Âgé de 130 ans, cet établissement a traversé trois siècles et accueilli sur ses bancs de nombreuses personnalités illustres. De Nguyên Tât Thành (de son vrai nom Nguyên Sinh Cung, également appelé Côn, devenu plus tard le président Hô Chi Minh) à Trân Phu, Ha Huy Tâp, Lê Duân, Pham Van Dông et Vo Nguyên Giap, en passant par Hoang Xuân Han, Ta Quang Buu, Ngo Kha, Trân Quang Long et Lê Ba Khanh Trinh, ses anciens élèves ont marqué l’histoire de leur région et de leur pays. C’est également le seul établissement scolaire du Vietnam à être classé site historique national spécial.
Aujourd’hui encore, en se promenant dans le lycée d’excellence Quoc Hoc de Huê, situé au 12, rue Lê Loi, dans le quartier de Thuân Hoa, à Huê, on retrouve le charme ancien et l’élégance de l’architecture française, au bord de la poétique rivière des Parfums. Une occasion de se replonger dans une époque révolue qui, pourtant, semble n’avoir jamais vraiment vieilli…
Un jalon historique
Le 17 septembre de l’année du Binh Thân (1896, huitième année du règne de Thành Thai, correspondant au 23 octobre 1896), le roi Thành Thai promulgua un édit important portant création du lycée Quoc Hoc, dont le nom signifie « école nationale ».
Cet édit affirmait : « Le développement de l’éducation est le seul moyen permettant aux lettrés d’acquérir les connaissances nécessaires pour résoudre les problèmes de la cour et de l’administration. Un enseignement équilibré entre théorie et pratique contribuera à former les esprits et à préparer des hommes de talent… »
Sur la base du rapport du Conseil secret, qui avait notamment recueilli l’accord général du gouverneur général de l’Indochine, une commission composée de responsables français et vietnamiens, dont Truong Nhu Cuong, ministre des Finances, et Huynh Vi, ministre des Rites, fut chargée d’étudier les conditions de création et de fonctionnement de cet établissement.
Après examen du rapport et des conclusions du Conseil secret, le roi Thành Thai décida de « créer une école d’enseignement du français dénommée lycée Quoc Hoc, où le français constituera la principale langue d’enseignement, avec également des cours de chinois classique ».
Le 18 novembre 1896, le lycée Quoc Hoc de Huê fut officiellement reconnu par décret du gouvernement général de l’Indochine. Avant cette date, en Annam, seuls deux établissements dispensaient des cours de français : une antenne de l’Alliance française à Da Nang et l’école Hành Nhon de Huê, qui accueillait de manière irrégulière une quinzaine d’élèves annamites. À cette époque, l’enseignement du français en était encore à ses balbutiements.
Les élèves du lycée Quoc Hoc de Huê étaient issus de milieux variés : princes, enfants de mandarins et de fonctionnaires, mais aussi familles modestes. Outre les Vietnamiens, l’établissement accueillait également des élèves chinois et français. Le programme comprenait trois langues : le français, le chinois classique et le vietnamien romanisé (quôc ngu). Trois régimes de scolarité étaient proposés : externe, demi-pensionnaire et interne. L’établissement disposait également d’une association des anciens élèves du lycée Quoc Hoc de Huê, qui aidait les élèves en difficulté à poursuivre leurs études en France.
Selon les documents de la bibliothèque Nguyên Van Huong, une monographie publiée il y a 95 ans apportait déjà des informations détaillées sur le lycée Quoc Hoc de Huê. Intitulé « L’Annam scolaire : De l’enseignement traditionnel annamite à l’enseignement moderne franco – indigène », cet ouvrage avait été publié en 1931 par la Direction de l’instruction publique de l’Indochine.
La création de cet établissement exceptionnel y était expliquée en ces termes : « Le lycée Quoc Hoc, ou lycée national, constitue le principal établissement d’enseignement du système éducatif franco-annamite en Annam… La capitale fut la première ville à se doter d’un établissement officiel destiné à l’enseignement du français et des sciences occidentales.
Le choix de cette ville s’explique par le prestige attaché à son statut de capitale, résidence du roi d’Annam, des mandarins et des lettrés. À cela s’ajoute sa position centrale dans le pays, qui favorisait le développement de l’établissement. En peu de temps, celui-ci attira un grand nombre d’élèves venus de toutes les régions du pays pour y poursuivre leurs études… »
Une sélection rigoureuse
À ses débuts, le lycée Quoc Hoc de Huê comptait 230 places, réservées aux candidats autochtones.
Selon le règlement en vigueur lors de la première année de recrutement, « les fils de princes et de membres de la famille royale, les jeunes issus de la lignée royale, les enfants de mandarins bénéficiant de privilèges héréditaires, les élèves du Collège national des fils du royaume (Quoc Tu Giam), ainsi que ceux des écoles publiques établies dans les chefs-lieux provinciaux pouvaient, s’ils le souhaitaient, être admis et bénéficier d’une allocation, à condition de satisfaire aux exigences scolaires et d’être âgés de 13 à 20 ans. Les candidats dépassant l’âge réglementaire pouvaient également être admis s’ils faisaient preuve de capacités scolaires exceptionnelles ».
Par ailleurs, « les élèves de l’école Hành Nhon ainsi que les enfants de familles ordinaires dotés d’intelligence et de compétences suffisantes en chinois classique, reconnues comme leur permettant de suivre les études, pouvaient être admis au lycée Quoc Hoc de Huê. Les parents d’enfants âgés de 8 à 13 ans pouvaient également les inscrire avec l’accord du directeur de l’établissement ».
Le concours d’entrée était particulièrement sélectif. Chaque année, une centaine de candidats seulement étaient retenus parmi plusieurs milliers de postulants venus de tout le Trung Ky, région comprenant alors 12 provinces, de Thanh Hoa à Binh Thuân. Les élèves admis au lycée Quoc Hoc étaient donc considérés comme l’élite de leur génération.
D’après la bibliothèque Nguyên Van Huong, en 1905, l’établissement comptait trois enseignants français et 41 enseignants vietnamiens. Il accueillait alors 198 élèves, dont 36 princes, 75 enfants de mandarins, sept enfants métis franco-vietnamiens, 77 enfants de familles ordinaires et deux enfants chinois. Ils étaient répartis dans 12 classes.
Le programme d’enseignement du lycée Quoc Hoc de Huê comprenait à l’époque l’expression écrite et orale en français, l’apprentissage du quôc ngu, l’arithmétique et le système métrique, la géographie générale ainsi que celle de la France et de ses colonies, et des exercices pratiques. S’y ajoutaient des matières telles que l’administration, la comptabilité, les rudiments de topographie et le chinois classique, avec l’apprentissage des caractères et la lecture de textes chinois.
Cet établissement se distinguait également par sa diversité et son caractère moderne pour l’époque. Il employait des enseignants français et vietnamiens, ainsi qu’un médecin européen assisté d’infirmiers vietnamiens. Les menus étaient élaborés par le directeur et le médecin afin de convenir aux habitudes alimentaires des Vietnamiens. Enfin, bien qu’il s’agisse d’un établissement scolaire, il disposait d’une troupe de 18 soldats chargés de sa protection et de sa surveillance.