Le XIVe Congrès du PCV est attendu comme un moment clé. En quoi est-il important pour le développement à long terme du Vietnam, dans le contexte actuel de profondes mutations ?
Le XIVe Congrès intervient à un moment charnière pour le Vietnam, à la fois sur les plans interne et international. Il s’inscrit au terme d’une séquence politique très structurée, au cours de laquelle le Vietnam a engagé une accélération des réformes économiques et administratives. Plusieurs textes structurants ont été adoptés par l’Assemblée nationale en 2025, notamment en matière d’investissement, de gouvernance économique et d’action publique. Ces réformes sont suivies de très près par les investisseurs internationaux, y compris français et européens.
Le XIVe Congrès se déroule également dans un environnement international marqué par une brutalisation des relations internationales, le retour assumé des rapports de force, une fragmentation croissante et des incertitudes fortes et durables sur l’avenir, y compris à court terme. Dans ce contexte, la France et le Vietnam partagent un attachement commun à des principes essentiels : la confiance et le respect des partenaires, la défense des souverainetés, ainsi que la préservation du multilatéralisme afin de rechercher des solutions collectives aux défis vitaux du monde. Ces principes apportent prévisibilité et stabilité, et sont indispensables au développement à long terme.
En tant que partenaire stratégique global, la France entend accompagner le Vietnam dans ses efforts avec une approche très concrète, comme elle le fait depuis quarante ans : appui aux réformes, financement de projets structurants et partenariats de long terme dans les secteurs clés de l’économie vietnamienne.
Quel impact les orientations du Congrès peuvent-elles avoir sur la capacité du Vietnam à se projeter dans la région et sur la scène internationale ?
Le Vietnam s’est fixé des objectifs clairs à l’horizon 2030 et 2045, articulant développement économique et social, transition verte et économie numérique. Cette trajectoire fait évoluer son rôle régional et international, qu’il entend assumer pleinement au service de la stabilité.
La France accompagne cette projection internationale du Vietnam, d’abord à travers des coopérations concrètes sur les enjeux globaux. Sur le climat, par exemple, la France soutient les engagements du Vietnam dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), avec une contribution française de 500 millions d’euros via l’Agence française de développement (AFD), déjà traduite par des projets concrets portant sur le réseau électrique et les infrastructures énergétiques.
Dans les transports et les infrastructures, la France souhaite travailler avec le Vietnam sur des projets d’envergure, qu’il s’agisse du ferroviaire, de la connectivité urbaine ou de l’aviation civile. Ces projets structurants, indispensables au développement, contribuent directement à l’intégration régionale du Vietnam et à son attractivité.
Enfin, le Vietnam s’affirme de plus en plus comme un acteur engagé en faveur de la paix et de la stabilité internationales. Avec l’Union européenne (UE), nous soutenons par exemple le Département des opérations de maintien de la paix. Nous avons également salué l’organisation par le Vietnam de la cérémonie de signature de la Convention des Nations unies sur la cybercriminalité, qui témoigne de sa capacité à jouer un rôle normatif sur la scène internationale. Nous coopérons par ailleurs avec la présidence vietnamienne de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Cet engagement se traduit aussi par la participation du Vietnam aux grandes coalitions multilatérales sur les biens publics mondiaux. Le Vietnam apporte son plein soutien au Pacte de Paris pour les peuples et la planète et s’est engagé sur la gouvernance des océans en ratifiant l’accord sur la haute mer, dont l’entrée en vigueur est prévue le 17 janvier 2026.
Comment la France perçoit-elle la gouvernance du Vietnam à la lumière de ses succès socio-économiques récents, et quelle appréciation formulez-vous du bilan de 40 ans de Dôi moi ?
Le regard de la France s’inscrit dans le temps long. En quarante ans, depuis le lancement du Dôi moi en 1986, le Vietnam a profondément transformé son économie, réduit massivement la pauvreté, modernisé ses infrastructures et diversifié ses partenariats internationaux. La France accompagne le développement du Vietnam depuis sa réunification, en investissant très tôt dans des coopérations culturelles, scientifiques et techniques.
