La diplomatie populaire y a apporté une contribution particulièrement importante.
La pensée de Ho Chi Minh sur la force du peuple, sur la solidarité internationale et sur la combinaison de la force nationale avec celle de l’époque, ainsi que sur le rôle de la diplomatie populaire et de la guerre populaire, a été développée en ligne directrice du Parti. Elle a été appliquée de manière souple et créative dans la pratique révolutionnaire de notre pays, atteignant son apogée durant la résistance contre les États-Unis, et devenant un facteur décisif de la victoire de la lutte juste de notre peuple à la Conférence de Paris.
Convaincre par la morale
La formation et le développement vigoureux du front populaire mondial de solidarité avec le peuple vietnamien durant la résistance contre les États-Unis sont le fruit d’un long processus de mobilisation et de lutte sur le front de la diplomatie populaire, amorcé dès l’indépendance du pays. Celui-ci s’est traduit par la création, dès 1945, des premières organisations d’amitié bilatérales et multilatérales (la première étant l’Association Vietnam–États-Unis), puis par leur développement tout au long des décennies 1950 et 1960.
Dès 1947-1948, sur instruction du président Ho Chi Minh, des délégations de cadres furent envoyées à l’étranger afin de faire connaître la résistance contre le colonialisme français, dans le but d’obtenir le soutien des peuples du monde et d’établir des contacts avec les mouvements pacifistes et de solidarité de la révolution mondiale.
En 1950, le Comité vietnamien pour la défense de la paix mondiale fut créé et participa à la fondation du Conseil mondial de la paix, reliant ainsi la lutte patriotique de notre peuple aux mouvements internationaux pour la paix, l’indépendance nationale, la démocratie et le progrès.
Appliquant de manière créative la tradition diplomatique du « cœur conquis » héritée de nos ancêtres, « vaincre la brutalité par la bienveillance », et suivant l’enseignement de Hô Chi Minh : « Attaquer les cœurs, convaincre par la morale, transformer par l’humanité, persuader pour multiplier la force de la juste cause », la diplomatie populaire a su identifier les convergences, exploiter toutes les possibilités pour rassembler les forces et former un large front de solidarité en faveur du Vietnam, à plusieurs niveaux. La priorité absolue fut de faire comprendre au monde le Vietnam et la justesse de la lutte de son peuple, base essentielle pour susciter un large soutien international.
À partir de 1960, avec la création du Front national de libération du Sud Vietnam, une nouvelle offensive fut lancée, dont la diplomatie populaire constitua le fer de lance. Celle-ci mit activement en œuvre la ligne du Parti visant à coordonner la mobilisation internationale, à rehausser la position de la République démocratique du Vietnam (RDV) et à obtenir la reconnaissance et le soutien internationaux en faveur du Gouvernement révolutionnaire provisoire de la République du Sud Vietnam (GRP).
Après la signature de l’Accord de Paris mettant fin à la guerre et rétablissant la paix au Vietnam, la délégation gouvernementale vietnamienne à la Conférence de Paris organisa une réception pour remercier les amis français envoyés par le Parti communiste français pour soutenir la délégation.
Les organisations populaires des deux régions, Nord et Sud, appliquèrent avec finesse la devise « deux mais un, un mais deux », en coordonnant étroitement et activement de nombreuses activités diplomatiques bilatérales et multilatérales d’une grande efficacité.
Des centaines de délégations du Front et de ses organisations membres se rendirent dans des dizaines de pays d’Asie, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, y compris dans des pays alliés ou considérés comme l’arrière-cour des États-Unis. Elles saisirent toutes les occasions pour élargir les contacts, rencontrer des organisations nationales et internationales, participer à de nombreuses conférences, congrès, forums et tribunaux internationaux, et coopérer avec les forces motrices que furent les peuples de l’Union soviétique, de la Chine, de Cuba, des pays socialistes d’Europe de l’Est, ainsi que les partis communistes, les forces de gauche et progressistes des pays capitalistes et des nations récemment indépendantes sur tous les continents.
