Au cœur de l’ethnie Khmer, certains parcours se distinguent par un engagement profond : lier la création d'entreprise à la préservation et à la valorisation de l'identité culturelle nationale.
De la vie monastique à l'art plastique traditionnel
Né et élevé dans une famille Khmer de la commune de Gia Hoa (Can Tho), Son Binh Dinh a passé une longue période de sa vie à étudier à la pagode. Au-delà de l'imprégnation de la philosophie bouddhiste, il a nourri une passion particulière pour l'art plastique traditionnel de son ethnie. Depuis, il n’a cessé de rechercher, d’apprendre et de se consacrer à ce métier.
Dinh confie qu'il se spécialise dans la confection d'autels, de pointes de stupas et de statues de diverses tailles pour les pagodes et les particuliers. Avec le temps, son savoir-faire a gagné en notoriété. « Durant mes études religieuses, j'ai réalisé que ma famille n'avait pas les moyens de financer mes études supérieures. J'ai alors pensé que les pagodes auraient grand besoin d'artisans. J'ai donc décidé d'apprendre l'art plastique traditionnel. Au début, j'apprenais seul à la pagode en reproduisant les motifs existants. Puis, grâce aux conseils de mes aînés à la pagode, ma passion n'a fait que grandir, me poussant à chercher des maîtres pour me perfectionner », confie-t-il.
Un parcours académique au service du patrimoine
Tout comme lui, Ly Diel est issu d'une famille modeste de Thuan Hoa (Can Tho). Envoyé très jeune à la pagode par ses parents, il a obtenu son diplôme de Pali élémentaire avant de réussir le concours d'entrée à l'Université des Beaux-Arts de Hô Chi Minh-Ville, spécialité sculpture.
Ses connaissances académiques, alliées à une compréhension profonde de la culture de son ethnie, lui ont permis de devenir un sculpteur Khmer professionnel. « Après mes études, je suis retourné travailler à la pagode. J'y ai rencontré deux sculpteurs venus de la ville. Ils m'ont dit que mes œuvres étaient techniquement correctes mais qu'elles « manquaient d'âme ». Pour comprendre comment insuffler cette vie à une œuvre, ils m'ont conseillé les études supérieures. Malgré les difficultés financières, j'ai persévéré avec leur aide au début. J'ai finalement obtenu mon diplôme et lancé mon activité en 2018 », a ajouté Ly Diel.
Masques et coiffes : l'art de donner vie aux personnages
La fabrication des coiffes et des masques de danse classique Khmer est un art singulier qui illustre le caractère de chaque personnage selon des codes ancestraux. Face à la demande croissante lors des festivals dans les villages et les pagodes, ce métier offre aujourd'hui des opportunités de revenus réels.
C’est le cas de Kim Lieu Duol, dans la commune de Dai Tam. Sa passion pour la fabrication de masques est devenue un emploi stable, d'autant plus que ses modèles miniatures sont très prisés par les touristes. « Depuis tout petit, je suis fasciné par les masques. J'allais voir les spectacles de danse et j'essayais de les reproduire chez moi. Même si mes produits ne sont pas encore parfaits, ils sont très appréciés par les aînés et se vendent entre 2 et 3 millions de dôngs l'unité », a-t-il précisé.
Ces parcours entrepreneuriaux ne se contentent pas de créer des objets esthétiques ; ils inscrivent l'empreinte culturelle ethnique dans chaque œuvre. Chaque sculpture, chaque coiffe et chaque masque façonné par cette jeune génération contribue activement à faire rayonner les traits singuliers de la culture Khmer auprès de l'ensemble de la communauté.