Campagne des 500 jours et nuits :

Vingt ans de dévouement discret en hommage aux soldats tombés pour la Patrie

Sans connaître l’identité ni l’origine des soldats tombés pour la Patrie dont les restes reposent sur leurs terres, plusieurs habitants de la province de Dien Bien (au nord du Vietnam) prennent soin de leurs tombes depuis des années.

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Les autorités, les soldats et les habitants de Dien Bien transportent les restes des martyrs récemment exhumés au cimetière de Tong Khao. Photo : Nhân Dân.

Sous une chaleur accablante et inhabituelle pour la saison, au cimetière de Thanh Luong, dans la commune de Thanh Nua, Doan Thi Van avançait à petits pas. Âgée de 79 ans et encore affaiblie par une longue maladie, elle avait du mal à se déplacer.

Essuyant la sueur qui perlait sur son front, puis discrètement les larmes au coin des yeux, elle confia d’une voix émue : « C’est l’âge qui veut ça. Je suis tellement heureuse que je ne peux m’empêcher de pleurer ! » Son regard se posa ensuite sur une tombe soigneusement entretenue, située près du caveau familial de la famille Phan.

« Cela fait exactement vingt ans que nous avons découvert ses restes. Depuis, il fait partie de notre famille », raconta-t-elle avec douceur.

Mme Van se souvient parfaitement des circonstances de cette découverte. En 2006, son fils, Phan Van Ha, creusait dans le jardin familial, dans l’ancien quartier résidentiel n° 6 de Thanh Truong, aujourd’hui rattaché à la ville de Dien Bien Phu, lorsqu’il découvrit un paquet enveloppé dans une toile de parachute, de forme allongée comme un corps humain. À l’intérieur se trouvaient des os de l’avant-bras, des dents, des os de la jambe et des fragments du crâne, ainsi qu’un briquet, une cuillère, une chaîne et un flacon de pénicilline dont l’étiquette était devenue illisible.

Sans hésiter, Mme Van demanda à son fils et à sa belle-fille d’acheter une petite urne funéraire en céramique afin de préparer les restes du martyr pour l’inhumation. Elle et son fils les enterrèrent ensuite avec soin au cimetière de Thanh Luong. À la maison, elle installa également un autel en mémoire de ce soldat non identifié, par reconnaissance envers celui qui avait combattu et perdu la vie sur le champ de bataille.

Chaque année, le 27 juillet, elle se rend discrètement sur sa tombe et y reste longuement, songeant aux années de guerre.

Comme Mme Van, Tao Thi Nga, qui habite la rue Huu Nghi, dans le quartier de Dien Bien Phu, prend soin depuis de nombreuses années de la tombe d'un martyr de guerre découvert fortuitement sur son terrain. Elle prie sincèrement pour que son âme puisse retrouver sa famille et ses compagnons d’armes.

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Mme Tao Thi Nga, aux côtés des officiers et soldats du Commandement militaire de la province de Dien Bien, dépose avec émotion le drapeau national sur les restes du martyr de guerre dont elle a pris soin pendant de nombreuses années. Photo : Nhân Dân.

En 2012, en creusant au fond de son jardin, dans l’ancien quartier résidentiel n° 4 de Thanh Truong, elle découvrit des fragments d’ossements, de toile de parachute militaire, une corde de parachute, des éclats d’obus et un morceau de fil barbelé. Elle informa immédiatement les autorités locales, acheta une urne funéraire et demanda de l’aide pour organiser les funérailles et aménager une tombe au cimetière de Thanh Luong.

En 2021, lorsque ce cimetière fut déplacé pour permettre la construction d’un aéroport, elle sollicita le gardien du cimetière C1 afin d’obtenir un emplacement près de l’allée pour réinhumer le martyr, « afin qu’il ne se sente pas seul ».

« Quatorze ans se sont écoulés depuis cette découverte et j’ai dû, à deux reprises, transporter seule ses restes pour les réinhumer. À chaque fois, je conduisais ma vieille moto en pleurant, tant j’avais de peine pour lui et pour moi-même. Depuis, je prends soin de sa tombe et lui rends hommage à la maison comme à un membre de ma famille », confia-t-elle, très émue.

Des officiers et soldats du Commandement militaire de la province de Dien Bien, accompagnés de responsables et d’habitants de la commune de Thanh Nua et de la rue Huu Nghi, procédèrent le 30 octobre à l’exhumation et au regroupement des restes de ce martyr de guerre non identifié au cimetière C1.

