Grâce à une vision moderne et à l’esprit de conquête des autorités et de la population, l’image d’un espace maritime et insulaire prospère et moderne se dessine peu à peu sur la carte touristique et halieutique du pays.
La zone spéciale de Kien Hai (ancien district de Kien Hai), créée le 14 janvier 1983, couvre une superficie de plus de 3 350 km², dont plus de 3 325 km² de surface maritime et 24,75 km² de terres naturelles, avec une population de près de 23 000 habitants. Kien Hai présente une configuration linéaire, avec 23 îles s’étendant sur 90 km, formant une silhouette à la fois droite et harmonieuse.
« Réveiller » un paradis vert
Il nous a été difficile d’obtenir des billets de bateau depuis l’embarcadère de Rach Gia vers l’archipel de Nam Du. Un employé de l’agence de la compagnie de vedettes rapides Superdong explique : « En cette saison, la mer est calme et, à l’approche des fêtes, les billets sont complets deux jours à l’avance. En semaine, il n’y a qu’un aller-retour fixe par jour ; le week-end, deux rotations sont assurées, mais les places sont presque toujours épuisées ». La rareté des billets pour les îles illustre parfaitement l’attrait croissant de Hon Tre, Hon Son et Nam Du, qui, il y a encore une décennie, restaient des îles isolées et difficiles d’accès.
Après plus de deux heures de traversée, l’île de Cu Tron, dans l’archipel de Nam Du, nous accueille dans une effervescence inattendue. Le quai du port de Nam Du est animé par un flux constant de passagers et de marchandises. Comparée aux souvenirs d’un territoire encore sauvage il y a quelques années, l’île s’est profondément transformée, avec ses immeubles, ses commerces bien aménagés et ses routes côtières propres et agréables.
Nous sommes accueillis par Tran Van Hoang, natif de l’île devenu un véritable « ambassadeur touristique ». Ancien photographe ambulant, il a su, dès 2014, profiter de l’essor du tourisme maritime pour se reconvertir. « Je collabore avec des tours venant du continent, j’accompagne les visiteurs pour la pêche, la plongée avec tuba et la dégustation de spécialités directement sur le bateau. Grâce au tourisme, la vie de ma famille s’est nettement améliorée et j’ai élargi mes horizons au contact de visiteurs venus de partout », confie-t-il.
Il nous conduit ensuite à la stèle commémorative des victimes du typhon n°5 (1997), située près du poste de contrôle frontalier de Bai Chet, relevant du poste de garde-frontière de Nam Du. Impossible de ne pas être ému. Ce typhon historique a laissé des cicatrices profondes, avec des centaines de morts et de disparus et des milliers de bateaux engloutis. Pourtant, face à l’animation actuelle, le lieutenant-colonel Ho Van Tam, adjoint au chef du poste de contrôle, se réjouit : « Chaque jour, l’île accueille entre 400 et 500 visiteurs, et plusieurs milliers le week-end. La localité a véritablement renaît. Le développement du tourisme entraîne celui des infrastructures d’hébergement et offre des moyens de subsistance durables aux habitants. C’est la plus grande consolation face aux pertes du passé ».
Au cours des cinq dernières années, Kien Hai a accueilli plus de 2,1 millions de visiteurs - un chiffre remarquable pour une petite zone insulaire encore limitée en infrastructures. De Hon Tre à Hon Son, en passant par Nam Du, les visiteurs sont séduits non seulement par la plage de Cay Men aux eaux limpides et au sable blanc ou par les cocotiers ombrageant le littoral, mais aussi par les récits spirituels liés au « ca Ong » - la divinité protectrice des pêcheurs. L’inhumation solennelle d’un spécimen de plus de 13 mètres en 2017 est devenue une pratique culturelle emblématique, enrichissant le tourisme spirituel local.
