Se déroulant du 18 février au 11 mai, le festival de la pagode Parfum (Hanoi) attire un grand nombre de visiteurs. Le jour d’ouverture du festival (le 6 du premier mois lunaire) de cette année, le site a déjà accueilli près de 136 000 visiteurs, en forte hausse par rapport à 2025.
Le festival Giong au temple Soc (à Hanoi) a également réuni plus de 45 000 participants durant ses trois principaux jours de célébration. Dans la province de Quang Ninh, le site Yen Tu a accueilli plus de 60 000 pèlerins après trois jours d’ouverture du festival.
Quant au festival Via Ba Chua Xu Nui Sam (dans la province d'An Giang), reconnu par l’UNESCO en tant que patrimoine culturel immatériel de l’humanité, il devrait attirer des millions de visiteurs.
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : les festivals confirment de plus en plus leur pouvoir d’attraction et contribuent largement à la croissance du nombre de visiteurs et des recettes touristiques des destinations.
Outre les efforts visant à renouveler les méthodes d’organisation des festivals dans un esprit plus solennel, structuré et civilisé, cette attractivité résulte également d’une évolution de la vision des acteurs culturels locaux, qui considèrent désormais les festivals non seulement comme des pratiques spirituelles, mais aussi comme de véritables produits de tourisme culturel capables d’attirer les visiteurs.
Il convient de souligner que les circuits de découverte du patrimoine et les expériences interactives sont de plus en plus intégrés aux festivals.
Lors du festival de printemps Con Son – Kiep Bac 2026, en plus des activités traditionnelles comme la procession de l’eau, les concours de confection de banh chung et de banh day ou les spectacles d’arts populaires, plusieurs circuits touristiques ont été mis en valeur, contribuant à attirer davantage de visiteurs.
Du 26 février au 8 mars, le site du patrimoine culturel mondial Con Son – Kiep Bac a ainsi accueilli près de 138 000 visiteurs, soit une hausse de 30 % sur un an.
Cette année, le festival Giong au temple Soc propose également pour la première fois une visite nocturne accompagnée du programme artistique « Nuit sacrée – L’élan héroïque de Thanh Giong ».
De même, lors du prochain festival du temple Hung, le circuit nocturne « Temple Hung, source sacrée des origines », aux côtés d’activités telles que les représentations de hat xoan ou la Foire du livre de la Terre des Ancêtres, devrait constituer un point fort pour attirer les visiteurs.
Il apparaît clairement que, dans de nombreuses localités, les festivals ne sont plus de simples activités culturelles, mais deviennent de véritables moteurs pour l’économie du patrimoine à travers le tourisme.
Grâce à cela, les valeurs culturelles spécifiques des festivals ont davantage d’opportunités d’être préservées et diffusées dans le courant de la vie contemporaine.
Parallèlement, ces couleurs culturelles traditionnelles contribuent à créer des points forts et à renforcer l’attrait touristique des destinations locales.
Selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies (UN Tourism), le tourisme des festivals génère chaque année plus de 50 milliards de dollars pour les économies asiatiques et plus de 200 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Avec plus de 8 000 festivals, dont la majorité sont des festivals traditionnels liés à un vaste réseau de monuments et à des strates anciennes de patrimoine culturel, le Vietnam dispose d’un potentiel considérable pour développer le tourisme festif.
La Stratégie de développement des produits touristiques du Vietnam jusqu’en 2025, avec une orientation vers 2030, a identifié comme priorité le développement de produits de tourisme culturel liés au patrimoine et aux festivals.
La Résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne souligne également la nécessité de préserver les festivals traditionnels et d’orienter la création de nouveaux festivals afin de promouvoir l’identité culturelle, en lien avec le tourisme et le développement économique. Cela signifie que le développement du tourisme des festivals ne répond pas seulement aux besoins du marché, mais constitue également une orientation importante pour le développement culturel et économique du pays.
Au cours des dernières années, certains festivals ont diversifié leurs activités et ont commencé à produire des effets positifs en termes d’augmentation du nombre de visiteurs. Toutefois, dans l’ensemble, ces exemples restent encore limités. La plupart des festivals manquent encore de profondeur et de points forts distinctifs, ce qui limite l’accès complet aux valeurs culturelles qu’ils portent.
De plus, dans de nombreux endroits, les phénomènes de surcharge et de congestion se produisent fréquemment pendant les jours d’ouverture des festivals, alors qu’à d’autres moments les visiteurs sont rares. L’écosystème des produits touristiques liés aux festivals demeure globalement pauvre et peine à attirer les visiteurs pour des séjours prolongés susceptibles de générer des recettes importantes pour le tourisme local.
Selon Nguyen Van Tai, directeur de Vietsense Travel, pour que le tourisme des festivals se développe efficacement, il est nécessaire, au lieu d’investir de manière dispersée et sans planification, de procéder à une sélection à grande échelle afin de classer et de choisir les festivals présentant des valeurs remarquables et un potentiel d’association avec le tourisme, afin d’y concentrer des investissements approfondis tant en termes d’envergure, de méthodes d’organisation que de communication.
En réalité, bien que le pays compte des milliers de festivals, tous ne peuvent pas devenir des produits touristiques. Un développement uniforme et sans distinction risquerait non seulement d’entraîner des investissements superficiels et inefficaces, mais aussi de gaspiller des ressources.
M. Tai souligne également que, pour accroître l’attractivité du tourisme des festivals, il ne faut pas considérer le festival comme l’unique élément central, mais plutôt comme un catalyseur permettant d’attirer les visiteurs vers une destination à un moment donné.
Il convient ensuite d’associer le festival à d’autres ressources afin de créer des itinéraires touristiques complets, accompagnés d’une chaîne de services satellites comprenant des activités de divertissement, de gastronomie, de villégiature et de lieux de prise de photos, afin de retenir les visiteurs et de prolonger la durée de leur séjour.
Du point de vue de la recherche touristique, Pham Hai Quynh, directeur de l’Institut de développement du tourisme asiatique, estime que l’un des principaux « goulets d’étranglement » réside dans le fait que de nombreux festivals actuels tendent à devenir « uniformes », manquant d’une identité distinctive permettant de les reconnaître.
Les organisateurs se limitent encore à reproduire les parties rituelle et festive selon des modèles traditionnels, sans savoir raconter des histoires culturelles et historiques captivantes capables de toucher les émotions des visiteurs, en particulier des touristes internationaux.
Il est donc nécessaire de passer d’une logique de « gestion administrative » à une « gestion de l’expérience des visiteurs », en créant des activités interactives et en appliquant des technologies telles que les codes QR ou la réalité virtuelle, afin que les visiteurs puissent découvrir de manière autonome la signification et les valeurs des festivals et devenir véritablement une partie intégrante de l’espace festif.
M. Quynh souligne également que la fusion des unités administratives ouvre de nouvelles opportunités pour relier les espaces patrimoniaux, concentrer les ressources et développer des circuits touristiques thématiques associant festivals et autres richesses locales, renforçant ainsi l’attractivité et la compétitivité du tourisme.
Par ailleurs, bien que la saisonnalité soit propre aux festivals traditionnels, leur vitalité peut être prolongée grâce à la création d’espaces d’expérience patrimoniale liés au tourisme de villégiature, aux villages d’artisanat et à la gastronomie.
Les festivals pourraient ainsi devenir des produits culturels et touristiques actifs toute l’année, contribuant à la fois à la préservation du patrimoine et au développement économique durable.