Le développement fulgurant de l’intelligence artificielle accentue les risques liés aux fausses informations (fake news) et aux contenus truqués par IA (deepfake), devenus une menace réelle pour la stabilité sociale et la sécurité de l’information.
Les forces hostiles exploitent désormais ces technologies pour fabriquer des images et des vidéos falsifiées de dirigeants du Parti et de l’État avec un degré de sophistication inédit, dans le but de déformer la réalité, de discréditer les institutions et de semer le trouble dans l’opinion publique.
Quand l’IA transforme les fausses informations en « armes technologiques »
Ces dernières années, l’intelligence artificielle a connu une évolution spectaculaire, notamment dans la création automatisée de contenus textuels, visuels, sonores et vidéo. Quelques manipulations suffisent désormais à produire des vidéos truquées reproduisant avec un réalisme saisissant le visage et la voix d’une personne réelle.
Le danger réside dans le fait que ces technologies, initialement conçues pour le divertissement ou la création de contenus, sont aujourd’hui utilisées à des fins malveillantes : diffusion de fausses informations, manipulation de l’opinion, incitation aux divisions internes ou attaques contre les efforts de développement du Parti et de l’État.
En 2026, les nouvelles générations d’IA générative sont capables de reproduire presque parfaitement les expressions faciales, les mouvements des lèvres, les intonations de voix et les contextes de communication. Une fausse vidéo montrant un dirigeant prononçant un discours peut être créée en quelques minutes avant d’être propagée à très grande vitesse sur les réseaux sociaux.
Grâce aux technologies d’apprentissage profond (deep learning), capables d’analyser les données biométriques, les expressions du visage ou les caractéristiques vocales, les contenus truqués atteignent désormais un niveau de sophistication sans précédent. Les rumeurs sans fondement d’autrefois ont laissé place à des « preuves visuelles falsifiées » extrêmement convaincantes, transformant les deepfakes en véritables « armes informationnelles » menaçant directement la protection des fondements idéologiques du Parti.
Selon de nombreux rapports récents sur la cybersécurité, le Vietnam figure parmi les pays les plus touchés par les fake news et les deepfakes. Une enquête de la société Indochina Research révèle qu’environ 65 % des personnes interrogées sont confrontées à des fausses informations au moins une fois par semaine, principalement via les réseaux sociaux. Une grande partie des utilisateurs éprouve encore des difficultés à distinguer les contenus authentiques des productions générées par l’IA.
Le rapport régional sur la cybersécurité en Asie-Pacifique indique par ailleurs que les fraudes liées aux deepfakes ont augmenté de 1 530 % dans la région. Le Vietnam apparaît aujourd’hui comme l’une des cibles les plus vulnérables de cette nouvelle forme d’attaque numérique.
Les conséquences sont déjà considérables. En 2025, plus de 4 200 affaires d’escroquerie en ligne ont été recensées au Vietnam, causant des pertes estimées à plus de 8 000 milliards de dôngs, les deepfakes jouant un rôle central dans de nombreuses opérations frauduleuses. Plus de 160 millions de données personnelles compromises ces dernières années servent désormais de matière première aux cybercriminels pour entraîner leurs systèmes d’IA.
Les spécialistes de la cybersécurité alertent également sur l’émergence d’une nouvelle génération de contenus falsifiés : faux journaux télévisés, fausses interviews ou faux discours politiques. Dans un environnement où l’information circule en temps réel, quelques heures suffisent pour provoquer une crise médiatique susceptible d’affecter les marchés financiers, l’ordre public ou encore la confiance des citoyens envers les institutions.
Construire un « bouclier » pour protéger les fondements idéologiques du Parti dans l’espace numérique
Dans ce contexte, la défense des fondements idéologiques du Parti ne peut plus se limiter aux médias traditionnels : elle doit être menée activement sur les plateformes numériques. La lutte contre les fake news et les deepfakes ne constitue donc pas seulement un défi technologique, mais aussi une mission politique, médiatique et éducative.
Pour faire face à cette menace, les autorités ne peuvent plus se contenter des méthodes classiques de contrôle de l’information. Une stratégie globale est nécessaire, articulant technologies avancées, cadre juridique solide et mobilisation de la société.
Premièrement, sur le plan technologique, il devient indispensable d’utiliser « l’IA contre l’IA ». Les autorités de cybersécurité, les organismes de régulation et les organes de presse doivent investir massivement dans des outils capables de détecter les deepfakes grâce à l’analyse des images, des anomalies sonores ou des signatures biométriques numériques. Ces dispositifs devraient devenir des normes obligatoires sur les plateformes numériques opérant au Vietnam.
Deuxièmement, il est nécessaire de poursuivre l’amélioration du cadre juridique relatif à la gestion des plateformes numériques et de sanctionner sévèrement les actes de diffusion de contenus falsifiés, de désinformation ou d’attaques contre le Parti et l’État dans l’espace numérique. Les plateformes transfrontalières doivent être clairement responsabilisées dans le contrôle des contenus deepfake, tandis que les peines appliquées aux auteurs de contenus générés par IA à des fins hostiles doivent être renforcées.
Troisièmement, il convient de développer une véritable « immunité informationnelle » au sein de la population. La sensibilisation doit permettre aux citoyens d’acquérir des compétences de vérification des informations, de détection des fake news et une conscience accrue de leur responsabilité lors du partage de contenus sur les réseaux sociaux. Une société résiliente est une société où chaque citoyen développe un esprit critique face aux vidéos « trop parfaites » ou aux contenus émotionnellement manipulateurs, et prend l’habitude de vérifier les informations auprès des médias officiels.
Enfin, la presse révolutionnaire vietnamienne doit continuer d’assumer son rôle central dans l’orientation de l’information. Lorsqu’une vidéo deepfake visant un dirigeant apparaît, les médias officiels doivent réagir rapidement, vérifier les faits, publier des informations transparentes et « reconquérir » l’espace numérique par des informations vérifiées afin d’éviter que les fausses informations ne se propagent dans le vide médiatique.
À l’ère de l’intelligence artificielle, il sera impossible d’empêcher totalement l’apparition des fake news et des deepfakes. L’enjeu essentiel réside désormais dans la capacité à construire une société suffisamment résistante pour ne pas être manipulée par les contenus trompeurs.
La lutte contre les fake news et les deepfakes s’annonce longue et de plus en plus complexe. Mais grâce à une mobilisation coordonnée de l’ensemble du système politique et de la société, le Vietnam peut construire un environnement informationnel plus sain et plus sûr, contribuant ainsi à protéger durablement les fondements idéologiques du Parti à l’ère numérique.