Dès 1977, la visite du Premier ministre Pham Van Dông en France et la signature d’un accord dans ces domaines ont marqué une étape fondatrice.
Dans les décennies suivantes, la France a soutenu de manière constante l’ancrage du Vietnam dans les cadres européens et internationaux. On peut rappeler, par exemple, le soutien apporté par la France pour l’organisation à Hanoï du sommet de la Francophonie en 1997. Cet engagement a contribué à la structuration du partenariat entre l’Union européenne et le Vietnam dès 1995, à travers un accord-cadre de coopération que la France avait fortement soutenu.
Aujourd’hui, les résultats sont visibles : le Vietnam est une économie dynamique, intégrée aux chaînes de valeur mondiales et un partenaire central au sein de l’ASEAN. La France continue d’accompagner cette trajectoire par des coopérations économiques, universitaires, scientifiques et institutionnelles.
Après le quinquennat 2021-2025 marqué par la pandémie et des turbulences internationales, quelles orientations vous paraissent déterminantes pour les secteurs de partenariat bilatéral ?
La période 2021-2025 a constitué un véritable test de résilience et de solidarité. Elle a montré l’importance de disposer de systèmes de santé solides et de chaînes d’approvisionnement robustes. Pendant la pandémie de COVID-19, la coopération sanitaire franco-vietnamienne a eu une dimension très concrète et humaine : le Vietnam a fourni des masques à la France, et la France a apporté des vaccins au Vietnam.
Pour les années à venir, plusieurs orientations seront déterminantes. D’abord, l’investissement dans les compétences, la formation et la recherche. La montée en gamme de l’économie vietnamienne crée un besoin massif de ressources humaines qualifiées, et la France dispose d’une offre solide en matière de formation universitaire, scientifique et technologique. Depuis trente ans, les coopérations sont nombreuses, notamment à travers trois campus franco-vietnamiens particulièrement performants : le Centre Franco-Vietnamien de Gestion, le Programme de Formation d’Ingénieurs d’Excellence au Vietnam et l’Université des sciences et technologies de Hanoï.
Il ne peut toutefois y avoir de développement durable sans transition verte visant à prévenir les risques liés à la perte de biodiversité. Le Vietnam est particulièrement exposé aux effets du changement climatique. Le dixième anniversaire de l’Accord de Paris, célébré à l’ambassade de France à Hanoi en décembre dernier avec l’ambassade du Brésil, pays hôte de la COP de Belém, et la participation d’autorités vietnamiennes, de l’Union européenne et des Nations unies, a rappelé notre volonté commune de poursuivre nos efforts collectifs, avec le multilatéralisme comme fondement.
Concrètement, la France accompagne les efforts du Vietnam pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, notamment à travers le JETP. Deux premiers projets financés par l’AFD ont déjà été mis en œuvre en 2025. Des financements structurants ont été engagés, notamment 67 millions d’euros pour le réseau de transport électrique et 76 millions d’euros pour le projet de pompage-turbinage de Bac Ái, essentiel à l’intégration des énergies renouvelables.
Depuis l’élévation des relations bilatérales au niveau d’un Partenariat stratégique global en octobre 2024 et les avancées de 2025, quels domaines ont le plus progressé, et quelles perspectives concrètes s’ouvrent pour 2026 ?
Le Partenariat stratégique global a permis de fixer des objectifs plus ambitieux dans plusieurs domaines prioritaires. La France accompagnera davantage le Vietnam dans sa transition énergétique et le renforcement de ses infrastructures. De nombreuses formations de haut niveau ont été engagées ces derniers mois.
Dans les transports, des accords et mémorandums d’entente ont été signés lors de la visite d’État du président Macron, ouvrant un cadre de coopération renforcé dans le ferroviaire, l’aviation et les infrastructures de mobilité.
Sur le plan de la défense, une Lettre d’intention a été signée entre nos ministères, traduisant une volonté commune de renforcer la coopération au service de la paix, de la stabilité régionale et de l’autonomie stratégique du Vietnam.
