Quand l’apprentissage revient au village

À Hanoi, les centres d’apprentissage communautaires expérimentent ainsi des formes de formation davantage liées aux besoins quotidiens des habitants.

Dans la cour de la maison communale du village de Chuong, les gestes des artisans sont observés par les jeunes participants.
Dans la cour de la maison communale du village de Chuong, les gestes des artisans sont observés par les jeunes participants.

Certains apprennent à sélectionner les feuilles, d’autres s’exercent à la couture sous la direction de personnes expérimentées. À quelques pas, un téléphone est installé pour diffuser en direct et présenter les produits.

Ces activités, organisées dans le cadre des programmes « Préserver le métier » et « Transmettre le savoir-faire », constituent le premier thème proposé par le Centre d’apprentissage communautaire de la commune de Thanh Oai. Le cours commence par une aiguille et une feuille, mais les compétences nécessaires aujourd’hui vont bien au-delà de la fabrication du chapeau.

Pham Thi Van, née en 1980 dans une famille qui exerce ce métier depuis plusieurs générations, continue à en vivre et souhaite transmettre son savoir-faire à ses enfants. Elle raconte qu’à une période où les chapeaux se vendaient difficilement, plusieurs habitants du village s’étaient tournés vers la fabrication de lanternes ou la confection destinée à l’exportation.

Avec la reprise progressive du marché, les artisans ont dû adapter leurs produits. « Autrefois, le chapeau servait surtout à se protéger du soleil et de la pluie. Aujourd’hui, il doit aussi être esthétique, à la mode et correctement présenté pour pouvoir être vendu », explique-t-elle.

Les artisans ajoutent ainsi de la soie ou des broderies, restaurent des modèles traditionnels tels que le chapeau quai thao ou le chapeau ba tam, et transforment parfois le chapeau en objet souvenir de petite taille.

La fille de Mme Van, Le Thi Thu Ha, étudie le marketing numérique au FPT Polytechnic College. Elle met ses connaissances en conception, en contenu numérique et en réseaux sociaux au service du métier familial. Si la génération précédente devait apprendre à choisir les feuilles, façonner et assembler les chapeaux, la nouvelle génération doit également savoir créer des images, raconter l’histoire du produit et trouver des acheteurs.

À la maison communale de Dai Dinh, dans le village de Trieu Khuc, l’apprentissage porte sur une autre forme de patrimoine. Des artisans transmettent aux jeunes le tambour bong, puis les nouveaux élèves présentent à leur tour ce qu’ils viennent d’apprendre. Le Centre prévoit également des cours de danse avec instruments senh tien, de calligraphie et d’autres formes de culture traditionnelle.

Pour ces pratiques fondées sur la mémoire, les gestes et l’exercice régulier, le passage d’une génération à l’autre constitue un enjeu important. L’apprentissage communautaire vise ainsi à maintenir des savoir-faire qui ne peuvent continuer à vivre que s’ils sont pratiqués et transmis.

Les documents consacrés au modèle pilote de Hanoi relèvent toutefois que, dans certains endroits, les activités des centres restent principalement axées sur la sensibilisation, tandis que les supports pédagogiques demeurent peu diversifiés et ne répondent pas encore à l’évolution des besoins.

Selon Nguyen Quang Tuan, vice-directeur du Service de l’Éducation et de la Formation de Hanoi, le principe retenu pour élargir les modèles pilotes est de « reproduire la manière de faire, et non de copier le modèle ». Chaque localité doit donc partir des besoins de ses habitants, des personnes capables d’enseigner et des formes d’organisation adaptées.

D’après les données les plus récentes du Service de l’Éducation et de la Formation de Hanoi, 109 des 126 centres d’apprentissage communautaire des nouvelles communes et nouveaux quartiers ont été créés. Les autres sont encore en cours de consolidation en 2026.

L’apprentissage peut désormais prendre place dans une maison communale, une maison culturelle, une école, une bibliothèque, un espace patrimonial ou sur l’environnement numérique. À Hanoi, devenue membre du Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO le 4 décembre 2025, les centres communautaires s’inscrivent dans cette évolution.

À l’échelle nationale, les centres d’apprentissage communautaire et les établissements de formation continue et de formation professionnelle ont actualisé les connaissances et les compétences de plus de 24 millions de personnes, dans des domaines allant des moyens de subsistance et des compétences numériques au droit et au transfert des connaissances scientifiques et techniques.

À Chuong, les élèves comme Nguyen Thu Ha, du collège de Phuong Trung, souhaitent apprendre à promouvoir les produits et à réaliser des vidéos racontant l’histoire du chapeau et celle d’un village dont le métier traditionnel existe depuis plus de trois siècles.

Autrefois, les enfants apprenaient en observant les adultes et en reproduisant leurs gestes. Aujourd’hui, les mêmes points de couture continuent d’être transmis, mais les connaissances à acquérir sont plus larges. Le chapeau reste fabriqué à la main, tandis que son histoire peut désormais être racontée beaucoup plus loin grâce à un téléphone.

NDEL
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