Longtemps tributaires des technologies, des équipements et de l’expertise internationale, les ingénieurs et les entreprises de construction vietnamiens ont progressivement acquis des savoir-faire, accumulé de l’expérience et pris directement en charge des travaux techniques complexes.
Avec l’émergence d’un écosystème national réunissant bureaux d’études, entreprises de travaux, fournisseurs et acteurs financiers, les conditions permettant aux entreprises vietnamiennes de maîtriser la réalisation des projets de métro se mettent progressivement en place.
Transfert de technologies et montée en compétences
Ces dernières années, le développement du métro au Vietnam s’est notamment illustré par trois projets : la ligne No2A Cat Linh-Ha Dong à Hanoï, la ligne No1 Ben Thanh-Suoi Tien à Hô Chi Minh-Ville et la ligne No3 Nhon-gare de Hanoï.
Les deux premières sont en service, tandis que la section aérienne de la ligne No3 de Hanoï est également exploitée commercialement. Le creusement des quelque quatre kilomètres de tunnels de cette dernière ligne au moyen d’un tunnelier (TBM) a été achevé en avril 2026.
Selon les experts, les prochaines années devraient marquer une forte accélération de la construction des réseaux de métro.
En vertu du Plan directeur de la capitale pour 2026 et du projet de planification à l’horizon de 100 ans de Hô Chi Minh-Ville, les deux métropoles envisagent chacune un réseau de métro d’environ 1 000 kilomètres. Pour la seule période 2026 – 2035, Hanoï prévoit d’investir dans quelque 500 km de lignes, tandis que Hô Chi Minh-Ville vise 355 km.
Les prochaines années devraient marquer une forte accélération de la construction des réseaux de métro. Pour la seule période 2026 – 2035, Hanoï prévoit d’investir dans quelque 500 km de lignes, tandis que Hô Chi Minh-Ville vise 355 km.
L’ampleur de ces projets exige un vaste réseau d’entreprises nationales capables d’intervenir dans les études, la conception, les travaux d’infrastructure et la mécanique industrielle. Il devient donc essentiel de transformer l’expérience acquise sur les premières lignes en capacités industrielles.
La société par actions FECON Group figure parmi les entreprises qui se distinguent dans ce domaine. En mai 2017, sur le chantier de la ligne No1 Ben Thanh-Suoi Tien à Hô Chi Minh-Ville, FECON est devenue la première entreprise vietnamienne à exploiter directement un tunnelier sous la supervision d’experts japonais.
Cette société a ensuite joué un rôle central dans les travaux de la ligne No3 Nhon-gare de Hanoï, avec un périmètre d’intervention élargi comprenant la réalisation de parois moulées, le traitement des sols par injection de coulis sous haute pression, l’exploitation du tunnelier, le creusement des tunnels, la pose des voussoirs de revêtement et la fourniture de matériaux.
L’expérience acquise en intervenant comme sous-traitants d’entreprises étrangères s’est ainsi traduite par des compétences opérationnelles adaptées aux contraintes géologiques, hydrologiques et sociales propres aux villes vietnamiennes.
Cette montée en compétences ne repose pas uniquement sur le transfert de technologies. Elle tient aussi, et surtout, à la capacité de gérer des projets et leurs risques, une expertise qui s'affine au fil des chantiers.
Des entreprises aguerries pour structurer une filière ferroviaire nationale
La montée en puissance des entreprises de construction vietnamiennes à travers les premiers projets favorise également l’émergence progressive d’un écosystème national de la filière ferroviaire. Celui-ci rassemble des bureaux d’études et de conception, des entreprises de travaux, des industriels spécialisés dans la mécanique et la fabrication, des fournisseurs de matériaux et d’équipements ainsi que des institutions financières.
Dans cet ensemble, les entreprises disposant d’une solide expérience de terrain peuvent devenir des acteurs moteurs, capables de constituer des groupements suffisamment robustes pour prendre en charge des projets intégrés selon le modèle EPC (Ingénierie – Approvisionnement – Construction), en mobilisant au maximum les ressources nationales et internationales.
Les premières lignes de métro ont déjà permis à plusieurs entreprises vietnamiennes d’intervenir à différents niveaux de la chaîne de valeur.
La société générale Thang Long a notamment participé à la réalisation de la ligne No2A Cat Linh-Ha Dong à Hanoï. Sur la ligne No1 de Hô Chi Minh-Ville, la société générale de construction n°1 (CC1) a réalisé les deux stations souterraines de Nhà hát Thành phố (Théâtre municipal) et de Ba Son. Sur la ligne No3 de Hanoï, la société VNCN E&C a participé à la construction des tunnels, des stations souterraines et des puits de secours.
Dans le domaine industriel, la société AMACCAO fabrique les voussoirs préfabriqués en béton destinés à la ligne 3 de Hanoï, tandis que Beton 6 a produit ceux de la ligne No1 Ben Thanh-Suoi Tien à partir de technologies transférées par le Japon.
Les entreprises vietnamiennes entendent désormais renforcer leur maîtrise des projets et réduire leur dépendance aux grands groupes étrangers. En cas de besoin, elles pourront faire appel à des experts internationaux dans le cadre de contrats de courte durée adaptés aux exigences de chaque projet.
Des compétences des entreprises à la capacité industrielle nationale
Dans la pratique, la construction d’une ligne de métro moderne ne peut être assurée par une seule entreprise.
Chaque projet repose sur une chaîne d’approvisionnement complexe, qui va des études préliminaires et de la conception à la sécurisation du budget d’investissement et au financement, en passant par la libération des emprises foncières, les travaux de construction, la fabrication des éléments préfabriqués en béton et des structures métalliques, la production des équipements et du matériel roulant, ainsi que l’installation des systèmes électromécaniques, de signalisation et de contrôle-commande. Elle comprend enfin la mise en service et l’exploitation commerciale de la ligne une fois les travaux achevés.
La capacité industrielle de la filière ne pourra donc se développer que si des entreprises disposant de compétences spécialisées dans chacun de ces domaines parviennent à travailler ensemble et à participer directement à l’ensemble de la chaîne de valeur des projets.
En juillet 2025, FECON et un grand groupe d’un pays partenaire ont conclu un accord de coopération stratégique dans les domaines de la construction ferroviaire et des infrastructures énergétiques au Vietnam.
Ce partenaire pourrait apporter une contribution déterminante aux côtés des entreprises vietnamiennes, notamment dans les domaines du financement, des études et de la conception, des technologies de contrôle-commande, du matériel roulant et de l’assistance à la gestion globale des projets, depuis leur préparation jusqu’aux travaux et au transfert à l’exploitation après achèvement.
De nombreuses autres entreprises du secteur des infrastructures se préparent elles aussi à prendre part à cette nouvelle génération de projets.
Pour que les entreprises vietnamiennes puissent réellement maîtriser la réalisation des réseaux de métro, les pouvoirs publics, le gouvernement et les autorités locales devront toutefois définir des orientations claires et des mécanismes adaptés de sélection des entreprises, ainsi que des politiques précises en matière de transfert de technologies et d’augmentation de la production locale.
Il faudra également confier plus résolument aux entreprises nationales un rôle moteur dans les projets, en les encourageant à fédérer les compétences d’acteurs vietnamiens et étrangers.
Les entreprises nationales devraient ainsi pouvoir diriger les groupements chargés des projets de métro et des lignes ferroviaires nationales, tandis que les entreprises étrangères interviendraient comme membres de consortiums ou sous-traitants.
C’est à cette condition que les entreprises vietnamiennes auront une forte incitation à investir, à développer leurs compétences et à s’inscrire durablement dans la filière ferroviaire.