En marge de la 33ᵉ Conférence diplomatique, Iain Frew, ambassadeur du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord au Vietnam, a accordé un entretien à la presse, revenant sur l’influence croissante de la diplomatie vietnamienne et sur son rôle dans la mobilisation des ressources internationales au service du développement national.
Comment évaluez-vous le rôle joué ces dernières années par la diplomatie vietnamienne dans le renforcement de la position, de l’image et de la voix du pays sur la scène internationale ?
L’image et l’influence du Vietnam sur la scène internationale se sont considérablement renforcées. Cette évolution repose avant tout sur le réseau de relations extérieures toujours plus étendu, approfondi et concret que le pays a activement construit avec ses partenaires du monde entier.
Sur le plan bilatéral, le Vietnam dispose d’un système de partenariats particulièrement impressionnant. La tendance à élever ses relations au rang de partenariats stratégiques globaux témoigne de la place croissante qu’il occupe dans l’architecture internationale.
En 2025, le Vietnam et le Royaume-Uni ont eux-mêmes porté leurs relations à ce niveau, ouvrant ainsi un cadre ambitieux de coopération pour la prochaine étape de leur développement.
Ces partenariats ne revêtent pas uniquement une valeur symbolique et ne reflètent pas seulement un rapprochement entre les pays. Plus important encore, ils établissent une feuille de route concrète, dans laquelle les deux parties définissent clairement les domaines d’action commune et les objectifs à atteindre.
Le Royaume-Uni et le Vietnam ont ainsi identifié plusieurs priorités, allant de la sécurité régionale et maritime aux enjeux plus larges de l’ordre international, notamment la promotion et la défense de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982.
Les deux pays ont également fixé des orientations précises pour soutenir les ambitions vietnamiennes de croissance et de développement, notamment en contribuant à la création d’un centre financier international.
Ces avancées montrent que la diplomatie bilatérale devient un puissant levier pour élargir les espaces de coopération et servir directement les objectifs de développement du Vietnam.
L’influence vietnamienne ne se manifeste toutefois pas seulement dans les relations bilatérales. Elle s’affirme de plus en plus clairement au sein des mécanismes multilatéraux et des forums internationaux.
La voix du Vietnam prend davantage de poids aux Nations Unies, dans leurs institutions spécialisées, au sein de l’ASEAN et dans des cadres régionaux tels que l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), dont le Vietnam assure cette année la présidence.
Je suis particulièrement impressionné par le rôle toujours plus actif, constructif et responsable du Vietnam dans les enceintes multilatérales. Il ne cherche pas seulement à y faire entendre sa voix, mais aussi à travailler avec les autres pays pour apporter des solutions aux défis communs.
Le développement de sa participation aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies en est un exemple remarquable.
De même, en sa qualité de président du CPTPP, le Vietnam œuvre au renforcement du système commercial international à travers un cadre d’échanges ambitieux, progressiste et exigeant.
Le discours prononcé par le secrétaire général du Parti et président de la République To Lam lors du Dialogue de Shangri-La au début de l’année 2026 constitue un autre jalon important.
Il a proposé une lecture claire, directe et pertinente de la situation internationale, tout en montrant comment le Vietnam analyse les mutations mondiales et entend participer activement à un environnement toujours plus complexe.
Cette influence et cette voix croissantes s’accompagnent néanmoins de responsabilités et de défis plus importants.
Le fait que davantage de pays souhaitent connaître le point de vue du Vietnam, attendent de lui une participation plus approfondie aux questions communes et espèrent ses initiatives et ses solutions dans les débats internationaux témoigne de la valeur croissante accordée à sa contribution. Je salue pleinement cette évolution.
Le Vietnam et le Royaume-Uni accordent tous deux une grande importance à de nouveaux domaines tels que la transformation numérique, l’intelligence artificielle, la finance verte et la croissance durable. Quel rôle la diplomatie vietnamienne doit-elle jouer pour mobiliser les ressources internationales au service des objectifs de développement du pays ?
Il faut tout d’abord bien comprendre le rôle d’un diplomate. La valeur fondamentale de la diplomatie réside dans sa capacité à servir de passerelle, en reliant de manière créative et coopérative les personnes, les idées et les institutions pour ouvrir de nouvelles perspectives.
Lorsqu’ils remplissent efficacement cette mission, les diplomates peuvent investir les secteurs émergents, cerner les besoins concrets et mettre en relation les spécialistes avec les possibilités appropriées.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, par exemple, il peut s’agir de rapprocher les experts technologiques des possibilités d’application dans l’éducation ou la santé, mais aussi de nouveaux modèles économiques dans les médias et les technologies.
La diplomatie doit donc créer des connexions porteuses de valeur : promouvoir la coopération entre entreprises, organiser des délégations, élargir les réseaux de partenaires et actualiser constamment ses connaissances pour bien comprendre les enjeux qui façonnent l’avenir.
Cette fonction d’intermédiation est particulièrement importante à une époque où les technologies et l’innovation évoluent très rapidement. Dans plusieurs des domaines de développement que je viens de mentionner, nous observons déjà des exemples concrets de coordination entre diplomates vietnamiens et britanniques, au service d’intérêts communs et des objectifs de développement du Vietnam.
Sur le climat et l’énergie, les deux pays coopèrent dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste afin de mobiliser davantage d’investissements en faveur des énergies renouvelables au Vietnam.
Dans le secteur de l’intelligence artificielle, ils encouragent une gouvernance responsable de l’IA afin de permettre au Vietnam de tirer parti des possibilités offertes par cette technologie pour attirer et déployer de nouveaux investissements.
La coopération bilatérale et les liens entre les entreprises continuent parallèlement de s’étendre dans de nombreux secteurs.
Les diplomates vietnamiens doivent poursuivre dans cette voie : créer activement de nouveaux partenariats, approfondir leur connaissance des domaines innovants et permettre aux différents acteurs de collaborer plus efficacement.
Aucun pays ni aucune organisation ne peut détenir à lui seul toutes les connaissances et compétences nécessaires pour répondre aux nouveaux défis.
Il est donc essentiel d’identifier précisément les besoins, de trouver les personnes disposant des capacités recherchées et de les mettre en relation.
Lorsque la diplomatie remplit efficacement cette fonction, les ressources, les connaissances et les initiatives internationales peuvent être transformées en possibilités concrètes contribuant directement au développement du Vietnam.
Merci, Monsieur l’Ambassadeur, pour cet entretien !