Créativité, technologies numériques et nouvelles formes d'interaction leur permettent de rapprocher les traditions des générations d'aujourd'hui, sans en altérer l'essence.
Dans l'espace du Ho Van, dans la capitale vietnamienne Hanoi, les mélodies du Hat Xam résonnent à nouveau. Ailleurs, les chants Quan ho s'élèvent près des anciennes maisons communales, tandis que la culture Muong se découvre à travers des outils technologiques contemporains.
Au-delà des publics déjà familiers des traditions, une nouvelle génération s'affirme désormais comme conteuse, organisatrice et promotrice du patrimoine, avec la volonté de le rendre plus accessible à ses contemporains.
Pour Bui Binh An, responsable du projet Vong Phach Kinh Ky, toute démarche créative doit reposer sur une connaissance approfondie et un profond respect du patrimoine.
Le principal enseignement transmis par les artistes de Hat Xam est, selon lui, la nécessité de préserver l'essence de cet art, sans le dénaturer ni en donner une image erronée. L'ambition du projet est d'amener les jeunes à porter un regard nouveau sur les anciennes mélodies vietnamiennes et à s'en inspirer dans leurs propres parcours artistiques.
Il s'agit de « renouveler plutôt que de reconstruire », une approche qui a permis au projet de toucher un nouveau public. Pour de nombreux jeunes participants, Vong Phach Kinh Ky a notamment constitué une première occasion d'assister directement à une représentation de Hat Xam, un art qu'ils ne connaissaient auparavant qu'à travers les livres, les médias ou les réseaux sociaux.
Parallèlement au renouvellement des modes de transmission, les jeunes exploitent de plus en plus les possibilités offertes par les technologies numériques. Espaces interactifs, réalité virtuelle, numérisation des archives ou diffusion des chants populaires sur les plateformes numériques : la technologie devient progressivement un pont entre le patrimoine et la société contemporaine.
Cette orientation a également été choisie par un groupe d'étudiants à l'origine du projet Su Thi Tan Dien, consacré à la découverte de la culture Muong.
Plutôt que de se limiter à la présentation d'objets ou à des spectacles conçus selon des formats traditionnels, le groupe a recours à la réalité augmentée (AR) et à l'intelligence artificielle (IA) pour proposer une expérience plus immersive et interactive.
Selon Pham Thanh Thao, responsable du projet, la technologie n'a pas vocation à remplacer la culture traditionnelle, mais à la rapprocher des jeunes générations.
Le dispositif comprend notamment des tableaux en réalité augmentée : après le balayage d'un code, une image fixe s'anime. Les visiteurs peuvent également utiliser l'IA pour essayer virtuellement des costumes traditionnels muong. Après avoir pris une photo dans un espace dédié, ils découvrent leur image à l'écran vêtue de ces costumes avant de pouvoir l'imprimer en souvenir.
L'initiative des jeunes en faveur de la valorisation culturelle par le numérique s'inscrit dans la stratégie vietnamienne de développement des infrastructures culturelles numériques.
Le décret no 277/2026/ND-CP du gouvernement, consacré au développement de ces infrastructures, identifie la numérisation du patrimoine, la constitution de bases de données culturelles et le développement de plateformes numériques comme des solutions importantes pour préserver et valoriser les richesses culturelles nationales à l'ère numérique.
Dans ce contexte, les projets culturels menés par des étudiants et des jeunes constituent une illustration concrète de la rencontre entre technologie et patrimoine.
Pour Pham Van Trinh, membre du groupe Xam 48h, relevant du Centre de promotion du patrimoine culturel immatériel du Vietnam, l'essentiel est que les jeunes comprennent correctement les valeurs fondamentales des formes artistiques traditionnelles qu'ils souhaitent promouvoir.
Il se félicite de voir une nouvelle génération aborder les arts hérités des ancêtres avec respect, passion et une connaissance croissante de leur valeur. Ces jeunes constituent, selon lui, le public appelé à assurer la continuité des arts traditionnels, bien au-delà du seul Hat Xam.
Les artisans partagent ce constat. Pour Bich Du, artisan du gong muong, l'engagement des jeunes se traduit également par le sérieux et le professionnalisme avec lesquels ils organisent leurs activités culturelles, malgré les contraintes liées à la mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières.
La préservation du patrimoine ne relève ainsi plus uniquement des chercheurs ou des professionnels de la culture. Grâce à leur créativité, à leur maîtrise des outils technologiques et à leur attachement à l'identité nationale, les jeunes contribuent à faire sortir le patrimoine de ses espaces de conservation pour l'inscrire davantage dans la vie contemporaine.
Cette transmission entre les générations constitue un socle essentiel pour que les valeurs culturelles traditionnelles ne soient pas seulement préservées, mais continuent également à se diffuser et à se développer à l'avenir.