Faute de mesures rapides et efficaces, cette pression environnementale continuera de s’accentuer, affectant directement la qualité des destinations ainsi que la durabilité du tourisme.
De nombreuses difficultés persistent
Lors du récent congé, la famille de Bui Duy Hai, originaire de Hanoï, a choisi Ha Long, dans la province de Quang Ninh (au Nord-Est du Vietnam), comme destination pour un court séjour.
Après avoir visité la baie et profité des services touristiques, la famille s’est arrêtée pour se reposer près de l’embarcadère.
Là, il a constaté que de petites bouteilles d’eau, pratiques et faciles à transporter, étaient jetées le long des allées.
De là provient une grande quantité de déchets : bouteilles en plastique, gobelets, sacs en nylon et emballages à usage unique, qui présentent un risque élevé de pollution environnementale.
La collecte, le tri et le traitement appropriés de ces déchets pour réduire la pression environnementale deviennent une exigence urgente.
Selon une étude sur la pollution plastique dans le tourisme menée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Vietnam, les défis liés à la gestion des déchets plastiques touristiques concernent la mise en œuvre des politiques, les infrastructures, les données ainsi que les comportements de consommation.
Le rapport indique que les déchets plastiques représentent actuellement environ 12 % du volume total des déchets solides ménagers.
Il est à noter que, d’ici 2030, la quantité de déchets plastiques générés par les touristes pourrait atteindre 349 400 tonnes.
Le professeur associé, docteur Pham Trung Luong, expert en tourisme auprès du PNUD Vietnam, souligne que la principale limite réside dans le fait que le tourisme n’est pas encore géré comme une source spécifique de production de déchets.
Les textes juridiques existants ne prévoient pas d’obligations contraignantes en matière de tourisme sans plastique, se limitant essentiellement à des engagements ou des incitations.
Cela ne constitue pas encore une condition obligatoire pour les établissements d’hébergement, les restaurants, les sites touristiques et les agences de voyage.
En outre, de nombreuses initiatives de réduction des déchets plastiques restent ponctuelles, dépendant de campagnes de communication ou de projets à court terme, sans mécanismes de pérennisation.
Un autre problème réside dans le tri à la source et le traitement final.
La majorité des déchets plastiques issus des activités touristiques est collectée via les systèmes existants et finit principalement en décharge ou incinérée.
Dans plusieurs sites touristiques, bien que le tri soit mis en place, les systèmes locaux de collecte fonctionnent encore de manière mixte, entraînant le mélange des déchets triés.
Dans les zones insulaires ou isolées, le coût du transport des déchets est élevé, alors que les mécanismes de soutien restent insuffisants, ce qui réduit l’efficacité des efforts de réduction à la source.
Selon une enquête récente du PNUD dans la province de Ninh Binh, 67 % des touristes interrogés déclarent avoir observé des déchets abandonnés sur les sites visités ; 81 % estiment que la présence de déchets plastiques diminue l’attrait et la beauté des lieux ; 63 % considèrent que cela nuit à la réputation de la destination.
Ces chiffres montrent que la pollution plastique affecte directement l’expérience touristique et qu’il existe une réelle marge pour mettre en œuvre des solutions de transition.
Au-delà de l’image des destinations, les déchets plastiques engendrent également des coûts économiques significatifs.
Le rapport estime que le coût de l’inaction face à la pollution plastique à Ninh Binh (au Nord du Vietnam) pourrait dépasser 600 milliards de dôngs par an ; les frais annuels de collecte des déchets pour chaque entreprise s’élèvent à environ 20 millions de dôngs.
Ainsi, le retard dans le traitement des déchets plastiques accroît non seulement la pression environnementale, mais aussi les coûts d’exploitation pour les entreprises et les collectivités.
L’enquête montre également que la majorité des entreprises n’a pas encore engagé de transition écologique, en raison du coût élevé des alternatives et de marges bénéficiaires limitées.
Mettre en œuvre des solutions synchronisées
Face à ces difficultés, selon Vu Thai Truong, responsable du département de l’économie circulaire et du changement climatique du PNUD Vietnam, la priorité est de renforcer les outils d’application.
Il est nécessaire d’élaborer des directives détaillées pour éliminer progressivement les plastiques à usage unique dans le tourisme ; de créer des guides de transition écologique pour les entreprises ; de renforcer les contrôles et les sanctions ; et d’intégrer les critères de tourisme sans plastique dans les systèmes de classement hôtelier et les procédures d’autorisation.
Dans les zones centrales des sites patrimoniaux, des réglementations spécifiques doivent être rapidement adoptées pour réduire l’usage du plastique.
Les autorités doivent mettre en place des politiques de soutien ciblant notamment les établissements d’hébergement de moins de trois étoiles et les homestays, qui génèrent des volumes importants de déchets mais disposent de capacités d’investissement limitées.
Dans les sites touristiques, il convient d’installer davantage de stations d’eau potable et de points de recharge d’eau dans les embarcadères et les zones de visite ; de compléter et standardiser les systèmes de poubelles et les panneaux de tri.
Il est également nécessaire de développer des modèles d’hôtels et de restaurants exemplaires en matière de réduction du plastique, et de piloter des modèles de gestion des déchets pour modifier les comportements d’utilisation des produits à usage unique.
Par ailleurs, il faut investir de manière coordonnée dans les infrastructures de tri, de collecte, de transfert et de recyclage ; standardiser les codes couleur des poubelles à grande échelle pour éviter toute confusion ; adapter les processus de collecte aux conditions locales ; et renforcer la connexion entre le tri sur site et les réseaux de collecte et de recyclage.
Dans les zones côtières, une attention particulière doit être accordée aux infrastructures de stockage des déchets, adaptées aux conditions de vent, de tempêtes et d’inondations, afin de limiter la dispersion des déchets vers le milieu marin.
Un autre groupe de solutions importantes consiste à créer des incitations économiques pour les entreprises, notamment à travers des mécanismes financiers verts : exonérations ou réductions de taxes environnementales ; accès prioritaire à des prêts pour remplacer les plastiques à usage unique ; soutien technique pour la collecte de données et la réorganisation des systèmes de gestion des déchets.
Pour les touristes, il est nécessaire de proposer des alternatives pratiques sur place, telles que des bouteilles réutilisables, des produits de substitution et une signalétique claire.
Enfin, le contrôle doit être renforcé grâce à l’utilisation de données intelligentes, à l’intégration avec les plateformes de villes intelligentes et à l’installation de caméras dans les zones touristiques clés afin de surveiller et détecter rapidement les infractions liées aux rejets de déchets.