Dans cet écosystème verdoyant où fleurissent des centaines d’espèces végétales, des milliers de colonies d’abeilles sans dard, appelées ong du, produisent un miel au goût unique : doux, légèrement acidulé et profondément marqué par les saveurs de la montagne.
Au début du mois de mars, sous le soleil brûlant des hautes terres, nous empruntons une route serpentant à travers des collines autrefois stériles. En quelques années seulement, le paysage s’est transformé de façon spectaculaire.
De loin, la région ressemble désormais à un jardin écologique à plusieurs strates. Des rangées de plantes médicinales locales se mêlent aux arbres forestiers et aux herbes sauvages, créant une oasis de verdure inattendue dans cette terre sèche. Dans cet environnement paisible, le bourdonnement des abeilles compose une véritable symphonie naturelle.
Une idée née presque par hasard
Au cœur de ce jardin balayé par le vent et le soleil, Nguyen Tien Hiep, fondateur du modèle, nous ouvre l’une des petites « maisons » destinées aux abeilles tout en racontant l’origine de cette initiative.
« Au départ, je voulais simplement créer une zone de culture de plantes médicinales locales pour fournir des matières premières à l’atelier familial », explique-t-il. « Je souhaitais aussi offrir du travail aux habitants de l’ethnie Raglai et trouver de nouvelles cultures à forte valeur économique pour cette terre aride. »
Peu à peu, diverses plantes médicinales ont été introduites. Entre elles poussent naturellement des arbustes sauvages et des fleurs de montagne. À mesure que l’écosystème se reconstituait, la faune locale a commencé à revenir.
« Un jour, j’ai remarqué que de plus en plus d’abeilles apparaissaient : abeilles géantes, abeilles naines, guêpes… et surtout les abeilles sans dard. Elles construisaient leurs nids dans les troncs d’arbres ou dans les murs. J’ai alors pensé : pourquoi ne pas leur offrir un habitat adapté, en harmonie avec la nature ? », raconte-t-il.
Un « village » de plus de 1 000 ruches
À partir de quelques colonies naturelles, Nguyen Tien Hiep a commencé à fabriquer de petites ruches en bois. Au fil du temps, leur nombre a augmenté : des dizaines, puis des centaines, jusqu’à atteindre aujourd’hui plus de 1 000 « maisons d’abeilles » dispersées dans le jardin.
Ce qui frappe le visiteur, c’est l’atmosphère paisible du lieu. Les minuscules abeilles tournoient autour des ruches, sans provoquer la moindre inquiétude.
« Beaucoup de gens ont peur des abeilles à cause des piqûres », explique-t-il en souriant. « Mais les ong du sont totalement différentes : elles n’ont pas de dard. Elles sont donc inoffensives et très faciles à approcher, même pour les enfants. »
Bien que minuscules, ces abeilles possèdent une organisation sociale remarquable et vivent en colonies harmonieuses. Cette caractéristique facilite leur élevage et ouvre la voie à un modèle de tourisme écologique.
Sous la canopée des plantes médicinales, les petites ruches en bois sont alignées en rangées ordonnées. De temps en temps, Hiep ouvre délicatement l’une d’elles pour vérifier la production. À l’intérieur, de petites gouttes de miel translucide brillent comme de l’ambre.
« Le miel d’ong du a une saveur très particulière : douce, légèrement acidulée, différente du miel traditionnel. Beaucoup de personnes l’utilisent pour ses bienfaits sur la santé, notamment lorsqu’il est associé à des plantes médicinales locales », explique-t-il.
Un modèle agricole modernisé
Le projet ne se limite pas à l’élevage d’abeilles. Le « village des abeilles » est géré selon une approche moderne par la coopérative agricole et pharmaceutique Phuoc Tan, qui supervise la culture des plantes médicinales et l’ensemble du site.
Les ruches sont construites selon des normes précises et progressivement numérisées afin de permettre un suivi à distance grâce à des codes QR. Cette méthode facilite la gestion scientifique de milliers de colonies.
En fin d’après-midi, la lumière dorée descend doucement sur les collines de Da Trang. Le soleil reste vif, mais l’air se fait plus doux. Les abeilles poursuivent leur va-et-vient infatigable entre les fleurs du jardin.
Qui aurait imaginé qu’un lieu autrefois couvert de pierres puisse devenir un écosystème florissant où l’homme et la nature coexistent en harmonie ? Au cœur de ce paysage renaissant, les petites abeilles sans dard racontent silencieusement l’histoire d’une terre de montagne qui retrouve la vie.