Cependant, pour valoriser pleinement ce capital intellectuel, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes de connexion, un environnement de travail attractif et des politiques capables d’attirer les talents.
Le docteur Nguyen Pham Nhat Thien Minh, lauréat du Prix scientifique et technologique « Qua Cau Vang » 2025 et distingué parmi les jeunes Vietnamiens prometteurs de 2025, a échangé avec le journal The Gioi & Viet Nam (Le monde & le Vietnam) sur son parcours de recherche ainsi que sa vision de la contribution au développement national.
Pourriez-vous nous parler de votre parcours dans les domaines des technologies de l’information, de l’automatisation et de la robotique autonome ?
Avant tout, je suis reconnaissant envers mes parents qui m’ont toujours soutenu, depuis mes années d’études jusqu’à l’obtention de mon diplôme à l’Université Polytechnique de Ho Chi Minh-Ville en 2014, ainsi que dans ma recherche de bourses internationales. Bien qu’ils aient été de simples fonctionnaires, ils m’ont toujours permis de poursuivre ma passion pour la recherche.
Le tournant décisif est survenu en juillet 2015, lorsque le professeur Xie Lihua de l’Université Technologique de Nanyang (NTU), à Singapour, m’a accepté comme doctorant. À cette période, notre équipe élargissait ses travaux à la robotique, et j’ai été le premier membre du groupe à publier dans des revues et conférences affiliées à l’IEEE Robotics and Automation Society.
Ces travaux ont été réunis dans ma thèse de doctorat soutenue en 2020, qui a reçu le prix Doctorate Innovation Award de la NTU. Par la suite, j’ai étendu mes recherches à la perception robotique, en me concentrant sur les systèmes de localisation, de cartographie et de fusion de données multi-capteurs afin d’améliorer la capacité des robots à se situer et à observer leur environnement.
Aujourd’hui, mes recherches portent principalement sur le contrôle et la perception des robots. Récemment, je m’intéresse particulièrement à l’IA incarnée (Embodied AI ou Physical AI), un domaine visant à intégrer l’intelligence artificielle dans des systèmes robotiques physiques capables d’apprendre, d’interagir avec le monde réel et d’accomplir des tâches de plus en plus complexes.
Selon vous, quelles opportunités les recherches sur les robots autonomes et l’automatisation peuvent-elles offrir à la transformation numérique et au développement de l’industrie de haute technologie au Vietnam ?
Je suis convaincu que le Vietnam peut produire des recherches en robotique et en automatisation de niveau international tout en répondant à des problématiques concrètes du pays.
Une piste prometteuse consiste à développer des ensembles de données reflétant les spécificités du trafic, de l’environnement urbain et des activités industrielles vietnamiennes. Cela permettrait aux chercheurs d’évaluer les performances des modèles d’apprentissage automatique dans des conditions réelles et de proposer des solutions mieux adaptées.
Par ailleurs, l’apprentissage robotique et la simulation robotique représentent également des axes de recherche très prometteurs. Malgré les contraintes budgétaires liées au matériel, les plateformes de simulation actuelles sont devenues extrêmement performantes. Les chercheurs vietnamiens peuvent ainsi créer des environnements simulant la circulation urbaine, les systèmes logistiques ou les chaînes de production afin de tester et d’évaluer différents algorithmes.
À partir de ces bases de données et de ces modèles représentant les situations réelles du Vietnam, il devient possible de développer des technologies robotiques et d’automatisation adaptées au contexte national, contribuant ainsi à accélérer la transformation numérique et le développement des industries de haute technologie.
Quelles opportunités la Résolution no 57-NQ/TW offre-t-elle aux intellectuels vietnamiens de l’étranger ?
La Résolution no 57-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la science, de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique nationale ouvre de grandes perspectives à la communauté intellectuelle, y compris aux Vietnamiens résidant à l’étranger. L’objectif de porter les dépenses de recherche et développement (R&D) à 2 % du PIB constitue notamment une avancée majeure.
Lorsque j’ai découvert cet objectif dans la Résolution no 57, j’ai été particulièrement enthousiaste, car cela démontre que le Vietnam considère désormais la recherche scientifique comme un moteur essentiel du développement socio-économique.
J’espère qu’en parallèle de l’augmentation des investissements, l’environnement de recherche national deviendra toujours plus professionnel et davantage connecté à la communauté scientifique internationale. Cela créera des conditions favorables pour que les jeunes intellectuels vietnamiens de l’étranger contribuent à travers la coopération scientifique, le transfert de technologie, la formation de ressources humaines hautement qualifiées ou encore la mise en œuvre de projets d’innovation.
En tant que chercheur vietnamien travaillant à l’étranger, je souhaite sincèrement participer au développement scientifique, technologique, innovant et numérique du pays. J’accueille avec intérêt toute opportunité de coopération venant du Vietnam et suis prêt à partager mon expérience, mes connaissances spécialisées ainsi qu’à participer aux initiatives de mise en réseau scientifique.
Dans votre domaine d’expertise, envisagez-vous de transférer vos connaissances ou de soutenir les jeunes équipes scientifiques au Vietnam ?
Mon projet est de créer un groupe de recherche spécialisé dans les systèmes de robots autonomes et l’intelligence artificielle appliquée à la robotique. Nos travaux actuels portent sur des robots capables d’apprendre à partir de données de perception préalablement collectées afin d’améliorer leur prise de décision et leurs actions dans des environnements réels.
Au cours des six à douze prochains mois, une fois que nous aurons recruté des doctorants et des étudiants et obtenu nos premiers résultats, j’espère publier de nouvelles contributions scientifiques dans ce domaine.
À partir de cette base, je souhaite établir des collaborations avec des équipes de recherche vietnamiennes à travers la codirection d’étudiants, les échanges académiques ou la réalisation de projets de recherche de plus grande envergure. Je suis prêt à soutenir les équipes de jeunes scientifiques du Vietnam dans la mesure de mes capacités.