Créer le potentiel pour un cycle de croissance à deux chiffres

Les évaluations positives sur l'économie vietnamienne pour 2026 continuent de se multiplier.

Photo: baodautu.vn
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Toutefois, l'enjeu majeur de l'économie nationale à l'heure actuelle ne réside pas seulement dans l'atteinte d'un objectif de croissance du PIB de 10 % ou plus pour 2026, mais bien dans la mise en place d'assises solides pour une croissance à deux chiffres sur l'ensemble de la période 2026-2030, voire au-delà.

Une capacité d'adaptation résiliente pour maintenir la dynamique de croissance

Les perspectives de l'économie vietnamienne demeurent très favorables au lendemain de l'annonce d'une croissance de 8,18 % au premier semestre 2026. Parmi les observateurs, la Banque Standard Chartered affiche l'optimisme le plus marqué en rehaussant ses prévisions de croissance du PIB du Viêt Nam à 9,5 % pour 2026 et à 11 % pour 2027.

« Bien que les incertitudes mondiales et les pressions inflations exigent une vigilance continue, le Viêt Nam aborde la seconde moitié de l'année en position de force. La solidité de la demande intérieure, le soutien continu aux investissements dans les infrastructures et les capacités de production, couplés à la transition économique en cours, contribueront à consolider un modèle de croissance plus équilibré et durable, appuyant ainsi les objectifs de développement à long terme du pays », souligne Leelahaphan, économiste sénior en charge du Viêt Nam et de la Thaïlande chez Standard Chartered.

En commentant les performances économiques du premier semestre 2026, Leelahaphan insiste sur une croissance « au-delà des attentes », portée par le redressement de l'industrie manufacturière, du secteur des services, des investissements et des politiques de relance. Il met également en avant la « résilience » et la « capacité d'adaptation » de l'économie vietnamienne.

Le terme « au-delà des attentes » est également repris par la banque UOB pour qualifier le bilan du premier semestre 2026. Selon l'institution financière, dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques prolongées au Moyen-Orient et des prix de l'énergie maintenus à un niveau élevé, le taux de 8,18 % surpasse nettement les prévisions initiales. Ce résultat reflète une dynamique globale englobant l'industrie, la construction, les services et l'agriculture, amenant UOB à tabler sur une croissance annuelle d'environ 8,5 %.

De son côté, la banque HSBC souligne dans une récente étude que la résilience de l'économie vietnamienne s'avère plus solide que prévu. L'aspect remarquable ne réside pas uniquement dans le rythme de progression, mais dans la reprise et l'efficacité des leviers de croissance, notamment les investissements publics, le commerce extérieur, le secteur manufacturier et la consommation intérieure. À mesure que les moteurs internes prennent le relais, l'économie gagne en marge de manœuvre face aux chocs extérieurs.

Selon Vu Binh Minh, directeur des marchés de capitaux et du change chez HSBC Vietnam, le pays ne se contente pas de surmonter les turbulences extérieures, mais maintient une trajectoire de croissance très positive.

Toutefois, la reconnaissance la plus marquante émane de la Banque mondiale (BM), qui a officiellement classé le Viêt Nam début juillet 2026 dans la catégorie des pays à revenu tranches supérieures, après que le Revenu National Brut (RNB) par habitant a atteint 4 970 dollars par an en 2025.

D'après la Banque mondiale, ce changement de statut découle de la constance de la croissance économique et des exportations. Entre 2024 et 2025, le volume des exportations a progressé de plus de 15 %, tandis que la croissance du PIB atteignait respectivement 7 % et 8 %. Sur la période 2021-2025, le RNB vietnamien s'est accru à un rythme moyen d'environ 10 % par an, soit l'une des progressions « les plus soutenues et durables de la région ».

Identifier les variables et relever les défis

Bien que les prévisions concernant l’économie vietnamienne soient positives, il est clair que les défis à venir restent considérables. Parmi eux, la question de parvenir à un taux de croissance à deux chiffres en 2026 constitue également une pression non négligeable. Les projections du ministère des Finances indiquent que pour franchir la barre des 10 % sur l'année, le second semestre devra afficher une progression d'au moins 11,7 %.

Parallèlement à la croissance, la stabilité macroéconomique constitue une priorité absolue. Selon Vu Binh Minh, trois variables feront l'objet d'un suivi rigoureux au second semestre : la balance commerciale, l'inflation, ainsi que le taux de change articulé aux niveaux des taux d'intérêt.

Selon les données douanières, le déficit commercial du Viêt Nam s'élevait à 20,46 milliards de dollars mi-juillet 2026. Bien que cet écart s'explique par une forte hausse des importations de machines, d'équipements et de matières premières destinées à soutenir l'activité, sa prolongation pourrait peser sur la croissance, la balance des paiements et la valeur de la monnaie nationale.

