Lors du concours intitulé « Découverte du monument national spécial de Van Mieu-Quoc Tu Giam », destiné aux élèves du secondaire à Hanoï. Photo : comité d'organisation
Lors du concours intitulé « Découverte du monument national spécial de Van Mieu-Quoc Tu Giam », destiné aux élèves du secondaire à Hanoï. Photo : comité d'organisation

Vietnam : l’éducation au patrimoine pour promouvoir l’héritage culturel

La promotion du patrimoine culturel dans les écoles est une étape importante pour sensibiliser les jeunes générations à préserver notre héritage culturel commun. De nombreuses initiatives de communication voient le jour pour sensibiliser la population à l’importance de cette mission. 

La résolution no 80-NQ/TW, adoptée le 7 janvier 2026 par le Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne, fixe un objectif clair : d’ici 2030, 100 % des élèves, apprenants et étudiants du système éducatif national devront avoir régulièrement accès à des activités artistiques et à des actions d’éducation au patrimoine culturel et y participer de manière effective.

Une question se pose : Comment promouvoir le patrimoine culturel à l’école ?

Durant l’année scolaire 2026 – 2027, les établissements scolaires s’efforcent d’intensifier les activités d’éducation artistique et les pratiques artistiques, dans le cadre d’une politique visant à améliorer la qualité globale du secteur de l’éducation et à concrétiser la résolution no 80-NQ/TW.

Apprendre à aimer et à préserver la culture traditionnelle

Depuis longtemps, la transmission de l’amour pour l’art traditionnel repose largement sur les musées, les théâtres, les centres culturels et les clubs. Or, l’école, où les enfants passent le plus clair de leur temps pendant les années décisives de leur formation et de leur construction personnelle, n’a pas encore accordé à ces contenus la place qu’ils méritent.

La résolution no 80-NQ/TW impose désormais une nouvelle orientation au secteur de l’éducation : l’éducation artistique et l’éducation au patrimoine doivent être considérées comme des composantes à part entière de l’éducation globale.

À Hue, dès la fin de 2019, le secteur de l’éducation et le Centre de conservation des monuments de l’ancienne cité impériale de Hue ont signé un programme de coopération intitulé « Éducation au patrimoine culturel de Hue » dans les établissements scolaires. Les sites patrimoniaux se sont progressivement transformés en « salles de classe à ciel ouvert ».

Entre 2022 et 2025, le programme a accueilli 1 790 groupes, représentant 189 621 élèves et enseignants ; les élèves participants ont représenté environ 66 % de l’ensemble des élèves de la ville.

En mars 2026, les deux parties ont renouvelé leur coopération pour la période 2026 – 2030.

À Hô Chi Minh-Ville, l’éducation au patrimoine s’articule autour de deux axes : amener les élèves à la rencontre du patrimoine et faire entrer le patrimoine dans les salles de classe.

Le bilan présenté lors de la conférence consacrée à l’éducation au patrimoine culturel destinée aux élèves, pour la période 2023 – 2026, organisée le 25 septembre dernier, montre qu’en quatre ans, le programme a mené 44 activités et attiré plus de 8 100 élèves.

En 2026, quelque 4 000 élèves y ont participé à travers des expositions itinérantes, des rencontres avec des artisans et le parcours « Le bus du patrimoine ».

La pédagogie évolue progressivement, passant de la transmission théorique à l’expérience concrète. Dans le même temps, de nombreux établissements prennent eux-mêmes l’initiative d’inviter des artisans et des artistes à intervenir en classe.

La porte Ngo Mon (Porte du Midi) représentant la Cité impériale de Hue. Photo : Minh Duy/NDEL
La porte Ngo Mon (Porte du Midi) représentant la Cité impériale de Hue. Photo : Minh Duy/NDEL

Au lycée Bui Thi Xuan, dans le quartier de Ben Thanh (Hô Chi Minh-Ville), un programme pilote a été lancé au cours de l’année scolaire 2026 – 2027 auprès de trois classes de seconde, réunissant plus de 150 élèves.

Chaque semaine, ceux-ci suivent une séance de đờn ca tài tử (littéralement « musique instrumentale et vocale des amateurs »), un genre musical traditionnel du Sud du Vietnam, avec des évaluations régulières. Les cours sont assurés par des artisans et des artistes membres de l’Association des arts de la scène de la ville.

Cependant, le chemin reste long entre ces quelques « expériences réussies » et l’objectif de permettre à 100 % des élèves, apprenants et étudiants du système éducatif national d’avoir régulièrement accès à des activités artistiques et à l’éducation au patrimoine culturel et d’y participer de manière effective.

La plupart des modèles existants reposent sur la volonté des établissements et sur des financements souvent instables.

