Finance verte de détail : un potentiel encore inexploité pour l’économie vietnamienne

Cet article propose une analyse approfondie du marché encore émergent de la finance verte de détail au Vietnam, en s'appuyant sur les expériences de plusieurs pays et en formulant des recommandations de politique publique destinées à révéler tout le potentiel de ce segment sur le marché vietnamien.

La finance verte de détail constitue un potentiel encore inexploité pour l'économie vietnamienne.
La finance verte de détail constitue un potentiel encore inexploité pour l'économie vietnamienne.

Un petit commerçant bénéficiant d'un prêt à taux préférentiel pour installer des panneaux solaires, ou un particulier obtenant un prêt hypothécaire avantageux pour acheter un logement économe en énergie : ces exemples illustrent la finance verte de détail, un segment en plein essor qui oriente les choix financiers des ménages vers le développement durable.

La finance verte de détail s'impose progressivement comme un levier de la finance durable, portée par l'amélioration du cadre réglementaire, les innovations technologiques et l'évolution des attentes des consommateurs.

Les grands cadres internationaux, notamment l'Accord de Paris et les Objectifs de développement durable des Nations unies, ont redéfini les priorités des institutions et les attentes des consommateurs.

Face à la montée des préoccupations environnementales, les établissements financiers intègrent de plus en plus les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs produits destinés au grand public.

Un segment encore émergent au Vietnam

Les instruments de la finance verte de détail se répartissent généralement en trois catégories : les produits et services bancaires (prêts, prêts hypothécaires, crédits automobiles, assurances, cartes de crédit), les instruments des marchés de capitaux destinés aux investisseurs particuliers (obligations vertes et durables) et les solutions de technologie financière (fintech), telles que les applications de ludification (gamification) et de suivi des émissions de carbone.

Au Vietnam, la finance verte de détail demeure un segment émergent au sein du marché plus vaste de la finance durable.

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Les choix financiers des particuliers, qu'il s'agisse de prêts hypothécaires ou de produits d'épargne, peuvent jouer un rôle important dans la promotion du développement durable, à condition que la finance verte de détail soit déployée à grande échelle. Source : baoquocte.

Le crédit vert a connu une expansion rapide, atteignant environ 780 000 milliards de dôngs à la fin de 2025, avec une croissance annuelle supérieure à 20 % depuis 2017.

Toutefois, il reste essentiellement orienté vers le financement des entreprises, en particulier dans les secteurs de l'agriculture durable, des énergies renouvelables, des bâtiments écologiques et des transports verts.

De nouvelles opportunités pour les capitaux verts internationaux au Vietnam

La participation des particuliers demeure toutefois limitée.

Les financements verts restent principalement orientés vers les projets d'investissement et peinent encore à atteindre les ménages.

Sur le marché de la banque de détail, plusieurs établissements financiers ont commencé à proposer des produits verts.

HSBC a notamment lancé des prêts destinés aux particuliers souhaitant installer des panneaux solaires en toiture, tandis que Standard Chartered propose des prêts immobiliers pour les logements écoperformants.

Toutefois, l'offre reste moins diversifiée qu'au sein des marchés plus matures, tandis que la connaissance de ces produits par les consommateurs et l'écosystème de soutien demeurent insuffisants.

Parallèlement, le cadre réglementaire vietnamien évolue favorablement avec l'élaboration d'une Taxonomie verte nationale et la publication, par la Banque d'État du Vietnam, de lignes directrices sur le crédit vert.

En 2025, celle-ci a également proposé un projet de décret prévoyant une bonification annuelle de 2 % des taux d'intérêt pour le financement de projets verts, d'économie circulaire ou conformes aux critères ESG.

Des prêts hypothécaires aux produits d'épargne, la finance verte de détail peut contribuer de manière significative au développement durable, à condition d'être déployée à grande échelle.

Les enseignements des expériences internationales

À l’échelle mondiale, la finance verte de détail demeure un secteur émergent, fragmenté et inégalement développé selon les pays.

Les expériences les plus concluantes se rencontrent là où le cadre réglementaire, les produits et les canaux de distribution sont efficacement articulés.