Ces délégations fournirent informations, témoignages et documents sur les crimes des États-Unis et du régime de Saïgon, présentèrent la ligne et les politiques du Front et du GRP ainsi que les victoires de la résistance vietnamienne, tout en exprimant leur solidarité avec les luttes des peuples du monde pour la paix, l’indépendance nationale, la démocratie et le progrès social.
Le message porté par le Vietnam à travers le canal populaire était clair et constant : dénoncer la nature de la guerre d’agression menée par les États-Unis, affirmer la volonté indomptable des peuples du Nord et du Sud de lutter et de se sacrifier pour l’indépendance, la liberté et la réunification nationale, tout en manifestant une bonne volonté sincère pour des négociations et des solutions de paix.
Tout au long de la Conférence de Paris, la délégation vietnamienne accorda une importance particulière à l’exploitation du canal de la diplomatie populaire, organisant des milliers de conférences de presse, de rencontres et d’entretiens afin d’informer l’opinion publique internationale, de mettre en lumière la légitimité de sa position et de réfuter les informations fallacieuses.
Une double offensive convergente
Les activités de diplomatie populaire ont produit des résultats majeurs. Des mouvements et organisations de solidarité avec le Vietnam ont vu le jour dans de nombreux pays et se sont étendus à l’échelle mondiale. De nombreuses conférences de soutien au peuple vietnamien dans sa lutte pour la réunification nationale furent organisées par le Conseil mondial de la paix, l’Union internationale des étudiants, l’Association internationale des juristes démocrates, la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique, la Fédération syndicale mondiale, la Fédération démocratique internationale des femmes, la Commission internationale des juristes, ainsi que par les comités de solidarité d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
Plusieurs tribunaux internationaux se tinrent en Suède, au Japon, au Danemark, en France et en Allemagne. Le Tribunal Bertrand Russell jugea les crimes de guerre commis par les États-Unis au Vietnam, condamnant vigoureusement la guerre d’agression et exigeant sa cessation. Des manifestations, grèves, journées de solidarité, campagnes de collecte de fonds, dons de sang volontaires et autres actions de soutien furent organisées dans de nombreux pays. Par leur ampleur et leur diversité, mobilisant des millions de personnes, ces mouvements exercèrent une pression considérable sur les politiques de nombreux gouvernements.
La diplomatie populaire accorda une attention particulière à la mobilisation et à la sensibilisation du peuple américain, mettant en œuvre la stratégie de la « double offensive » définie par le président Ho Chi Minh : « Le peuple américain combat de l’intérieur, notre peuple combat de l’extérieur ; lorsque ces deux forces convergent, l’impérialisme américain est voué à l’échec et les peuples vietnamien et américain gagneront. » Fidèle à l’esprit « se faire plus d’amis et moins d’ennemis », le Vietnam distingua clairement l’impérialisme américain, ennemi, du peuple américain, ami du peuple vietnamien, partageant la douleur et les pertes de ce dernier.
Le Vietnam prit également l’initiative de dialoguer avec des militants pacifistes et démocrates américains pour les informer de la situation au Vietnam. En 1968, une rencontre historique entre les peuples vietnamien et américain eut lieu à Bratislava (Tchécoslovaquie), marquant une coordination directe et à grande échelle entre le mouvement anti-guerre aux États-Unis et la lutte du peuple vietnamien pour l’indépendance, la liberté, la paix et la justice.
Le mouvement populaire américain contre la guerre d’agression au Vietnam se développa au cœur même des États-Unis, attirant des millions de participants issus de tous les milieux sociaux.
Créé en juillet 1968, le Comité Vietnam de solidarité avec les forces progressistes américaines joua le rôle de plateforme de liaison avec les organisations et individus du mouvement anti-guerre. Il accueillit des centaines de visiteurs américains, parmi lesquels des journalistes, des juristes et des artistes de renom tels que Jane Fonda et Joan Baez, venus au Nord-Vietnam.
