Permanent du Comité de liaison des anciens combattants, Commission militaire conjointe, Camp Davis.
Il s'agissait d'une rencontre entre les membres des deux délégations militaires révolutionnaires de la Commission militaire centrale mixte (quadripartite et bipartite) — chargée de l'exécution de l'Accord sur la fin de la guerre et le rétablissement de la paix au Vietnam (Accord de Paris) — et des invités américains.
Bien que cinquante ans se soient écoulés depuis la signature de l'Accord de Paris, cet événement reste gravé dans nos mémoires comme le jalon d'une vie entière. C'est donc avec enthousiasme que nous nous sommes apprêtés à échanger en toute cordialité sur les récits du passé.
« Contemporains »
Ce jour-là, un vent glacial hurlait. Malgré mes vêtements chauds, je ressentais quand même le froid vif propre aux journées d'hiver à Hanoï. La tasse de thé chaud offerte par notre hôte vint nous réchauffer le cœur. Le lieutenant-colonel Trinh Thi Khuyen Luong, directrice adjointe du Musée de la victoire B-52, nous accueillit chaleureusement. Nous étions là, anciens officiers de l'Armée de Libération, membres de la délégation militaire du Gouvernement révolutionnaire provisoire de la République du Sud-Vietnam (Délégation B), ayant siégé au sein de la Commission Militaire Mixte du 28 janvier 1973 au 30 avril 1975. La journaliste Bao Ngoc introduisit les invités dans la salle et présenta chacun d'eux.
Amiad Horowitz fut le premier présenté. Sa silhouette haute et fine, agrémentée d'une barbe, lui donnait un air plus âgé qu'il ne l'était. Ouvert et amical, il s'exprimait dans un vietnamien très fluide. Bao Ngoc nous apprit qu'il était membre du Parti communiste américain et de sa Commission des Affaires extérieures. Il venait de recevoir le prix A de la deuxième édition du concours national d’écriture politique sur la protection des fondements idéologiques du Parti et la lutte contre les points de vue erronés et hostiles (2022) pour son article : « De l’importance de la République socialiste du Vietnam pour le mouvement communiste international et de notre responsabilité de solidarité. Le point de vue d’un communiste américain. »
Un autre invité américain, Larry Lavin, était également présent. Militant chevronné des manifestations politiques aux États-Unis, il fut le conseiller politique de Jane Fonda et Tom Hayden dans leur lutte contre la guerre américaine au Vietnam. Lors de la signature de l’Accord de Paris le 27 janvier 1973, Larry Lavin avait co-organisé la « Campagne anti-guerre silencieuse », aidant le peuple américain à comprendre le caractère injuste de cette guerre provoquée par leur gouvernement. C’est finalement sous la pression de millions de citoyens à travers le pays que le Congrès américain dut couper les aides au régime de Saïgon.
Bao Ngoc nous présenta ensuite John F. Tergano, ancien vétéran de l’US Navy entre 1970 et 1974, qui fut déployé au Vietnam en 1971 et 1972. Ces expériences lui permirent de voir clair dans le « mensonge ignoble » du gouvernement américain qui prétendait « combattre la menace communiste pour sauver le monde libre ». Il s’était alors donné pour mission de révéler à ses concitoyens qu'ils avaient été trompés par leurs dirigeants.
John F. Tergano fut à la tête de la première délégation d'anciens combattants américains à revenir sur les anciens champs de bataille au Vietnam. Partisan actif de la levée de l'embargo économique et de la normalisation des relations entre les deux pays, il est le cofondateur de l'Association des Vétérans Américains au Vietnam et maintient des liens réguliers avec l'Association des Vétérans du Vietnam.
La rencontre fut empreinte de sincérité et d'ouverture. Le colonel Dao Chi Cong, responsable de la liaison pour la Commission militaire mixte – Camp Davis (zone Nord), présenta les participants et les fonctions de chacun durant l'application de l'Accord de Paris, au cœur même du nid de l'ennemi, ainsi que les tactiques de sabotage de l'adversaire durant l'exécution de nos missions.
Dao Hoai Phuc relata les premiers instants de l'entrée en vigueur de l'Accord, à 8h00 le 28 janvier 1973, à l'aéroport de Thien Ngon (Tay Ninh). Grâce à leur vigilance, ils échappèrent au pire lorsque l'aviation américano-saïgonnaise bombarda le lieu de rendez-vous prévu pour accueillir la délégation conduite par le général Tran Van Tra, venant à Saïgon. Dao Hoai Phuc fut le témoin direct des violations de l'Accord par la partie adverse.
Nguyen Hung Tri raconta avec passion l'élaboration des documents juridiques envoyés aux quatre délégations de la Commission Internationale de Contrôle et de Surveillance, notamment les textes dénonçant les violations adverses et les discours officiels des dirigeants de notre délégation.
Enfin, Phan Duc Thang rappela les derniers jours des quelque trois cents cadres et soldats restés au Camp Davis. Ils utilisaient chaque minute pour creuser, avec des outils rudimentaires, un système de tranchées reliant les bâtiments entre eux, doté de protections contre les bombardements. Ce réseau souterrain comprenait un poste de commandement, une logistique et un service médical. Nous étions alors tous prêts à faire le sacrifice ultime : « Mourir pour que la Patrie vive ! »
L'aspiration à la paix
Autour du thé, les invités américains racontèrent avec effervescence cette époque vécue depuis les États-Unis : le mouvement pacifiste, la lutte pour exiger la fin de toute implication du gouvernement américain dans cette guerre sanglante et l'arrêt du soutien financier et militaire au régime de Saïgon.
Cette rencontre entre les membres de nos deux délégations, acteurs directs de l'application de l'Accord de Paris, et ces invités américains, qui avaient œuvré pour éclairer leur peuple, fut un moment fort. Ensemble, ils avaient contribué à forcer le retrait des troupes américaines et alliées du Sud-Vietnam, mettant fin à l'ingérence contre la cause de la révolution vietnamienne : l'indépendance, la liberté, la paix et l'unification nationale.
Nous partagions tous une pensée simple : la paix pour le peuple vietnamien, pour le peuple américain et pour toutes les nations du monde. C'était une aspiration brûlante, sans distinction de race ou de couleur de peau.
Ce qui permit la symbiose de cette rencontre, c'est que nous étions tous des amoureux de la paix, ayant combattu sur tous les fronts pour l'obtenir, non seulement pour nous-mêmes, mais pour tous. C'est ainsi que nous nous sommes véritablement compris et rejoints dans une seule et noble aspiration : l'Aspiration à la Paix !