Dans les économies développées, comme l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni, des cadres réglementaires solides et des normes de transparence ont favorisé le déploiement des obligations vertes destinées aux projets d’énergies renouvelables.

L’Irlande offre également un exemple marquant, où les prêts hypothécaires verts se sont rapidement développés, notamment auprès des primo-accédants à revenus élevés.

À l’inverse, les économies en développement soulignent le rôle déterminant des politiques publiques et du soutien institutionnel dans l’essor de la finance verte de détail.

Le Bangladesh, par exemple, a développé un écosystème structuré associant marchés de capitaux, assurance, crédit et obligations vertes, soutenu par un cadre réglementaire proactif et les initiatives de sa banque centrale.

Le comportement des consommateurs est tout aussi déterminant.

Les expériences du Japon et de l’Inde montrent que les investisseurs particuliers sont sensibles non seulement aux bénéfices environnementaux, mais aussi au rendement financier, à la transparence et à la crédibilité des produits.

Les craintes de greenwashing demeurent toutefois un obstacle important à leur adoption.

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Photo d'illustration : Vietnamnet.

Au-delà des initiatives institutionnelles et des mécanismes de marché, les technologies financières (fintech) s’affirment comme un puissant levier.

Des plateformes telles qu’Ant Forest d’Alipay en Chine montrent que les mécanismes d’incitation, la ludification (gamification) et le retour d’information en temps réel favorisent efficacement l’engagement des consommateurs.

Dans l’ensemble, les expériences internationales montrent que le succès de la finance verte de détail repose sur une articulation cohérente entre un cadre réglementaire adapté, l’innovation financière et des mécanismes efficaces d’interaction avec les consommateurs.

Promouvoir la finance verte de détail au Vietnam

La finance verte de détail ne se développe pas spontanément ; elle requiert un cadre de politiques publiques cohérent.

Au Vietnam, son essor passe par une approche coordonnée des pouvoirs publics conciliant transparence réglementaire, incitations financières, innovation des produits et mobilisation des consommateurs.

Premièrement, l’harmonisation du cadre réglementaire est essentielle.

Une taxonomie verte claire, fiable et alignée sur les standards internationaux, notamment ceux de l’Union européenne, renforcerait la confiance dans le marché.

L’expérience montre qu’une définition imprécise des produits « verts » peut freiner aussi bien les établissements financiers que les ménages.

Au Vietnam, l’adoption rapide de la Taxonomie verte nationale et des exigences accrues de transparence pour les produits de finance verte de détail contribuerait à améliorer la crédibilité du marché et la comparabilité des produits.

Deuxièmement, des incitations financières ciblées constitueraient un levier important pour encourager les ménages.

Les bonifications de taux d’intérêt, les crédits d’impôt ou les prêts verts à conditions préférentielles ont déjà prouvé leur efficacité pour stimuler les investissements dans les logements économes en énergie et les énergies renouvelables.

Au Vietnam, leur extension aux installations solaires en toiture, aux logements écoperformants et aux équipements à haute efficacité énergétique soutiendrait la demande sur le marché de détail.

Troisièmement, les politiques publiques devraient encourager l’innovation des produits financiers.

Dans les marchés les plus avancés, la finance verte de détail ne se limite plus aux prêts classiques, mais comprend aussi les prêts hypothécaires verts, les crédits à la consommation intégrant des critères ESG et les produits d’investissement durable.

Enfin, le renforcement de la sensibilisation des consommateurs est indispensable.

Même lorsqu’une demande existe, l’adoption de ces produits reste limitée si les particuliers ne disposent pas d’une information suffisante ou sous-estiment l’impact de la finance verte.

L’intégration de la finance verte dans les programmes d’éducation financière, associée à des mécanismes d’incitation comportementale – tels que des systèmes de récompense et un positionnement clair des produits –, peut contribuer à transformer la prise de conscience en passage à l’action.

Par ailleurs, la réduction de l’écart entre l’offre et la demande sera déterminante pour démocratiser la finance verte auprès des consommateurs.

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