Interview accordée par l’ambassadeur d’Australie au Vietnam

L’Australie veut travailler avec le Vietnam pour promouvoir les liens entre l’OCDE et l’ASEAN

Dans son interview accordée au journal TG&VN, l’ambassadeur d’Australie au Vietnam, Andrew John Lech Goledznowski, a recommandé au Vietnam de renforcer sa position dans la chaîne de valeur mondiale et aux deux pays de promouvoir conjointement l’économie et la prospérité régionales dans le cadre de la coprésidence du programme régional pour l’Asie du Sud-Est (SEARP) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Le Vietnam et l'Australie assument les postes de coprésidents du SEARP géré par l'OCDE pour 2022-2025. Photo : VNA.
Le Vietnam et l'Australie assument les postes de coprésidents du SEARP géré par l'OCDE pour 2022-2025. Photo : VNA.

Journaliste : Le Vietnam et l’Australie, co-président le SEARP de l’OCDE pour la période 2022-2025. Comment nos deux pays peuvent-ils travailler ensemble pour promouvoir les activités du SEARP en apportant des contributions pratiques au redressement et au développement économique régional ?

L’Ambassadeur : Le ministre adjoint australien du Commerce, le sénateur Tim Ayres, et le ministre vietnamien des Affaires étrangères, Bui Thanh Son, ont présidé conjointement un forum ministériel de l’OCDE sur la résilience de la chaîne d’approvisionnement à Hanoï les 17 et 18 octobre.

Sous le thème « Connecter les régions : des partenariats pour des chaînes d’approvisionnement résilientes et durables », le Forum a exploré comment les pays de l’OCDE et de l’ASEAN peuvent améliorer la résilience de la chaîne d’approvisionnement pour la protéger contre les chocs futurs. Les participants ont également discuté des mesures pratiques que les gouvernements de l’ASEAN et de l’OCDE peuvent prendre pour améliorer la résilience de la chaîne d’approvisionnement à court terme et de la façon de coopération entre les gouvernements et les entreprises de l’OCDE et de l’ASEAN pour promouvoir les opportunités d’investissement et améliorer la résilience économique à long terme.

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L’ambassadeur d’Australie au Vietnam, Andrew John Lech Goledznowski, prononce un discours lors de l'événement Intelligence artificielle pour le Vietnam le 23 septembre. Photo : aus4innovation

L’OCDE est l’une des principales sources mondiales de conseils, de normes et de meilleures pratiques en matière de politique économique et sociale, et l’Australie a tiré d’importants avantages de ses cinquante ans d’adhésion. Nous voulons travailler avec le Vietnam pour accroître l’attention de l’OCDE sur l’ASEAN et l’Asie du Sud-Est, afin que nous puissions rendre ces conseils et cette assistance technique plus facilement accessibles à la région.

Mais cela ne doit pas être un processus à sens unique. L’ASEAN est au centre de l’intégration et du développement économiques régionaux et joue un rôle vital dans la croissance mondiale. Nous voulons que les membres de l’OCDE en apprennent davantage sur les priorités et les pratiques de l’ASEAN, notamment afin que l’OCDE puisse fournir un soutien et des conseils utiles et adaptés aux besoins de la région.

L’Australie et le Vietnam se sont également engagés à amplifier les voix du secteur privé dans le SEARP, reconnaissant que ce sont les entreprises qui stimuleront la reprise économique. L’engagement renouvelé des entreprises d’Asie du Sud-Est et de l’OCDE soutiendra les travaux du SEARP dans les priorités de réforme intérieure, renforcera l’intégration régionale et favorisera les efforts de connectivité.

Journaliste : Les pays de l’OCDE et d’Asie du Sud-Est cherchent à promouvoir la coopération dans la transformation numérique et verte. Que pensez-vous de cette tendance ? Comment cela influence-t-il les relations Vietnam — Australie ? Quels sont les opportunités et les défis ?

L’Ambassadeur : Le Forum économique de haut niveau OCDE — Vietnam du 18 octobre s’est concentré sur l’attraction d’investissements directs étrangers de qualité pour les transitions numérique et verte. L’OCDE est bien placée pour soutenir cet objectif crucial en élaborant et en promouvant des normes et des politiques qui soutiennent des investissements de haute qualité.

Des politiques qui offrent transparence et prévisibilité aux investisseurs seront essentielles pour attirer les milliers de milliards de dollars qui seront nécessaires pour conduire ces transformations. L’Australie souhaiterait que la région se rapproche des normes et instruments de l’OCDE à cet égard.

En ce qui concerne les relations bilatérales entre le Vietnam et l’Australie, une priorité clé partagée est le changement climatique et la transition énergétique. L’Australie et le Vietnam se concentrent sur le développement de solutions pratiques et évolutives pour atteindre « zéro émission nette », tout en s’associant à d’autres pays pour décarboner et soutenir la croissance de nos économies.

Nous partageons ces défis et nous savons que la transition énergétique pour nos deux pays ne sera pas facile. Nous dépendons de la production d’électricité au charbon et accélérons la production d’énergie renouvelable. Des investissements importants sont également nécessaires dans le réseau électrique pour soutenir des parts élevées d’énergie renouvelable.

L’Australie s’est engagée à travailler de manière pratique pour aider le Vietnam à effectuer cette transition, notamment en tirant parti de notre programme de coopération au développement existant, en identifiant de nouvelles solutions technologiques et en aidant le Vietnam à mobiliser les financements dont il a besoin pour l’aider à atteindre ses objectifs ambitieux.

