Le Vietnam structure son écosystème industriel naval

Fort d'un littoral de près de 3 300 km, d'une zone économique exclusive d'environ un million de km² et de sa position sur les grandes routes maritimes d'Asie-Pacifique, le Vietnam dispose d'atouts majeurs pour développer son économie maritime et bâtir, à long terme, un véritable écosystème national de l'industrie maritime.

Le navire de service et d'opération de mise en service (CSOV) est construit au chantier naval de Ha Long. Photo : nhandan.vn
Le navire de service et d'opération de mise en service (CSOV) est construit au chantier naval de Ha Long. Photo : nhandan.vn

La Résolution n°36-NQ/TW du 22 octobre 2018, adoptée lors du huitième Plénum du Comité central du Parti (12e mandat) sur la Stratégie de développement durable de l'économie maritime du Vietnam, souligne la nécessité de développer de manière coordonnée les différents secteurs de l'économie maritime, notamment le transport maritime, l'industrie de la construction navale, les services logistiques et le système portuaire.

Fort d'un littoral de près de 3.300 km, d'une zone économique exclusive d'environ un million de km² et de sa position sur les principales routes maritimes internationales de la région Asie-Pacifique, le Vietnam dispose d'atouts considérables pour développer son économie maritime et bâtir, à long terme, un véritable écosystème national de l'industrie maritime.

De nouveaux corridors économiques côtiers redéfinissent progressivement l'espace de développement de l'économie nationale, au sein duquel la construction navale occupe une place stratégique dans l'économie maritime. Celle-ci n'est plus appelée à être une simple activité manufacturière isolée, mais à devenir le pivot d'un système industriel intégré associant la métallurgie, la mécanique de précision, l'électronique, l'électrotechnique, l'automatisation, les technologies de l'information et la logistique maritime.

Actuellement, le secteur s'appuie sur un réseau de près de 90 entreprises de construction navale et de plus de 400 établissements de navigation intérieure, pour une capacité totale d'environ 3,5 millions de tonnes de port en lourd (DWT). Bien que le Vietnam se soit hissé à un rang honorable dans certains segments, notamment celui des navires commerciaux de taille moyenne, l'industrie demeure confrontée à des défis structurels majeurs, notamment en matière de technologies, de capacités de production et de compétitivité. La valeur ajoutée locale reste limitée, oscillant entre 20 % et 30 %.

Les analyses de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mettent toutefois en évidence le fort effet d'entraînement de ce secteur : chaque dollar investi dans la construction navale pourrait générer jusqu'à cinq dollars de valeur au sein de l'ensemble de la chaîne transport-industrie-logistique. Les experts estiment ainsi que, si la filière parvient à se structurer autour d'une chaîne d'approvisionnement nationale solide, adossée à des compétences en conception et à des capacités financières suffisantes, elle pourrait devenir un véritable moteur de croissance et contribuer à hauteur de 2,2 % à 4 % du PIB national.

L'avantage concurrentiel du Vietnam repose également sur une main-d'œuvre abondante, des coûts de production compétitifs par rapport à ceux d'autres pays de la région, ainsi que sur des politiques publiques favorisant la modernisation technologique et les partenariats internationaux. Alors que le marché mondial de la construction navale connaît une reprise soutenue, avec une croissance annuelle estimée à 4 % et une valeur de 195 milliards de dollars à l'horizon 2030, le Vietnam est appelé à saisir pleinement cette nouvelle dynamique.

Pour le docteur Pham Hoai Chung, président du Conseil des membres de la Société générale de l'industrie de la construction navale (SBIC), le développement du secteur ne doit plus être envisagé de manière fragmentée, par chantier, par province ou par type de produit, mais selon une approche systémique couvrant l'ensemble du cycle de vie des navires, de leur conception à leur maintenance, en intégrant la flotte maritime, les moyens de navigation intérieure, les infrastructures portuaires, la logistique et les industries de soutien.

S'inspirant des réussites de la Chine, de la République de Corée et du Japon, le Vietnam ambitionne désormais de maîtriser les technologies fondamentales, telles que l'acier de construction navale, les moteurs, les systèmes de contrôle automatisés et l'électronique marine, afin de remonter dans la chaîne de valeur mondiale, analyse-t-il.

Sur le terrain, les entreprises relevant de la SBIC mènent de front une double mission : préserver l'emploi des ingénieurs, techniciens et ouvriers qualifiés, tout en consolidant leurs capacités de production. Certaines usines disposent déjà de carnets de commandes remplis jusqu'en 2028, voire 2030, ce qui conduit les responsables du secteur à plaider pour l'adoption rapide de mécanismes institutionnels et financiers plus ambitieux.

Le président de la SBIC appelle ainsi l'État à adopter rapidement une stratégie nationale prévoyant des avancées majeures en matière de cadre institutionnel, de financement industriel, de développement technologique, d'industries de soutien et de formation des ressources humaines, afin de jeter les bases d'une industrie navale moderne, verte et compétitive à l'échelle internationale.

VNA/NDEL
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