Chaque été, de nombreuses pagodes bouddhistes du courant Theravāda khmer dans la ville de Can Tho (au sud du Vietnam) ouvrent gratuitement des classes d’enseignement de la langue et de l’écriture khmères à l’intention des enfants de la communauté khmère.
Ces cours ne permettent pas seulement aux élèves d’apprendre à lire et à écrire dans leur langue maternelle, ils contribuent également à préserver les valeurs et les traditions culturelles de leur communauté.
Nourrir l’amour de la culture khmère
Pendant les vacances d’été, l’enceinte de la pagode Prum Visal, également appelée pagode Hai Con Cọp, dans la commune de Lich Hoi Thuong, à Can Tho, s’anime davantage. Les voix des élèves récitant leurs leçons et épelant les caractères khmers résonnent dans les salles de classe.
Ly Thi Bich Ngan, une élève khmère domiciliée dans la commune de Lich Hoi Thuong, s’apprête cette année à entrer en classe de 6e. Depuis plusieurs années, elle participe régulièrement aux cours de khmer dispensés à la pagode.
« J’aime beaucoup apprendre le khmer, car je sais désormais le lire et l’écrire. C’est la langue de mon ethnie, alors je veux mieux la connaître et la préserver », explique-t-elle.
Pour les élèves qui commencent tout juste à se familiariser avec l’écriture khmère, les bonzes et les enseignants font preuve de patience et les guident pas à pas dans le tracé des caractères et la prononciation.
Le bonze Tang Hoang Van, qui pratique son culte à la pagode Hai Con Cọp, indique que chaque année, de juin à fin août, la pagode organise gratuitement des cours de khmer pour les enfants de la communauté khmère locale. Cette année, 45 élèves, de la 5e à la 9e classe, y participent.
Selon le bonze Tang Hoang Van, l’enseignement est progressif : les élèves commencent par apprendre les voyelles et les consonnes, puis la manière d’écrire les caractères, avant de passer à la combinaison des caractères, à l’épellation et à la lecture. Pour les débutants, seule une quantité raisonnable de connaissances est abordée chaque jour afin de faciliter l’apprentissage.
À environ 2 km de la pagode Hai Con Cọp, la pagode Soc Tia, également située dans la commune de Lich Hoi Thuong, maintient elle aussi ses cours de khmer.
Le vénérable Tran Tuyen, abbé de la pagode Soc Tia, explique que les cours ont commencé à la fin du mois de mai et se poursuivront jusqu’à la fin des vacances scolaires.
Cette année, la pagode a ouvert trois classes réunissant 80 élèves. L’organisation de ces cours répond non seulement aux besoins éducatifs des enfants, mais aussi au souhait des fidèles et des religieux de préserver la langue et l’écriture khmères.
« Les plus de deux mois de vacances d’été constituent une période propice pour que les enfants viennent à la pagode apprendre le khmer. Cette activité est organisée depuis de nombreuses années et contribue à préserver la langue et la culture de notre peuple », souligne le vénérable Tran Tuyen.
Au-delà de l’acquisition de connaissances, ces classes offrent également aux enfants un cadre de vie sain, favorisant les échanges et les liens entre eux tout en les éloignant des influences négatives de leur environnement extérieur.
Des efforts redonnent vie à la langue khmère
Selon Lam Hoang Mau, directeur du service des Affaires ethniques et religieuses de la ville de Can Tho, la préservation et la valorisation de la langue et de l’écriture des minorités ethniques, notamment de la communauté khmère, revêtent une importance majeure pour la sauvegarde de l’identité culturelle et contribuent également à renforcer la grande solidarité de l’ensemble de la nation.
Au cours de la période 2020 – 2025, l’ancienne province de Soc Trang a mis en œuvre une politique de soutien aux enseignants de la langue et de l’écriture khmères pendant les vacances d’été.
Au total, 91 des 93 pagodes et salatel (centre culturel communautaire du peuple khmer) ont organisé des cours de khmer, avec 1 258 classes réunissant plus de 30 500 élèves et un financement public total de 13 milliards de dongs.
Après la réorganisation des unités administratives en juillet 2025, la ville de Can Tho a continué à maintenir les politiques de soutien à l’enseignement des langues et écritures des minorités ethniques. Le service municipal des Affaires ethniques et religieuses de Can Tho a coordonné avec les organismes concernés pour l’élaboration de la résolution no 49/2025/NQ-HĐND, adoptée le 31 décembre 2025 par le Conseil populaire municipal, relative aux mesures de soutien aux enseignants du khmer et du chinois pour la période 2026 – 2030.
La nouveauté de cette politique réside dans l’élargissement du champ des aides aux points d’enseignement du khmer installés dans les pagodes, les salatel, les maisons de la culture et les établissements scolaires de la ville.
Ainsi, les enseignants de la langue et de l’écriture khmères bénéficient d’une aide de 50 000 dongs par séance, dans la limite de 12 séances par semaine et par classe, pendant une période ne dépassant pas deux mois et demi par an. Cette politique est mise en œuvre à partir de l’été 2026 et jusqu’à la fin de l’année 2030.
M. Lam Hoang Mau précise que, dans les temps à venir, le service des Affaires ethniques et religieuses de Can Tho continuera de coordonner avec les secteurs concernés et les autorités locales pour la mise en œuvre efficace de cette politique, afin de garantir que les aides parviennent aux bénéficiaires concernés.
« Les contrôles et la supervision seront renforcés. Des enquêtes régulières seront menées sur le terrain dans les différents lieux d’enseignement afin de garantir que les financements soient versés intégralement et en temps voulu, tout en permettant de résoudre rapidement les difficultés qui pourraient apparaître au niveau local », souligne M. Mau.
Dans ces classes modestes aménagées sous les toits des pagodes, la langue khmère continue d’être transmise, caractère après caractère, leçon après leçon. Chaque classe d’été permet non seulement aux jeunes Khmers de se familiariser avec la langue de leur peuple, mais contribue aussi à nourrir leur attachement à leur culture, à préserver leur identité et à renforcer l’esprit de solidarité au sein de la communauté des différentes ethnies du Vietnam.