Les mains jointes, Mme Nga exprima sa gratitude envers le ciel, le Parti, le gouvernement et les autorités à tous les échelons pour la mise en œuvre de la campagne des « 500 jours et nuits », destinée à rechercher et à regrouper les restes des soldats tombés pour la Patrie.

Les larmes aux yeux, elle confia une inquiétude qui l’habitait depuis longtemps : « Tant que je serai en vie, je continuerai à lui rendre hommage et à brûler de l’encens pour lui. Mais je crains qu’après ma mort, mes enfants ne puissent pas poursuivre cette tradition et qu’il n’ait plus personne pour honorer sa mémoire. Heureusement, grâce à cette campagne, il pourra retrouver ses compagnons d’armes et recevoir pour toujours la reconnaissance des autorités et de la population. »

Dans l’espoir de voir ces soldats retrouver leurs familles et leurs compagnons d’armes, Nguyen Duy Thanh et son épouse, Luu Thi Phuong, domiciliés dans le quartier résidentiel Huu Nghi, décidèrent de signaler la présence de huit tombes de soldats tombés au combat sur leur terrain.

Selon M. Thanh, en 2006, alors qu’ils creusaient dans leur jardin, au 48, ancien quartier résidentiel n° 4 de Thanh Truong, les membres de sa famille découvrirent plusieurs amas d’ossements, notamment des fragments de crâne et des os de jambes. À proximité se trouvaient des morceaux de toile de parachute, des sandales en plastique, des flacons de pénicilline et des ceintures.

Informés de cette découverte, les habitants du quartier vinrent brûler de l’encens et se recueillir. Ils conseillèrent à la famille de transférer les restes au cimetière. Mais, suivant leur conviction profonde, M. Thanh et son épouse choisirent finalement d'aménager les tombes à l'endroit même où les soldats reposaient.

Pendant vingt ans, le couple a ainsi entretenu les huit sépultures et brûlé régulièrement de l’encens en mémoire de ces hommes, qu’il considérait comme des membres de sa famille.

En juin 2026, lorsqu’ils décidèrent de s’installer à Hanoï pour faciliter leur travail et la scolarité de leurs enfants, leur principale préoccupation restait le sort de ces huit tombes. Ayant appris l’existence de la « Campagne des 500 jours et nuits », qui prévoit notamment la recherche et le rassemblement des restes de martyrs de guerre, ils décidèrent de signaler leur présence aux autorités compétentes, dans l’espoir que ces hommes puissent enfin retrouver leurs compagnons d’armes.

Le Comité de pilotage provincial chargé de la recherche et du rassemblement des restes des soldats tombés pour la Patrie acheva le 29 octobre l’exhumation des huit sépultures situées sur le terrain familial. Le couple se disait désormais soulagé, sachant que ces hommes seraient pris en charge par le Parti, l’État et la population.

Témoin de l’engagement de ces trois familles depuis la découverte des restes des soldats, Pham Duc Thanh, chef du quartier résidentiel Huu Nghi, déclara avec émotion : « En entretenant bénévolement les tombes et en brûlant de l’encens pendant tant d’années, Mme Van, Mme Nga ainsi que M. Thanh et son épouse ont accompli, au nom de la population, un geste de reconnaissance envers ceux qui ont donné leur vie pour le pays et le peuple. Les habitants de Huu Nghi et de Dien Bien leur sont profondément reconnaissants. »

Remerciant les trois familles pour les informations communiquées, qui ont permis aux forces compétentes d’exhumer et de regrouper les restes de dix soldats les 29 et 30 octobre, le colonel Duong Quoc Long, commissaire politique adjoint du Commandement militaire de la province de Dien Bien, a appelé la population à poursuivre sa coopération.

Les officiers et soldats du Commandement militaire provincial, ainsi que les membres du Comité de pilotage de la Campagne des « 500 jours et nuits » à Dien Bien, espèrent recevoir d’autres informations concernant les tombes de martyrs encore présentes dans les zones habitées, les rizières et les forêts. « Chaque information sur une tombe fait renaître l’espoir de retrouver ces soldats et de les ramener auprès de leurs familles, de leurs compagnons d’armes et de leur terre natale », a-t-il souligné.

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