Vietnam et ASEAN : renforcer leur position dans les chaînes de valeur mondiales

​Réunis à Hô Chi Minh-Ville, des experts et des représentants des entreprises ont appelé les pays de l’ASEAN à renforcer leur intégration régionale, à développer l’innovation et à mieux valoriser leurs atouts pour consolider leur place dans les chaînes de valeur mondiales.

Les intervenants lors du forum économique d’automne 2026 (AEF 2026). Photo : VNA.
Les intervenants lors du forum économique d’automne 2026 (AEF 2026). Photo : VNA.

Le Forum économique d’automne 2026 (AEF 2026), organisé le 27 octobre par le Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville en partenariat avec le Forum économique mondial, a consacré une session thématique au repositionnement du Vietnam et de l’ASEAN dans les chaînes de valeur mondiales. Les discussions visent à identifier les défis à relever et les solutions à mettre en œuvre pour renforcer la résilience du Vietnam et de l’ASEAN et mieux les préparer aux enjeux futurs.

Nguyen Thuy Lam Tuyen, directrice générale, présidente du conseil d’administration et responsable d’ABB au Vietnam, a souligné l’attractivité croissante de l’ASEAN, qui compte plus de 680 millions d’habitants. L’urbanisation rapide alimente la demande en infrastructures électriques et numériques, tandis que les investissements dans l’industrie manufacturière contribuent à soutenir une croissance économique annuelle moyenne de 5 %.

Selon elle, les pays de la région, notamment le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie, ne misent plus uniquement sur le faible coût de leur main-d’œuvre. Ils investissent également dans la production avancée, la transformation numérique et l’automatisation, tout en bénéficiant d’un vaste vivier d’ingénieurs et de jeunes travailleurs. Les accords économiques régionaux et les complémentarités entre les onze pays membres constituent d’autres atouts.

Sacha Dray, représentant de la Banque mondiale (BM) au Vietnam, a rappelé que l’ASEAN représente une économie de 4 000 milliards de dollars et pourrait devenir la cinquième économie mondiale dès l’année prochaine. La région attire chaque année plus de 15 % des flux mondiaux d’investissements directs étrangers (IDE), dispose de plus de 370 millions de travailleurs et affiche une ouverture commerciale équivalant à près de 95 % de son PIB.

Malgré ces atouts, plusieurs faiblesses persistent. Sur les 2 000 milliards de dollars d’exportations annuelles de l’ASEAN, seuls 22 % correspondent à des échanges entre ses membres, contre 60 % pour les biens produits et consommés au sein de l’Union européenne. Cela rend l’ASEAN davantage dépendante de la demande extérieure à la région. Dans un monde en pleine mutation, cette dépendance à l’égard des marchés de consommation des États-Unis, de l’Union européenne et d’autres économies développées accroît sa vulnérabilité.

Nguyen Thuy Lam Tuyen a estimé que l’ASEAN doit renforcer son autonomie en développant des spécialisations complémentaires, en diversifiant ses activités et en favorisant l’intégration régionale ainsi que les transferts de compétences et de technologies. L’objectif est de libérer le potentiel des échanges intra-régionaux pour que l’ASEAN ne se contente plus de participer aux chaînes d’approvisionnement mondiales, mais contribue à les façonner grâce à l’ingénierie et à l’innovation.

Pham Quynh Mai, directrice adjointe du Département du développement des marchés étrangers et du commerce multilatéral du ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, a préconisé la création de pôles industriels transfrontaliers réunissant grandes entreprises, petites et moyennes entreprises (PME), universités et centres de recherche. Ces pôles pourraient notamment se développer dans l’électronique, les semi-conducteurs, l’automobile et les énergies propres. Ils contribueraient à attirer davantage d’IDE, à accélérer les transferts de technologies et à rendre les chaînes d’approvisionnement plus efficaces et résilientes.

Sacha Dray a estimé que l’ASEAN avait déjà bien progressé dans la réduction des barrières tarifaires et la création d’un environnement commercial attractif. L’enjeu est désormais d’agir davantage en amont pour aider les entreprises à améliorer leurs capacités de fourniture et à s’adapter à l’évolution des contraintes, notamment aux exigences environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), qui les incitent à innover.

Il a cité le soutien de la Banque mondiale à LG, à Hai Phong, sous la forme d’un prêt de 200 millions de dollars destiné à permettre à sa troisième usine vietnamienne d’utiliser 100 % d’énergies renouvelables, tout en aidant les entreprises locales à devenir fournisseurs de premier ou de deuxième rang.

Les intervenants ont estimé que le Vietnam et les autres pays de l’ASEAN avaient les capacités nécessaires pour monter en gamme dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. L’enjeu est désormais de renforcer la coopération intra-régionale plutôt que la concurrence, en tirant pleinement parti des technologies et des atouts de chaque pays membre.

VNA/NDEL
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