Quelles sont les attentes prioritaires des entreprises françaises en matière d’orientations juridiques et économiques qui seront définies lors du XIVe Congrès ?
Les entreprises françaises attendent avant tout de la lisibilité et de la prévisibilité. Elles ont besoin d’un cadre clair sur les procédures, la fiscalité, les autorisations et le financement.
La confiance est réelle. Selon les travaux de l’EuroCham, plus de 70% des entreprises européennes au Vietnam se déclarent confiantes dans les perspectives économiques du pays, et une majorité prévoit d’y maintenir ou d’y accroître ses investissements.
La France travaille avec le Vietnam et ses partenaires européens pour que les réformes administratives se traduisent par des délais plus courts, plus de transparence et une meilleure capacité d’exécution, ce qui a un impact direct sur l’investissement et l’emploi.
De quelle manière la France peut-elle accompagner le Vietnam dans des projets comme le train à grande vitesse et le nucléaire civil ?
La France dispose d’une expérience reconnue dans le domaine du train à grande vitesse. Chaque année, plus de 150 millions de passagers utilisent le TGV, et la France détient le record mondial de vitesse sur rail depuis 2007, avec 574 km/h. Notre coopération avec le Maroc illustre comment ces projets peuvent s’accompagner de formation et de transferts de technologies. La France souhaite travailler avec le Vietnam sur ce type de grands projets. À ce titre, la Compagnie générale des chemins de fer du Vietnam (VNR) et la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) renforcent déjà leur coopération, et un consortium franco-espagnol a été retenu pour conseiller les autorités vietnamiennes.
En matière de nucléaire civil, la France dispose également d’une expertise ancienne et reconnue. Aujourd’hui, le nucléaire représente environ 67% de la production d’électricité française, faisant de la France l’un des producteurs d’électricité les moins carbonés d’Europe. Si le Vietnam choisit cette voie, la France peut l’accompagner en matière de sûreté, de transferts de compétences et de cadres institutionnels, dans le respect des standards internationaux et des choix souverains du Vietnam. Nous avons été heureux d’accueillir une délégation vietnamienne au World Nuclear Exhibition de Paris en novembre dernier et poursuivons les discussions avec les autorités vietnamiennes.
En quoi le Congrès peut-il créer de nouveaux leviers pour approfondir le partenariat Vietnam - France et la coopération Vietnam - UE ?
Le Congrès va officialiser les priorités vietnamiennes. Pour la France, cela permet d’aligner précisément les coopérations autour de calendriers réalistes et de projets concrets. Concernant l’UE, dont la France est un acteur majeur, nous soutenons l’élévation des relations entre le Vietnam et l’UE. En 2026, l’objectif est d’approfondir les coopérations dans les domaines prioritaires : énergie, infrastructures, transports, décarbonation, santé, formation et économie numérique, dans un esprit de partenariat de long terme.
Pourriez-vous nous partager trois adjectifs décrivant les perspectives du Vietnam au cours des cinq à dix prochaines années, et quels messages souhaiteriez-vous transmettre à la veille du Congrès et à l’occasion du Têt 2026 ?
Je dirais "ambitieux", "structuré" et "ouvert". Ambitieux, car le Vietnam se fixe des objectifs élevés ; structuré, car les réformes engagées renforcent l’efficacité de l’action publique ; et ouvert, car le Vietnam continue de diversifier ses partenariats et de s’engager activement sur la scène internationale.
À la veille du XIVe Congrès, je souhaite au Vietnam et au peuple vietnamien une pleine réussite pour ce rendez-vous majeur, au service de la prospérité et de la stabilité du pays.
À l’occasion du Têt 2026, qui ouvre l’année du Cheval de Feu, symbole de renouveau et d’élan, j’adresse un message de confiance dans les succès du Vietnam. La France est prête à travailler avec le Vietnam pour transformer ses priorités en réalisations concrètes, dans un esprit de respect, de confiance mutuelle et de partenariat durable.
Vietnam - France : la confiance comme socle à l’heure du XIVe Congrès du Parti