Le club de đờn ca tài tử de l’école primaire Nguyen Thai Hoc, dans le quartier de Ben Thanh, lancé au cours de l’année scolaire 2020 – 2021, a par exemple dû suspendre ses activités pendant une longue période faute de moyens financiers. Ce n’est qu’au deuxième semestre de l’année scolaire 2025 – 2026 que les cours ont de nouveau repris.

Selon le musicien et chercheur Nguyen Quang Long, membre du Comité exécutif de l’Association des musiciens vietnamiens, il convient de bien distinguer les deux niveaux fixés par la résolution no 80-NQ/TW : « avoir accès » et « participer ».

Assister à un spectacle ou écouter une présentation sur le patrimoine ne constitue qu’une première approche. Pour les arts traditionnels, c’est l’expérience directe qui fait véritablement la différence.

Il met également en garde contre un écueil : transformer l’art et le patrimoine en une nouvelle matière scolaire ou en une obligation supplémentaire, au risque d’alourdir encore la pression pesant sur les élèves. L’objectif n’est pas de faire de chaque enfant un artiste, mais de lui donner les moyens d’apprécier et de respecter la culture nationale.

Pour y parvenir, les établissements doivent élaborer des programmes réguliers associant cours, activités de clubs, visites de sites patrimoniaux et rencontres avec des artisans. Leur efficacité ne doit pas être mesurée uniquement au nombre de programmes organisés ou de participants, mais surtout à la capacité des élèves à comprendre, à ressentir et à avoir envie d’aller plus loin. C’est à cette condition que l’éducation au patrimoine pourra véritablement devenir une composante de la vie scolaire.

Le « don ca tài tu » est reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel représentatif de l’humanité. Photo :VNA
Le « don ca tài tu » est reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel représentatif de l’humanité. Photo :VNA

Renforcer la coopération entre tous les acteurs

Si « avoir accès » et « participer régulièrement » constituent les deux dimensions de l’objectif fixé, les artisans et les artistes sont précisément ceux qui peuvent permettre de le concrétiser.

Selon Nguyen Quang Long, ils représentent une ressource extrêmement précieuse, mais qui doit être mieux organisée et coordonnée.

À l’heure où cet objectif est appelé à s’étendre à l’ensemble du système éducatif, une question se pose : le pays dispose-t-il aujourd’hui d’un nombre suffisant d’artisans et d’artistes reconnus, dotés d’une solide expertise, pour intervenir dans toutes les écoles ?

L’expérience de certains établissements de Hô Chi Minh-Ville montre que les artistes de đờn ca tài tử capables de s’engager sur la durée aux côtés des écoles restent peu nombreux, alors que la transmission de cet art demande du temps et de la persévérance.

Le chercheur relève aussi un aspect souvent négligé : un artisan virtuose n’est pas forcément capable d’adapter sa pratique à de jeunes élèves ; inversement, un enseignant disposant de solides compétences pédagogiques n’est pas nécessairement un spécialiste de la pratique artistique.

Il propose donc de faire travailler ensemble ces deux catégories de professionnels, plutôt que de laisser les artisans se substituer entièrement aux enseignants.

Les chercheurs, les structures artistiques, les musées et les sites patrimoniaux peuvent également être associés à cette démarche, afin que la maîtrise du métier et la maîtrise pédagogique se complètent.

Pour sa part, le chercheur en culture populaire Tran Phuoc Thuan, membre du Comité exécutif de l’Association vietnamienne des arts et de la culture populaires, rappelle que l’enseignement des arts traditionnels aux élèves doit encourager les formes de transmission issues de la tradition populaire, tout en bénéficiant de l’accompagnement et de l’orientation des organismes spécialisés afin de garantir une transmission fidèle du patrimoine.

De nombreuses formes d’art populaire reposent sur une transmission directe des gestes et des façons de chanter, ainsi que sur l’improvisation des interprètes à partir de structures musicales établies. Les introduire à l’école sous la forme de leçons à mémoriser et à évaluer comme une simple matière théorique risquerait de « figer » le patrimoine et de lui faire perdre précisément ce qui constitue son âme et sa valeur.

À l’inverse, si chaque établissement enseigne selon ses propres méthodes, sans l’intervention de spécialistes capables d’en vérifier le contenu, les élèves pourraient être exposés à des interprétations inexactes.

La réalisation des objectifs fixés par la résolution no 80-NQ/TW exigera donc de la persévérance et une détermination constante de l’ensemble du système. Avec des mécanismes clairs, l’initiative des établissements et l’engagement des artisans et des artistes, l’ancrage du patrimoine dans les écoles pourra progressivement devenir une réalité.

Le patrimoine pourra ainsi continuer à vivre, à se transmettre et à révéler sa valeur auprès des nouvelles générations.

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