Le 26 février, soit le dixième jour du mois lunaire de l’année du Cheval, des milliers d’habitants et de visiteurs ont afflué vers la maison communale du village Lai An (également appelé village Sinh), à Hue, pour assister aux combats. Cette fête traditionnelle, riche d’un esprit martial affirmé, a existé depuis plus de 400 ans dans l’ancienne terre impériale.
Cette année, près de 100 lutteurs, hommes et femmes, venus des communes et quartiers de la ville de Hue, ont participé au tournoi. Dès l’aube, des milliers de personnes se pressaient déjà vers le site de la fête.
À Hue, où de nombreuses fêtes culturelles sont organisées après le Nouvel An lunaire — telles que la lutte du village Thu Le, la lutte du village Sinh, la fête Cau Ngu, les courses de pirogues dans diverses localités ou encore la fête du village Chuon — l’atmosphère festive apporte enthousiasme et joie aux familles comme aux visiteurs.
Selon la tradition, à l’époque des dynasties Tran–Ho, la citadelle de Hoa Chau constituait un poste avancé stratégique au sud du Dai Viet. Construite dans une zone d’importance militaire particulière, elle contrôlait une voie fluviale vitale dont la zone Thanh Phuoc – Sinh formait la porte d’entrée. Pour entraîner les soldats, la lutte martiale était un sport privilégié. Les jeunes hommes du village Sinh y participaient activement, et cette pratique devenait progressivement un rendez-vous annuel destiné à renforcer la santé pour le travail et la défense du pays.
Sous la dynastie Nguyen, en raison de sa position stratégique sur les grandes voies fluviales, le confluent de Sinh fit l’objet d’investissements de la cour impériale afin d’y établir un lieu d’entraînement pour la marine.
Fidèle au principe plaçant la préparation physique au premier plan, l’État féodal encouragea l’organisation de combats de lutte et fixa le dixième jour du premier mois lunaire comme journée officielle de compétition, tenue au village Sinh. La lutte devint ainsi l’âme vivante du village et prit également une dimension spirituelle de prière pour la paix.
Pham Cong Nhuan, chef du Conseil des chefs de lignage du village Sinh, souligne que le festival de lutte existe depuis des siècles, intimement lié à la tradition nationale de construction et de défense du pays. Depuis le XVe siècle, les habitants organisent cette fête à chaque Têt, dans l’espoir d’une année prospère, d’une santé suffisante pour labourer les champs et de récoltes fertiles. Elle constitue aussi l’occasion de sélectionner les meilleurs lutteurs pour le mouvement sportif local.
La fête s’ouvre par un rituel traditionnel dirigé par les anciens du village, comprenant des offrandes au génie tutélaire afin de prier pour la prospérité et la paix, tout en rappelant aux générations futures les mérites des ancêtres. Le lâcher de lanternes célestes — particularité culturelle du village Sinh — marque le signal d’ouverture et porte les vœux d’une nouvelle année paisible.
Vient ensuite la phase des combats rituels des jeunes hommes du village, dès les premières heures du jour. Après le roulement de tambour inaugural, les lutteurs entrent dans l’arène et exécutent des prises puissantes et maîtrisées. L’arène s’anime des encouragements pour les compétitions disputées dans deux catégories d’âge : moins de 15 ans et plus de 16 ans, tout au long du dixième jour du premier mois lunaire.
Les gradins installés autour du terrain sont noirs de monde. Les battements de tambour résonnent avec intensité, mêlés aux clameurs du public. Les affrontements équilibrés entre jeunes hommes robustes tiennent les spectateurs en haleine lorsque les lutteurs tentent de projeter leur adversaire sur le sable.
La règle du village précise que les participants ne doivent pas nécessairement être originaires de la localité et que tout spectateur peut entrer dans l’arène pour défier un lutteur.
Le tournoi applique les règles traditionnelles : tout lutteur dont le dos touche le sol — « dos au sable, ventre vers le ciel » — est déclaré vaincu. Pour franchir les éliminatoires, un compétiteur doit remporter trois victoires. Les vainqueurs accèdent ensuite aux demi-finales, puis à la finale. Outre le titre de champion, le village accorde une récompense financière à l’ensemble des participants.
Au-delà de la célébration de l’esprit martial, le festival constitue une occasion pour les jeunes de renforcer leur condition physique et de cultiver un mode de vie sain. Les lauréats reçoivent des noix d’arec, des feuilles de bétel et du vin offerts par le Conseil des chefs de lignage, ainsi que drapeaux, médailles et prix en argent. Le comité d’organisation décerne également un prix de conduite et de moralité aux lutteurs qui se distinguent par un esprit sportif exemplaire.