L’essence d’un métier traditionnel centenaire
Sous une fine pluie printanière du début d’année, nous retournons dans ce village d’artisanat traditionnel pour retrouver les traces de la culture ancienne des campagnes du Nord du Vietnam.
Dans cette atmosphère douce et brumeuse, les éventails artisanaux aux couleurs éclatantes apparaissent comme pour préserver la chaleur du village, formant un espace culturel vivant où se rencontrent l’homme et la mémoire.
Situé à environ 30 kilomètres à l’ouest du centre de la capitale Hanoï du Vietnam, le village d’éventails de Chang Son se trouve dans la commune de Tay Phuong (ancien district de Thach That).
Connu depuis longtemps comme un « village aux cent métiers », il existe depuis près de 200 ans.
Le long des petites ruelles, de nombreuses familles se consacrent à la fabrication artisanale d’éventails en papier, dessinant un tableau typique de la campagne traditionnelle, qui s’est développé au fil des siècles.
Selon les habitants du village, au XIXᵉ siècle, l’éventail de Chang Son, à l’origine simple objet du quotidien, fut présenté à Paris lors d’une exposition.
Peu à peu, cet éventail artisanal est devenu un symbole culturel, apparaissant dans les chansons populaires, les estampes traditionnelles de Dong Ho, ainsi que sur les scènes de chèo et de tuồng, portant avec lui la philosophie de vie simple et authentique du peuple vietnamien.
Aujourd’hui, les éventails de Chang Son se déclinent en de nombreux modèles et styles qui attirent les visiteurs venus découvrir le village.
Autrefois, Chang Sơn produisait principalement des éventails en papier ou en fines lamelles de bambou.
Aujourd’hui, l’artisanat s’est diversifié avec de nombreuses lignes de produits : éventails en soie, éventails en gaze, éventails en papier dó décoré à l’aiguille, éventails décoratifs à suspendre au mur, éventails calligraphiés ou encore éventails souvenirs.
Selon Mme Nguyen Thi Tuan (66 ans), née et ayant grandi à Chang Son et exerçant ce métier depuis de nombreuses années, explique que pour réaliser un éventail complet, l’artisan doit passer par des dizaines d’étapes différentes, chaque inscription étant gravée à la main.
Un éventail en papier nécessite environ 17 étapes de fabrication, tandis qu’un éventail en soie en requiert jusqu’à 20, exigeant patience, habileté et longue expérience.
Parmi ces étapes, le bambou destiné aux éventails doit être immergé dans un étang de boue pendant environ huit mois à un an afin d’augmenter sa souplesse, sa résistance et sa durabilité.
Ensuite, il est séché au soleil, puis fendu en fines lamelles, amincies et lissées avant d’être assemblées pour former l’armature de l’éventail.
Cette étape est essentielle, car plus les lamelles sont régulières, plus l’éventail sera solide et esthétique.
De même, l’étape consistant à coller la surface de l’éventail exige une grande précision : la moindre négligence peut faire perdre à l’objet toute sa finesse.
Quant aux prix, les petits éventails en papier de 5 à 6 cm coûtent entre 10 000 et 15 000 dôngs ; les modèles plus grands varient entre 30 000 et 50 000 dôngs, tandis que certains éventails décoratifs en bois peuvent atteindre plusieurs dizaines de millions de dôngs.
Mme Nguyen Thi Tuan confie que le métier d’éventail n’est pas particulièrement pénible, mais exige beaucoup de patience.
Chaque éventail est le fruit d’un amour du métier transmis de génération en génération.
« Ma famille pratique l’artisanat traditionnel des éventails depuis trois générations. Nous fabriquons surtout des éventails en papier, ainsi que des éventails en tissu fleuri ou en lin, en réutilisant même des chutes de tissu provenant d’ateliers de couture. Depuis deux ans, nous recréons également des éventails anciens tels que l’éventail en papier dó décoré à l’aiguille ou les éventails en gaze aux motifs de rouleaux calligraphiques ou de dragons entourant la lune, afin de préserver et de valoriser la culture traditionnelle », explique Mme Tuan.
Bien que les éventails soient aujourd’hui fabriqués avec de nouveaux matériaux plus solides et plus esthétiques grâce aux technologies modernes, l’essence de l’éventail traditionnel demeure dans le savoir-faire et la minutie des artisans.
La technologie ne peut remplacer la main de l’homme, qui laisse une empreinte unique appréciée par les visiteurs vietnamiens et étrangers.
Transmettre le métier et préserver la culture vietnamienne
Dans la vie moderne, où les machines remplacent progressivement de nombreux travaux manuels, il fut un temps où l’éventail de Chang Son semblait voué à disparaître.
Mais grâce aux artisans passionnés, comme la famille de Mme Tuan, le métier a été relancé et le village artisanal ancien de Chang Son a été préservé et développé, ses produits étant aujourd’hui exportés vers des marchés tels que la Corée du Sud et la France.
Au-delà de la production, le village est devenu une véritable destination touristique à petite échelle, proposant des expériences de découverte du métier pour les jeunes générations.
Des ateliers sont organisés dans le village et des collaborations avec les écoles permettent de présenter cet artisanat lors d’activités extrascolaires, afin de diffuser ces valeurs et de raviver la fierté culturelle nationale.
Pour que chaque éventail devienne une « histoire culturelle » imprégnée de l’âme vietnamienne, les artisans veillent à la durabilité, à la sécurité et au respect de l’environnement de leurs produits.
Ils créent également de nouveaux modèles adaptés aux goûts actuels tout en préservant l’esprit du métier traditionnel.
Grâce à ces innovations, les éventails de Chang Son ne se maintiennent pas seulement sur le marché intérieur, mais apparaissent aussi dans de nombreux festivals et expositions internationales.
« Notre famille se concentre sur les éventails en papier, car ce matériau est respectueux de l’environnement, facilement biodégradable et accessible pour la population, avec des prix de vente de quelques dizaines de milliers de dôngs », souligne Mme Tuan.
Aujourd’hui encore, malgré la modernité et le confort de la vie contemporaine, les éventails en papier de Chang Son conservent une place solide grâce à leur valeur nostalgique et à l’esthétique centenaire de ces éventails à main.
Dans son évolution, l’éventail manuel ne peut rivaliser avec les ventilateurs électriques ou les climatiseurs.
C’est pourquoi de nombreux artisans, dont la famille de Mme Tuan, innovent en transformant l’éventail de Chang Son en un véritable objet artistique et symbolique, adapté aux festivals, aux événements et au tourisme.
L’artisane Nguyen Thi Tuan ajoute : « Chaque année, les habitants de Chang Son accueillent des groupes de visiteurs venus de différentes régions du pays et de l’étranger, des enfants aux adultes, pour découvrir notre métier. Cette activité contribue non seulement à faire connaître davantage le village artisanal traditionnel au Vietnam, mais aussi à promouvoir la beauté de la culture vietnamienne auprès des amis internationaux. »
Les visiteurs peuvent parcourir les ateliers de fabrication, écouter les histoires derrière chaque produit artisanal et participer à certaines étapes de production.
En retour, les villages d’artisanat ont l’occasion de présenter et de promouvoir leurs produits locaux, d’attirer les visiteurs qui les achètent comme souvenirs et même de favoriser les échanges et l’intégration internationale.
Chaque produit artisanal est un symbole de créativité, de savoir-faire et de fierté d’un village ancien. Au-delà de la préservation des valeurs traditionnelles, le village artisanal de Chang Son est devenu une destination attrayante permettant aux visiteurs d’admirer la beauté de la culture vietnamienne à travers chacun de ses produits.