Il s'agit du Musée des Beaux-Arts de la peintre Phan Thi Ngoc My (ci-après dénommé le Musée Phan Thi Ngoc My) — un rendez-vous artistique singulier, né d’un amour inconditionnel et d'un profond désir de préserver la culture du Vietnam.
Par une journée de la fin mai, sous un soleil de plomb, nous nous sommes rendus à Sai Son (district de Quoc Oai, Hanoï), pour offrir à notre âme une parenthèse rafraîchissante au milieu artistique du Musée Phan Thi Ngoc My. En contemplant les toiles exposées en ces lieux, on se sent traverser des époques différentes. Certaines œuvres arborent une beauté classique, d'autres exhalent un souffle résolument contemporain ; ici, une toile transporte la rusticité poétique de la campagne, là, une autre reflète une pensée profonde.
Si cet espace de près de 500m2 dévoile actuellement une centaine de peintures précieuses, cela ne représente qu'une petite partie d'une collection magistrale qui compte plus de mille tableaux. Parmi eux figurent des œuvres inestimables, indissociables des illustres « quatuors » qui ont jalonné l'histoire des Beaux-Arts vietnamiens : « Tri - Van - Lan - Can » (Nguyen Gia Tri, To Ngoc Van, Tran Van Can, Nguyen Tuong Lan) ; « Sang - Lien - Nghiem - Phai » (Nguyen Sang, Duong Bich Lien, Nguyen Tu Nghiem, Bui Xuan Phai), ou encore « Nhan - Hoa - Hau - Kiem » (Luu Cong Nhan, Le Huy Hoa, Tran Luu Hau, Nguyen Trong Kiem).
Cette collection ne témoigne pas seulement du goût esthétique des plus raffinés de sa fondatrice ; elle configure également un espace de dialogue fascinant pour l'art pictural vietnamien, où cohabite l'empreinte de plusieurs générations de maîtres de la peinture. Fait remarquable, le musée réserve aussi une galerie à l'exposition de centaines d'antiquités et d'artefacts en grès, céramique, bronze, pierre et bois, côtoyant de précieuses calligraphies anciennes.
Émerveillé par la splendeur de ces chefs-d'œuvre, on ne peut qu'éprouver une admiration d'autant plus grande pour le dévouement et la persévérance de la peintre Phan Thi Ngoc My. Cette dernière a consacré plus de quarante ans de sa vie à collecter et à sauvegarder les quintessences des Beaux-Arts du pays. En nous recevant dans son petit salon — où sont suspendus avec solennité des dizaines de diplômes d'honneur, de certificats de mérite et de médailles commémoratives saluant sa contribution aux arts et au patrimoine nationaux —, elle confie que l'année 2026 marque le 20e anniversaire de la création du musée qui porte son nom.
À l'aube de ses 80 ans, cette femme à la silhouette frêle dégage une vivacité et une acuité intellectuelle intactes. Elle explique avoir choyé chaque tableau, chaque objet au fil des décennies, non seulement pour leur valeur artistique intrinsèque, mais parce qu’ils s'affirment comme les témoins d’une époque, porteurs d’un récit culturel qui demande à être transmis de génération en génération.
Née en 1947, la peintre Phan Thi Ngoc My est la descendante de la 15e génération de la lignée des Phan Huy — une illustre famille de lettrés et de lauréats aux concours royaux de la région de Doai, ayant donné de grands noms à l'histoire tels que Phan Huy Can, Phan Huy Ich ou Phan Huy Chu. Ayant grandi dans une atmosphère profondément imprégnée de culture et d'art, Phan Thi Ngoc My a très tôt développé une passion pour la beauté, la peinture et les valeurs traditionnelles de la nation. Un amour qui, bien qu'elle ait suivi plus tard des études supérieures en économie, est demeuré à jamais inaltéré.