Ayant été témoins directs des crimes de l’armée américaine et de la lutte héroïque du peuple vietnamien, ces amis américains s’exprimèrent avec force, écrivirent des articles et prirent la parole dans des forums nationaux et internationaux pour exiger la fin de la guerre. Dans un esprit humanitaire et afin de soutenir le mouvement anti-guerre, le Vietnam organisa, par le biais de la diplomatie populaire, plusieurs remises de pilotes américains capturés à des représentants de ce mouvement.
La résistance héroïque et victorieuse de notre peuple, ainsi que l’humanité et la clémence du Gouvernement et du peuple vietnamiens, y compris envers ceux qui avaient causé tant de destructions et de souffrances, ont profondément touché les consciences et réveillé la morale de l’humanité, y compris celle du peuple américain.
De vastes manifestations anti-guerre, rassemblant des millions de personnes de toutes origines, femmes, jeunes, communautés religieuses, ébranlèrent Washington et de nombreuses grandes villes américaines. La diplomatie populaire contribua ainsi à « porter la guerre du Vietnam au cœur même des États-Unis ».
Face à la montée en puissance du mouvement populaire américain exigeant la fin de la guerre et aux lourdes défaites militaires, notamment lors des combats de la citadelle de Quang Tri en été 1972 et de la campagne dite du « Dien Bien Phu aérien » à Hanoï, les États-Unis furent contraints de signer l’Accord de Paris en janvier 1973. Celui-ci reconnaissait leur engagement à respecter l’indépendance, la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale du Vietnam, et prévoyait le retrait total des troupes américaines du Vietnam et de l’Indochine, tandis que les forces du Nord restaient au Sud.
Ainsi fut réalisée la ligne du Parti et de Ho Chi Minh : « chasser les Américains, renverser le régime fantoche », ouvrant la voie à la libération complète du Sud en avril 1975 et à la réunification nationale.
Comme l’a déclaré Mme Nguyen Thi Binh, ancienne ministre des Affaires étrangères du Gouvernement révolutionnaire provisoire : « Dans l’histoire du monde, il n’a jamais existé de mouvement de solidarité internationale aussi vaste, profond et durable que celui de solidarité avec le peuple vietnamien contre l’agression américaine. »
Le soutien indéfectible des amis internationaux exerça une pression considérable sur le gouvernement américain et constitua également une source d’encouragement décisive pour la délégation de négociation de l’Accord de Paris et pour le peuple vietnamien des deux régions, qui poursuivit la lutte jusqu’à la victoire finale.
À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la signature de l’Accord de Paris sur le Vietnam, nous rendons hommage et exprimons notre profonde reconnaissance aux amis internationaux du monde entier qui ont soutenu le peuple vietnamien dans sa lutte pour l’indépendance, la liberté et la dignité humaine, y compris ceux qui se sont immolés par le feu pour protester contre la guerre injuste menée par les États-Unis.
La diplomatie populaire durant la résistance contre les États-Unis, en particulier pendant la phase de négociation à la Conférence de Paris, nous a laissé de précieuses leçons qui conservent toute leur valeur aujourd’hui. Dans un contexte mondial complexe et imprévisible, où la paix, la stabilité et le développement sont confrontés à de graves défis, la diplomatie populaire, pilier de la diplomatie vietnamienne globale et moderne, doit continuer à valoriser ses atouts, à se coordonner étroitement avec la diplomatie du Parti et la diplomatie d’État, à jouer un rôle de pionnier dans la préservation d’un environnement pacifique et stable, à mobiliser les ressources extérieures pour le développement national, à renforcer le prestige et la position internationale du Vietnam, et à contribuer activement aux mouvements des peuples progressistes du monde pour la paix, la démocratie, le progrès social et le développement durable.