Un autre domaine de coopération émergeant est celui de la transformation numérique. Exploiter le changement technologique, s’adapter à ses perturbations et tirer parti de ses opportunités seront essentiels à la reprise et à la croissance économiques. C’est une question au premier plan des politiques de l’Australie et du Vietnam.

Nous collaborons avec le Vietnam et soutenons ensemble les efforts de transformation numérique à tous les niveaux : de gouvernement à gouvernement, d’institut de recherche à institut de recherche, d’industrie à industrie et de personne à personne.

Par exemple, notre programme phare Aus4Innovation soutient la transformation technologique du Vietnam en construisant un système national d’innovation plus fort. Nous travaillons également en étroite collaboration avec le Vietnam dans le domaine de l’économie numérique, notamment en élargissant les liens commerciaux numériques, en renforçant la participation à l’économie numérique et en soutenant l’administration en ligne.

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La 4e réunion ministérielle des Affaires étrangères Vietnam - Australie à Canberra, en Australie, le 12 septembre. Photo : VNA.

Journaliste : L’année dernière, nos deux pays ont annoncé la stratégie d’engagement économique renforcé Vietnam — Australie (EEES). Comment cette initiative a-t-elle été mise en œuvre ?

L’Ambassadeur : Les relations économiques de l’Australie avec le Vietnam sont dynamiques et en croissance. Nos économies sont complémentaires, nous sommes plus partenaires que concurrents. L’Australie est un fournisseur fiable des services et des matières premières dont les exportateurs vietnamiens ont besoin et les consommateurs australiens apprécient les produits de haute qualité du Vietnam dans leurs maisons et leurs lieux de travail.

L’EEES publiée en 2021 définit une vision de la manière dont l’Australie et le Vietnam peuvent travailler pour devenir parmi les dix premiers partenaires commerciaux et doubler les investissements bilatéraux. Elle est unique et la première du genre pour le Vietnam et l’Australie — rédigé conjointement et reflétant nos intérêts mutuels. L’EEES est pratique et décrit une série d’initiatives mutuellement bénéfiques pour approfondir les liens commerciaux et d’investissement dans des secteurs clés, notamment l’agriculture, l’éducation, l’énergie, les services et l’économie numérique.

Nous travaillons en étroite collaboration avec le Vietnam pour mettre en œuvre l’EEES, avec des initiatives en cours et mises en œuvre par le biais d’agences gouvernementales, d’entreprises et d’organismes de pointe australiens et vietnamiens. Cela comprend un programme pilote de subventions d’engagement économique de 2,6 millions de dollars australiens soutenant 28 projets axés sur le renforcement des liens économiques et la promotion d’investissements commerciaux plus importants, la création de l’Institut politique Vietnam — Australie, le premier institut politique en Australie dédié aux relations avec le Vietnam, et la nomination des entrepreneurs pionniers (Business Champions) Australie — Vietnam pour accélérer le commerce et l’investissement des entreprises. Des événements Business Champions ont eu lieu en Australie et au Vietnam.

L’EEES aide à réaliser l’énorme potentiel économique qui existe entre nos pays, et nous sommes ravis de renforcer encore nos relations économiques à l’approche du 50e anniversaire des relations diplomatiques en 2023.

Journaliste : Selon vous, quels atouts le Vietnam doit-il promouvoir pour renforcer sa position dans la chaîne de valeur mondiale (CVM) ? Comment le Vietnam devrait-il en profiter pour accroître sa position dans la CVM ?

L’Ambassadeur : Le Vietnam est confronté à la fois à des opportunités et à des défis pour renforcer sa position dans la CVM. La poursuite par le Vietnam de politiques commerciales axées sur l’exportation et l’intégration économique a été au cœur de la croissance et du développement du pays.

L’expansion économique du Vietnam au cours des dernières années a été soutenue par une demande intérieure importante et une demande mondiale pour ses exportations de produits manufacturés, le secteur manufacturier représentant environ un tiers du PIB du Vietnam et 85 % des exportations de marchandises du pays. La croissance économique rapide du Vietnam a, en partie, été soutenue par un taux de participation progressif des femmes au marché du travail. Le Vietnam a l’un des taux d’activité féminine les plus élevés au monde.

L’intégration dans les économies régionales et internationales, y compris la participation à 15 accords de libre-échange bilatéraux et régionaux, a également permis au Vietnam de se faire une place dans la CVM. L’intégration économique mondiale a stimulé un programme de réforme intérieure rapide.

Le Vietnam a élaboré des politiques et des incitations pour améliorer les systèmes de technologie de l’information, encourager l’innovation et promouvoir la participation des entreprises aux CVM de haute technologie. Alors que les secteurs manufacturiers traditionnels, tels que les vêtements, les chaussures, l’alimentation et les meubles, restent les principales industries d’exportation au Vietnam, il y a eu une forte croissance des exportations vietnamiennes du secteur de la haute technologie, y compris les produits informatiques, électroniques et optiques. L’application de technologies de pointe a considérablement amélioré la compétitivité du secteur manufacturier vietnamien.

Cependant, le Vietnam est confronté à plusieurs contraintes, telles que des coûts logistiques élevés, des chaînes d’approvisionnement nationales sous-développées et un manque d’échelle de production et de main-d’œuvre qualifiée, ce qui pourrait limiter son potentiel à approfondir l’intégration des CVM. Des réformes continues sont nécessaires pour stimuler la productivité et échapper au piège du revenu intermédiaire, car le modèle de croissance actuel à forte intensité de main-d’œuvre du Vietnam sera mis sous pression par la hausse des salaires, le vieillissement de la population, la numérisation et l’automatisation.

Merci Monsieur l’Ambassadeur !

Selon https://baoquocte.vn/