En outre, l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) moyen a progressé de 4,38 % sur les six premiers mois, se rapprochant de l'objectif de 4,5 % fixé par l'Assemblée nationale. Si le taux de change fait preuve d'une relative stabilité récente, l'évolution des taux d'intérêt demeure au centre de toutes les attentions.

Ainsi, comme le soulignent les analyses de HSBC, l'économie devra faire face à des pressions accrues d'ici la fin de l'année. La question centrale n'est plus de savoir si l'économie conserve ses moteurs de croissance, mais si ces contraintes macroéconomiques risquent de se manifester simultanément.

Partageant ce point de vue lors d'un récent échange avec la presse, Bui Minh Giap, économiste en chef de la Banque asiatique de développement (BAD) au Viêt Nam, a insisté sur la nécessité de surveiller attentivement les pressions inflationnistes, la progression des importations — désormais plus rapide que celle des exportations — ainsi que la forte dépendance à l'égard des matières premières importés.

« L'enjeu actuel ne réside pas seulement dans l'atteinte d'un taux de croissance élevé, mais dans la capacité à soutenir une croissance durable, de qualité, tout en préservant la stabilité macroéconomique », a affirmé Bui Minh Giap.

L'économiste a également mis l'accent sur le décaissement des investissements publics, soulignant qu'il ne s'agit pas seulement de décaisser davantage, mais d'orienter ces capitaux vers des cibles stratégiques pour en maximiser l'efficacité.

Abordant les perspectives à plus long terme, Shantanu Chakraborty, directeur pays de la BAD au Viêt Nam, a souligné que le modèle de développement économique du pays demeure encore très dépendant du capital — qu'il s'agisse des investissements directs étrangers (IDE) ou du crédit bancaire — ainsi que sur l'avantage des coûts de main-d'œuvre. Ce modèle touche désormais ses « limites », alors que la concurrence pour l'attraction des IDE s'intensifie et que les ressources financières à court terme peinent à financer durablement la croissance à long terme.

Créer le potentiel pour un cycle de croissance à deux chiffres

L'enjeu immédiat pour l'économie vietnamienne dépasse la simple réalisation des objectifs de développement socio-économique fixés pour 2026 — dont le franchissement du seuil de 10 % de croissance du PIB constitue le pilier majeur. Il s'agit avant tout d'établir les fondations d'une croissance à deux chiffres pour l'ensemble de la période 2026-2030, voire au-delà.

Selon les experts de la BAD, pour pérenniser un rythme de croissance élevé, le Viêt Nam doit opérer une transition majeure : délaisser un modèle fondé sur l'accumulation de capital, la main-d'œuvre, le crédit et les IDE au profit d'un modèle tiré par la productivité, l'innovation et le dynamisme du secteur privé national.

Parmi ses recommandations, la BAD préconise de diversifier les façons de mobilisation de capitaux, de développer le marché financier à long terme et d'encourager les investissements dans des secteurs stratégiques tels que l'intelligence artificielle (IA) ou les semi-conducteurs. S'agissant des investissements publics, la BAD recommande d'accélérer les projets à fort effet d'entraînement, notamment dans les infrastructures de transport, la logistique, le numérique et la santé. Ces investissements sont appelés à soutenir la croissance à court terme tout en renforçant la productivité et la compétitivité à long terme.

Outre l'augmentation du volume des investissements, l'efficacité de la dépense publique demeure déterminante. Dans sa volonté de stimuler la croissance, le gouvernement affiche sa détermination à décaisser 100 % des crédits d'investissement public cette année. Toutefois, comme le rappelle Le Thanh Quan, directeur du Département du développement des infrastructures (ministère des Finances), un décaissement rapide n'est qu'une condition nécessaire ; l'objectif ultime reste l'optimisation de l'efficience des projets.

Pour y parvenir, le gouvernement s'est fixé pour cap de ramener le coefficient ICOR (Incremental Capital Output Ratio) à une fourchette de 4,5 à 4,8. Il s'agit d'un défi de taille : au cours du quinquennat 2016-2020, l'ICOR n'a fléchi que de 0,34 point (passant de 6,77 à 6,43 sur la période 2021-2025). Or, pour la période 2026-2030, la feuille de route exige une réduction nettement plus ambitieuse, comprise entre 1,6 et 1,9 point.

Selon les projections du ministère des Finances, les investissements sociaux globaux devront représenter environ 40 % du PIB sur la période 2026-2030 pour soutenir la croissance. En revanche, sans amélioration significative de l'ICOR, l'effort d'investissement global devrait atteindre jusqu'à 70 % du PIB pour prétendre à une croissance à deux chiffres.

C'est pourquoi l'un des leviers fondamentaux pour propulser la croissance réside dans l'optimisation de l'efficacité de l'investissement. Enfin, comme l'a réaffirmé le ministre des Finances Ngo Van Tuan, la réforme institutionnelle doit s'imposer comme un moteur et une ressource à part entière au service du développement.

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