignore encore où repose l’un des siens.
Lors de la cérémonie, Nguyen Manh Cuong a déclaré avec émotion :
« En raison de la violence des combats et du temps écoulé, nous n’avons pas encore pu déterminer le nom, l’âge, ni le lieu d’origine de la plupart des soldats dont les restes ont été retrouvés cette fois-ci. »
Au nom des autorités du Parti, des pouvoirs publics et de la population de Hô Chi Minh-Ville, il leur a adressé une prière empreinte de respect :
« Quelle que soit votre terre natale, nous vous prions de considérer Hô Chi Minh-Ville comme une terre d’accueil où vous pourrez désormais reposer en paix. »
Ces paroles résonnent alors que les soldats ont enfin été retrouvés, mais que, pour beaucoup, le chemin du retour vers leur famille demeure inachevé.
La ville leur offre aujourd’hui une dernière demeure, tandis que la recherche de leurs noms, de leurs origines et de leurs proches doit se poursuivre.
Hô Chi Minh-Ville entend ainsi continuer à mettre en œuvre la campagne intitulée « 500 jours et nuits pour intensifier la recherche, le rassemblement et l’identification des restes des soldats tombés pour la Patrie ».
Les équipes élargiront leurs investigations aux sites susceptibles d’abriter encore des restes humains, notamment dans les zones où se sont déroulés de violents combats.
Parallèlement, la ville poursuivra les prélèvements biologiques sur les restes des soldats ainsi que les prélèvements d’ADN auprès de leurs proches, afin de procéder à des analyses comparatives et de conserver les données dans la banque nationale de données génétiques.
Même si le temps a transformé les paysages et effacé de nombreuses traces, chaque information vérifiée peut ouvrir une nouvelle possibilité de rendre une identité à un combattant disparu.
Nguyen Manh Cuong a affirmé que, malgré les nombreuses difficultés qui subsistent, la ville et les forces mobilisées ne négligeraient aucune piste ni aucune méthode pour poursuivre la recherche des soldats ayant sacrifié leur vie pour l’indépendance et la liberté de la Patrie, afin de leur permettre de retrouver, un jour, leur famille et leur terre natale.