La tournée effectuée par le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam (PCV) et président de la République, To Lam, en Thaïlande, à Singapour et aux Philippines du 27 mai au 1er juin 2026 a mis en évidence la dimension stratégique d’une diplomatie proactive et constructive, tout en réaffirmant l’engagement fort du Vietnam en faveur du rôle central et de la résilience de l’ASEAN dans un contexte régional et international en pleine mutation.
S’exprimant auprès de l’Agence vietnamienne d’information (VNA), le docteur Dao Ngoc Bau, directeur de l’Institut de politique et de relations internationales de l’Académie nationale de politique Hô Chi Minh, a estimé que cette tournée intervenait à un moment où l’ordre mondial de l’après-Guerre froide connaît une profonde recomposition.
Selon lui, il ne s’agit pas seulement d’une série d’activités bilatérales, mais aussi d’une illustration de l’évolution de la pensée diplomatique du Vietnam, passée d’une logique d’adaptation à une démarche consistant à contribuer activement à façonner l’environnement stratégique.
Le spécialiste a souligné que le choix de l’ASEAN comme destination diplomatique majeure au début du mandat du dirigeant vietnamien revêtait une portée stratégique particulière.
Cette décision témoigne de la volonté constante du Vietnam de placer les relations de voisinage et la coopération au sein de l’ASEAN parmi les priorités de sa politique extérieure.
Selon lui, cette tournée s’est déroulée dans un contexte marqué par trois crises structurelles : la crise de l’ordre international, la crise des modèles de développement et la crise de confiance stratégique.
L’érosion du multilatéralisme et du droit international, les limites des modèles de croissance peu durables ainsi que le recul de la confiance entre les États constituent aujourd’hui des défis majeurs pour la paix et le développement dans le monde.
Dans ce contexte, la visite du secrétaire général et président de la République ne relève pas seulement d’une réaction face aux évolutions internationales, mais traduit également une volonté de contribuer à la construction d’un environnement stratégique stable en renforçant les piliers de stabilité régionale.
À cet égard, la Thaïlande, Singapour et les Philippines occupent, selon Dao Ngoc Bau, une place importante dans l’architecture régionale.
Évoquant l’itinéraire et la portée de cette tournée, il a estimé que la visite successive de trois pays membres de l’ASEAN reflétait une stratégie diplomatique ciblée et soigneusement élaborée.
Chacun de ces pays représente en effet un atout stratégique spécifique au sein de la région.
La Thaïlande joue un rôle géopolitique majeur en Asie du Sud-Est continentale et constitue un pont entre l’ASEAN et la sous-région du Mékong.
Singapour s’affirme comme un centre régional de premier plan dans les domaines de la finance, de la technologie et du transport maritime, tandis que les Philippines occupent une position stratégique essentielle en matière de sécurité maritime.
Cette combinaison traduit, selon l’expert, une approche systémique visant à promouvoir une architecture régionale équilibrée, stable et durable.
Concernant le message diplomatique véhiculé par cette tournée, Dao Ngoc Bau a estimé que le choix de plusieurs membres clés de l’ASEAN comme destinations de cette mission de haut niveau illustrait l’importance particulière que le Vietnam accorde au rôle central de l’organisation régionale.
Il a expliqué que, dans les relations internationales contemporaines, la centralité ne se limite pas à une position institutionnelle, mais repose également sur la capacité à définir les règles du jeu, à mettre en place des mécanismes de coordination et à établir des normes de comportement régionales.
Dans cette perspective, le rôle central de l’ASEAN réside dans sa capacité à préserver son autonomie stratégique, à promouvoir des initiatives régionales et à concilier les intérêts des différentes parties dans un contexte de concurrence croissante entre les grandes puissances.
Rappelant l’appel lancé par To Lam en faveur de la construction d’une architecture régionale ouverte et inclusive plaçant l’ASEAN au centre, l’expert a souligné que cette vision reflétait clairement l’attachement du Vietnam au multilatéralisme régional.
Dans cette approche, les pays de taille moyenne et les petits États ne sont pas seulement des acteurs passifs, mais peuvent également contribuer activement à façonner l’ordre régional.
Selon Dao Ngoc Bau, le Vietnam met en œuvre avec efficacité une forme de pouvoir d’influence fondée sur les structures, à travers la promotion de mécanismes de coopération, l’élaboration de normes et la création de nouveaux cadres de partenariat, plutôt que par l’imposition de sa volonté.
L’expert a également relevé que cette tournée véhiculait un message fort en faveur de la résilience de l’ASEAN.
Celle-ci repose non seulement sur la capacité de l’organisation à résister aux chocs extérieurs, mais aussi sur son aptitude à se renouveler pour s’adapter à un environnement stratégique en constante évolution.
Elle traduit un équilibre entre intégration et autonomie, entre ouverture à la coopération et préservation de l’indépendance stratégique de la région.
Pour Dao Ngoc Bau, cette tournée de To Lam a non seulement contribué à approfondir les relations entre le Vietnam et la Thaïlande, Singapour ainsi que les Philippines, mais aussi à renforcer la cohésion de l’ASEAN et son rôle central dans l’architecture régionale en formation.
Elle illustre la combinaison harmonieuse entre les intérêts nationaux et les responsabilités régionales, ainsi qu’entre l’indépendance de la politique étrangère vietnamienne et son engagement constant en faveur du multilatéralisme.