Analysant cette feuille de route, Collins Chong Yew Keat, analyste en affaires étrangères, en sécurité et en stratégie à l’Université de Malaya (Malaisie), a souligné que les objectifs fixés par le 14e Congrès national du PCV sont stratégiquement pertinents, mais nécessitent également de profondes transformations structurelles.
Il a déclaré à l’Agence vietnamienne d’information (VNA) à Kuala Lumpur que le Vietnam a correctement identifié que son modèle de croissance actuel, largement fondé sur une production et un assemblage orientés vers l’exportation et utilisant des ressources étrangères, atteint progressivement un point de saturation.
Dans un contexte mondial de plus en plus complexe, marqué par la fragmentation des échanges et les risques géopolitiques, il a souligné que le maintien d’une croissance de 10% nécessitera une transformation qualitative, et non une simple expansion quantitative.
Pour matérialiser cette ambition, une croissance forte et durable dépendra de progrès décisifs en matière de productivité, d’une plus grande création de valeur ajoutée nationale et d’un écosystème de recherche et développement (R&D) et d’innovation renforcé. Selon l’expert, si les réformes sont couronnées de succès, le Vietnam sera en mesure d’atteindre ces objectifs ambitieux.
Concernant la stratégie consistant à maintenir la stabilité politique tout en accélérant les réformes économiques, il a estimé que cette approche renforce la confiance des investisseurs régionaux.
Les investisseurs apprécient particulièrement la continuité des politiques et la capacité de mise en œuvre avérée du Vietnam à travers la mobilisation rapide des infrastructures, des parcs industriels et de la main-d’œuvre, a-t-il déclaré.
Collins Chong Yew Keat a également mis en garde contre le risque que la stabilité n’entraîne une prudence administrative excessive, susceptible de ralentir la mise en œuvre de projets innovants à forte valeur ajoutée.
Comparativement aux autres pays de l’ASEAN, il a noté que le Vietnam bénéficie d’atouts en termes de dynamisme, d’envergure et de positionnement. Tandis que la Malaisie mise sur sa maturité institutionnelle et que l’Indonésie tire parti de la taille de son marché, le Vietnam se distingue comme un hub de production alternatif majeur, doté d’une remarquable capacité de mobilisation industrielle.
Il a toutefois souligné des risques tels qu’une dépendance excessive à l’égard de l’assemblage étranger et des vulnérabilités financières émergentes dans les secteurs de l’immobilier et du crédit. En particulier, son développement dans des domaines tels que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle (IA), la fabrication de pointe et la robotique exposera le Vietnam à des exigences institutionnelles de plus en plus strictes.
À long terme, l’expert a considéré que le Vietnam a un fort potentiel pour devenir un nouveau moteur de croissance pour l’ASEAN, mais cela dépendra de sa capacité à passer d’une croissance axée sur les coûts à une croissance axée sur les compétences. La prochaine étape reposera sur le capital humain plutôt que sur une main-d’œuvre bon marché, l’éducation et la santé étant les piliers fondamentaux de sa compétitivité.
Il a également insisté sur l’importance de maîtriser les technologies nationales et de favoriser l’innovation nationale, ainsi que de renforcer la résilience économique, intégrée à la sécurité, dans des domaines allant de l’énergie au commerce maritime.
Du point de vue de la Malaisie, le Vietnam est à la fois un partenaire clé et un concurrent pour attirer des IDE de qualité. Les partenaires régionaux attendent du Vietnam qu’il maintienne son engagement envers la cohésion de l’ASEAN et privilégie la productivité à long terme plutôt que de miser uniquement sur des incitations à court terme.
Il a par ailleurs expliqué que les résultats du 14e Congrès national du PCV et les performances économiques de ces dernières années témoignent de la discipline stratégique du Vietnam, orientée vers 2030 et 2045, avec pour objectif de se transformer d’un hub manufacturier en une économie interconnectée fondée sur la productivité et l’innovation.