La technologie ouvre la voie, l'esprit décide du succès

La transformation numérique est une exigence incontournable pour que la presse puisse s'adapter et se développer dans la nouvelle ère des médias.

Photo d'illustration: AI
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Selon le professeur associé et Dr. Bui Hoai Son, membre permanent de la Commission de la culture et de l'éducation de l'Assemblée nationale, la technologie n'est qu'un outil ; c'est l'innovation dans la pensée managériale et la pratique journalistique qui détermine l'efficacité de cette mutation numérique.

Aujourd'hui, de nombreux organes de presse ont investi massivement dans les infrastructures technologiques, les plateformes numériques et les outils d'aide à la production de contenus. Cependant, si l'organisation des salles de rédaction, les processus de production d'articles ou les méthodes d'approche du public restent inchangés, la transformation numérique aura du mal à générer un impact réel.

« La transformation numérique est avant tout une transformation des mentalités. Il s’agit de passer d'un journalisme dicté par le rythme des parutions à un service au public en temps réel ; d’une communication unidirectionnelle à une interaction multidirectionnelle ; et d’une production de contenus basée sur l’expérience à une approche guidée par les données et les attentes des lecteurs », a souligné Bui Hoai Son.

Toujours selon lui, à l'ère numérique, la presse ne doit pas courir après les réseaux sociaux à tout prix, mais doit plutôt valoriser les fondamentaux du journalisme professionnel. « Rapide mais exact, attractif mais sans complaisance, adepte de la technologie mais sans jamais sacrifier sa responsabilité sociale ».

Évoquant les obstacles au processus de transition, Bui Hoai Son a estimé que le principal goulot d'étranglement actuel ne réside pas dans la technologie, mais dans le manque de synergie entre l'humain, les données, les contenus et les modèles opérationnels. De nombreux médias ont mis en place des plateformes numériques et développé une présence multicanale (sites web, réseaux sociaux, podcasts ou vidéos), sans pour autant exploiter efficacement les données d’audience pour nourrir leur travail éditorial et le développement de leurs contenus.

Selon lui, l'une des erreurs les plus fréquentes est la confusion entre « numérisation » et « transformation numérique ». Si la numérisation consiste simplement à transposer des contenus sur un support électronique, la transformation numérique est un processus de refonte globale qui touche la réflexion, les modes de production, la gouvernance, ainsi que la manière de générer de la valeur et des revenus pour l'organe de presse.

Par ailleurs, la question des ressources humaines constitue un défi majeur. « On ne peut pas demander à un reporter de réaliser des vidéos ou de produire des contenus multimédias supplémentaires sans lui offrir une formation aux nouvelles compétences ou lui fournir les outils adéquats. La technologie peut ouvrir la voie, mais c'est l'humain qui garantit le succès de la transformation numérique », a-t-il affirmé.

En évaluant l'impact de l'intelligence artificielle (IA), il y voit une formidable opportunité pour les rédactions d'accroître leur productivité et la qualité de leurs productions. L'IA peut intervenir dans le traitement des données, la suggestion de sujets, la traduction, la synthèse de documents, la production multimédia et la personnalisation de l'expérience utilisateur. Grâce à cela, les journalistes gagnent du temps pour se consacrer à leur cœur de métier : l'investigation, la vérification des faits et l'analyse approfondie.

Toutefois, ces opportunités s'accompagnent de défis de taille liés aux infox (fake news), aux violations du droit d'auteur et au risque d'une dépendance excessive à l'égard de la technologie. Selon lui, l'IA peut seconder le professionnel des médias, mais elle ne pourra jamais remplacer sa responsabilité déontologique, sa capacité de discernement ni sa sensibilité face aux enjeux sociétaux.

Pour que la transformation numérique devienne un moteur de développement pérenne, les entreprises de presse doivent bâtir des stratégies à long terme centrées sur le public, tout en restructurant leurs flux de travail de manière intégrée, multiplateforme et axée sur les données. Parallèlement, il est crucial d'instaurer une culture de l'innovation, d'encourager la créativité et de requalifier les équipes pour les adapter au nouvel écosystème médiatique.

Concernant la politique, Bui Hoai Son préconise de continuer à perfectionner les mécanismes de soutien aux infrastructures numériques, à la formation professionnelle, à la protection des droits d'auteur en ligne, et de créer les conditions favorables pour que les médias puissent développer des modèles économiques viables. Selon lui, l'accompagnement de l'État, conjugué aux efforts d'auto-renouvellement des rédactions, constituera le socle indispensable pour que la presse vietnamienne renforce sa compétitivité et se développe durablement à l'ère du numérique.

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