Le retour de quatre intellectuels vietnamiens de l’étranger en 1946 constitue une empreinte particulière dans la pensée de valorisation et de mobilisation des élites intellectuelles du Président Hô Chi Minh.
Dans l’atmosphère commémorative du 85e anniversaire du retour au pays du Président Hô Chi Minh (28/1/1941- 28/1/2026), revenir sur les jalons majeurs liés à la période durant laquelle il dirigea directement la révolution vietnamienne revêt une signification toute particulière. Parmi eux, le retour de quatre intellectuels vietnamiens de l’étranger en 1946 apparaît comme un épisode emblématique de sa vision en matière d’utilisation des talents au service de la nation.
Depuis Cao Bang, où le Président Hô Chi Minh posa le pied sur la terre natale après trente années d’errance à la recherche de la voie du salut national, s’ouvrit une nouvelle étape de la révolution vietnamienne. Celle-ci fut étroitement liée à l’édification de la base révolutionnaire du Viet Bac, au renforcement des forces révolutionnaires et à la préparation des conditions décisives ayant conduit à la victoire de la Révolution d’Août 1945.
Après la naissance de la République démocratique du Vietnam, le jeune pouvoir révolutionnaire dut affronter d’innombrables défis : une économie exsangue, des menaces intérieures et extérieures, ainsi qu’une grave pénurie de cadres scientifiques, techniques et médicaux. Dans ce contexte, le Président Hô Chi Minh mit très tôt en œuvre des orientations majeures, traduisant une vision stratégique claire dans la construction et le renforcement des ressources humaines au service de la résistance et de l’édification nationale.
En 1946, en sa qualité de chef de l’État, le Président Hô Chi Minh se rendit en France pour participer à la conférence de Fontainebleau, avec l’espoir de trouver une solution pacifique pour le Vietnam. Durant son séjour, il eut l’occasion de rencontrer et d’échanger avec la communauté vietnamienne patriote à l’étranger, parmi laquelle figuraient de nombreux intellectuels solidement formés, travaillant dans des environnements scientifiques, techniques et médicaux de pointe. Avant de quitter la France pour regagner le pays, il invita personnellement plusieurs figures intellectuelles représentatives à l’accompagner, afin de ramener avec elles leur savoir et leur engagement au service de la Patrie.
Le 18 septembre 1946, à bord du croiseur Dumont d’Urville qui ramenait le Président Hô Chi Minh au Vietnam, se trouvaient quatre intellectuels vietnamiens de l’étranger emblématiques. Chacun, avec sa spécialité et son parcours propres, fit néanmoins un même choix historique : renoncer à une vie stable à l’étranger pour rentrer servir le pays dans l’une des périodes les plus éprouvantes de l’histoire nationale.
Quatre intellectuels – un choix historique
Tran Dai Nghia, fondateur des sciences et techniques militaires vietnamiennes.
L’ingénieur Tran Dai Nghia, de son nom de naissance Pham Quang Le, était un scientifique formé en France, ayant travaillé dans les milieux scientifiques et industriels modernes d’Europe. Dès son retour au pays en 1946, il fut chargé par le Président Hô Chi Minh d’organiser et de diriger le Département de l’Armement, organe responsable de la recherche, de la conception et de la fabrication d’armes pour les forces armées révolutionnaires.
Dans des conditions de résistance marquées par un manque extrême de matériel, d’équipements et de ressources humaines, l’ingénieur Tran Dai Nghia et ses collaborateurs réussirent à concevoir et à fabriquer de nombreux types d’armes répondant aux exigences du combat. Ses contributions eurent un impact direct sur la guerre de résistance contre le colonialisme français et jetèrent les bases des sciences et techniques militaires ainsi que de l’industrie de défense vietnamienne dans les années suivantes. Par la suite, à des postes de direction scientifique, il continua à œuvrer pour l’édification des sciences et technologies nationales.
L’ingénieur Vo Quy Huan, formé en France, possédait une expertise approfondie dans les domaines de la mécanique et de la métallurgie. De retour au pays à l’invitation du Président Ho Chi Minh en 1946, il se vit confier la mission majeure de bâtir les bases de la métallurgie au service de la résistance.
Dans un contexte de guerre intense et de pénuries sévères en matériels et équipements, Vo Quy Huan organisa directement la recherche, la conception et l’exploitation du premier haut fourneau de production de fonte du Vietnam indépendant.
La production de fonte en période de résistance ne revêtait pas seulement une portée technique, mais également une importance stratégique pour la fabrication d’armes, d’outils et d’équipements agricoles destinés aux forces armées et à la population. Parallèlement, il accorda une attention particulière à la formation des cadres et ouvriers techniques, contribuant à l’émergence des premières générations de ressources humaines de la fonderie et de la métallurgie vietnamiennes.
Le docteur Tran Huu Tuoc était un professeur de médecine formé en France, spécialiste reconnu en oto-rhino-laryngologie. Après son retour au pays, il s’engagea pleinement dans les activités médicales dans des conditions de résistance extrêmement difficiles.
Il assura directement les soins aux populations et aux combattants, tout en organisant la formation de médecins et d’infirmiers, jetant ainsi les premières bases de la médecine spécialisée au Vietnam. Malgré le manque de médicaments et d’équipements, le docteur Tran Huu Tuoc persévéra dans la réalisation de nombreux traitements et interventions chirurgicales complexes, contribuant à la protection de la santé des forces de résistance et de la population.
Après le rétablissement de la paix, il continua à apporter des contributions majeures au développement de la médecine vietnamienne, laissant une empreinte durable tant sur le plan scientifique qu’éthique.
L’ingénieur Vo Dinh Quynh, après être rentré au pays avec le Président Ho Chi Minh en 1946, se rendit dans le Sud pour rendre visite à sa famille au moment même où éclata la Résistance nationale (19/12/1946). Bloqué à Saigon, il perdit le contact avec l’organisation révolutionnaire et ne put être affecté au poste initialement prévu. Fort de sa formation d’ingénieur des mines et de la métallurgie, il fonda et dirigea une aciérie, devenant une figure influente de l’industrie sidérurgique du Sud et étant surnommé à l’époque le « roi de l’acier du Sud ».
Son parcours illustre que, au sein d’un même événement historique, chaque intellectuel connut un cheminement différent, directement influencé par le contexte national. Néanmoins, répondre à l’appel du retour en 1946 demeura pour lui aussi un jalon déterminant de sa vie.
Le retour des quatre intellectuels vietnamiens de l’étranger en 1946 constitue une marque forte de la pensée du Président Hô Chi Minh en matière de valorisation des intellectuels. Cette décision répondait aux exigences concrètes du pays dans les premières années de la résistance et de l’édification nationale. Bien que de portée limitée en nombre, son impact fut durable, contribuant à poser les premières fondations des sciences et techniques militaires, de la métallurgie industrielle et de la médecine spécialisée vietnamiennes.
À l’occasion du 85e anniversaire du retour au pays du Président Hô Chi Minh, revisiter le chemin allant de Cao Bang en 1941 à Fontainebleau en 1946 permet de discerner clairement un fil conducteur dans sa pensée : le souci constant de construire une force intellectuelle, de rassembler et de valoriser les élites au service de l’indépendance et du développement national. Cette leçon historique conserve, aujourd’hui encore, toute sa valeur dans l’œuvre de construction et de développement du pays.