Son idylle avec la peinture ne s'est pas nouée sur les bancs des académies d'art traditionnelles ; elle s'est nourrie avec l'évidence d'un héritage naturellement irrigué par le terreau culturel de sa lignée. Elle se souvient qu'aux alentours des années 1985-1986, alors qu'elle résidait au 66 de la rue Ba Trieu à Hanoï, elle invita le peintre Manh Kiet à réaliser son portrait. Prise d'une inspiration soudaine, elle lui emprunta ses pinceaux et ses pigments pour s'essayer à une nature morte de lotus. Cette première œuvre plongea le cénacle des beaux-arts dans la stupeur lorsqu'il s'avéra que sa créatrice n'était qu'une simple « autodidacte ». Ce fut le déclic qui poussa Phan Thi Ngoc My à explorer par elle-même, en pionnière, les chemins de la création picturale.
Aujourd'hui, au sein de son institution, une galerie intimiste est dédiée à ses propres créations. Travaillant principalement à la gouache et à l'huile, l'artiste déploie des toiles aux tonalités vives, limpides et solaires, qui résonnent comme une ode vibrante à la vie et à la jubilation d'exister.
Ses élans affectifs vont tout particulièrement aux paysages ruraux et à l'atmosphère de Hanoï. Qu'il s'agisse des panoramas de sa terre natale de Doai — jalonnés par la pagode de Thay, les mares de villages, les bananeraies et la floraison écarlate des arbres à kapok — jusqu'aux croquis de la beauté ancienne et poétique d'Hanoi, avec son vieux quartier, le lac Hoan Kiem et ses lilas des Indes, chaque coup de brosse trahit l'émotion à fleur de peau et l'attachement viscéral de la peintre à sa patrie.
À ce jour, sa trajectoire est jalonnée de plus d'une dizaine d'expositions personnelles, dont la première remonte aux années 1990. Outre ses accrochages en solo, elle participe régulièrement à des salons collectifs et aux biennales thématiques de l'Association des Beaux-Arts du Vietnam ou de celle de Hanoï.
Il est une singularité que les fins connaisseurs du parcours de Phan Thi Ngoc My ne manquent jamais de souligner : elle embrassa la carrière de collectionneuse bien avant de manier le pinceau. Dès les années 1980, en pleine période d'austérité économique, elle commença à acquérir des œuvres. Son amour pour la peinture était tel qu'elle n'hésita pas à aliéner l'une de ses propriétés dans le quartier de Kim Lien afin de financer sa passion.
Pour elle, collectionner s'apparente à un acte de sauvegarde du génie artistique vietnamien. Non contente de mobiliser de multiples réseaux pour rapatrier des toiles de maîtres, elle ouvrit également une galerie privée au 66 de la rue Ba Trieu, configurant un espace d'esthétique et de ralliement pour la communauté des peintres, avec lesquels elle tissa des liens empreints d'un immense respect et d'une profonde solidarité.
Durant ces décennies de vaches maigres où de nombreux artistes luttaient pour leur subsistance, Phan Thi Ngoc My endossa le rôle de mécène : elle finançait leurs besoins, leur offrait tubes de couleur et matériel de création afin de leur accorder la sérénité nécessaire à leur art, devenant ainsi la passerelle silencieuse qui rapprocha leurs œuvres du grand public.
Fruit de ce sacerdoce de plusieurs décennies, elle décida en 2006 de fonder le Musée des Beaux-Arts Phan Thi Ngoc My sur sa terre natale de Sai Son, une initiative reconnue comme le tout premier musée d'art privé du Vietnam. Bien que légalement autorisée à exiger un droit d'entrée pour assurer la viabilité de l'institution, elle a choisi de maintenir l'accès totalement gratuit, au bénéfice de la collectivité.
L'endroit est devenu au fil des ans un rendez-vous culturel incontournable pour les habitants de Sai Son, les amoureux de l'art vietnamien, ainsi qu'un vivier pour de nombreux lycéens et étudiants venus y mener des recherches ou s'y enrichir l'esprit. La peintre Phan Thi Ngoc My confie avoir reçu des offres de rachat de son musée à des prix astronomiques, propositions qu'elle a balayées d'un revers de main catégorique.
Elle caresse toujours le rêve de voir les murs de son musée s'étendre, afin que ce lieu demeure à jamais le sanctuaire d'une partie du patrimoine artistique du Vietnam, capable d'éveiller la fibre artistique et la conscience patrimoniale des générations futures.