Si le tourisme constitue « un nouvel habit » éclatant, l’aquaculture marine demeure le véritable « gagne-pain » des habitants. Cependant, au lieu de dépendre uniquement des cages en bois traditionnelles exposées aux aléas naturels, Kien Hai engage une véritable révolution technologique. Nous rendons visite à Mai Van Hiep, l’un des pionniers de ce changement. Avec le soutien du Centre provincial de vulgarisation agricole, il s’est tourné vers l’élevage du mérou perlé dans des cages en plastique HDPE, un matériau résistant et adapté au changement climatique. « Ces cages résistent aux fortes vagues et durent plusieurs décennies, ce qui me permet d’élever en haute mer. L’utilisation d’aliments industriels, au lieu de poissons fourrages, rend l’environnement plus propre, avec un taux de survie supérieur à 91 % et une rentabilité bien plus élevée », explique-t-il.
L’ambition de devenir un « deuxième Phu Quoc »
Aujourd’hui, Kien Hai compte environ 215 foyers pratiquant l’élevage en cages, avec près de 1 200 structures. Des marques collectives telles que « ca mu Lai Son » ou « ca bop Nam Du » s’imposent progressivement sur la carte nationale de l’aquaculture. Fait notable, grâce à un développement économique maritime bien orienté, Kien Hai ne compte plus de ménages pauvres et a achevé l’éradication des habitations précaires.
Par ailleurs, le sens des responsabilités des pêcheurs constitue un point positif : avec plus de 1 077 embarcations respectant les réglementations IUU, Kien Hai participe activement aux efforts nationaux pour lever le « carton jaune » de la Commission européenne, en passant d’une exploitation intensive à une exploitation responsable, combinée à l’aquaculture durable et au tourisme.
Le potentiel de Kien Hai dépasse désormais l’échelle familiale. De grands groupes tels que Mavin et Australis Vietnam ont mené des études et obtenu l’accord de principe pour investir dans des projets d’aquaculture industrielle de grande envergure. Dans la zone de Hai Bo Dap, au sein de l’archipel de Nam Du, le groupe Mavin développe un projet d’élevage de bar utilisant des technologies de pointe : cages norvégiennes, systèmes d’alimentation français et méthodes de récolte australiennes. Avec une superficie aquatique d’environ 2 000 hectares, ce projet vise une production annuelle de 30 000 tonnes. L’intégration de l’automatisation et de capteurs IoT dans la gestion permet d’optimiser la productivité et de structurer la chaîne de valeur, de l’alevin à l’exportation.
Malgré les avancées dans le tourisme et l’aquaculture, les autorités locales reconnaissent les défis persistants. Le tourisme reste encore spontané, tandis que les infrastructures de transport et la gestion des déchets demeurent problématiques. Toutefois, ces enjeux sont intégrés dans la stratégie de développement à long terme du nouveau mandat. Le Parti local a défini une vision claire : s’enrichir grâce à la mer tout en préservant sa couleur verte.
Le secrétaire du Parti de la zone spéciale de Kien Hai, Nguyen Quoc Tuan, met en avant trois axes stratégiques : privilégier le développement des services, du tourisme et de l’aquaculture industrielle ; promouvoir l’application des sciences et technologies ainsi que la transformation numérique dans la gestion environnementale et sanitaire ; et moderniser les infrastructures, notamment les ports de pêche associés à la logistique.
En quittant Kien Hai en ce mois d’avril chargé d’histoire, nous gardons en mémoire les paroles de Le Hoang Minh, propriétaire d’un établissement d’hébergement à Cu Tron : « Nam Du en particulier, et Kien Hai en général, se développent, mais ce que nous souhaitons le plus, c’est l’accès au réseau électrique national. Avec une électricité stable, le tourisme pourra réellement décoller et la vie des habitants s’améliorera. Nous attendons le réseau électrique comme la première pluie de la saison ». Ce souhait reflète également les préoccupations des autorités locales.
Aujourd’hui, Kien Hai ne se distingue pas seulement par ses paysages enchanteurs, mais aussi par une base sociale solide, avec 100 % d’enseignants qualifiés, un système de santé structuré et l’unité de près de 23 000 habitants. Ce joyau brut est en train d’être poli pour briller plus intensément que jamais. L’image d’un espace maritime moderne et prospère dans le sud-ouest du pays n’est plus un rêve lointain. Kien Hai avance avec confiance, aspirant à rivaliser avec Phu Quoc et à faire décoller l’économie maritime d’An Giang.