Après les ASIAD 19 à Hangzhou, où le pays a obtenu 3 médailles d’or, le Vietnam continue de miser sur des disciplines clés telles que le tir sportif, le tir à l'arc, l'haltérophilie, l'athlétisme, le cyclisme, l'aviron, le karaté ou encore le sepaktakraw. Ces sports constituent le socle pour franchir un nouveau cap sur la scène continentale. Toutefois, dans un contexte de compétition de plus en plus acharnée, l'écart de niveau entre le sport vietnamien et les grandes puissances asiatiques demeure significatif.
Dès lors, viser 5 titres de champion aux ASIAD prévus cette année au Japon n'est pas seulement une question de performance technique des sélections, mais reflète également la capacité d'investissement à long terme, l'organisation de l'entraînement et la détermination de l'ensemble du système sportif national.
Il est à noter que le gouvernement manifeste désormais un intérêt marqué pour le sport de haut niveau. L’approbation du programme de développement des disciplines sportives clés pour la période 2026-2045 démontre que l’orientation des investissements a été élevée au rang de stratégie nationale. L'objectif est de maintenir une position dans le top 20 des ASIAD, de viser des médailles olympiques et, à plus long terme, de nourrir l'ambition d'accueillir les ASIAD 2038.
Les exigences concernant le recensement des athlètes à fort potentiel, le renforcement des stages internationaux, ainsi que la mise en place de systèmes de soutien biomédical, de psychologie du sport, de nutrition et d'analyse de données, révèlent une transition majeure. La gestion du sport évolue du modèle traditionnel subventionné vers une approche scientifique moderne. Les séances de travail directes entre la direction du département de l’éducation physique et des Sports du Vietnam et les équipes nationales avant les ASIAD 20 témoignent d'une pression de performance concrète et d'une préparation anticipée.
Cependant, les lacunes majeures du sport vietnamien résident encore dans deux facteurs essentiels : les infrastructures et les ressources humaines en matière d'encadrement de haut niveau. Depuis de nombreuses années, plusieurs sélections nationales sont contraintes de s'entraîner dans des gymnases ou sur des terrains obsolètes, avec des équipements disparates et des conditions de récupération physique bien en deçà des standards internationaux.
Dans les disciplines olympiques comme le tir, le tir à l'arc ou le cyclisme sur piste, les équipements spécialisés représentent des investissements colossaux. Or, la capacité de financement limitée empêche les athlètes d'accéder aux technologies d'entraînement modernes dont disposent leurs rivaux asiatiques. Même les disciplines ayant déjà remporté l’or, comme le karaté ou le sepaktakraw, subissent une pression concurrentielle croissante face à l'accélération des investissements d'autres pays.
Dans le sport de haut niveau, la différence entre une médaille d'or et une élimination précoce ne tient parfois qu’à l'efficacité de l'entraînement, laquelle dépend directement des conditions de pratique et de la compétence des experts.
La réalité montre que de nombreuses puissances sportives asiatiques n'hésitent pas à allouer des budgets massifs pour recruter des entraîneurs et des experts de renommée mondiale. Au Vietnam, le football en est l'exemple le plus frappant, où des entraîneurs sud-coréens ont pu percevoir des revenus atteignant 100 000 dollars par mois.
Pendant ce temps, dans la majorité des disciplines olympiques, le niveau de rémunération des entraîneurs et experts étrangers reste modeste, n’atteignant généralement pas les 10 000 dollars par mois. À ce tarif, il est extrêmement difficile d'attirer des techniciens de classe mondiale ayant déjà exercé au sein de sélections nationales lors des ASIAD ou des Jeux olympiques. Sans un changement radical de paradigme en matière d'investissement, le sport vietnamien peinera à réaliser un bond en avant en s'appuyant uniquement sur la volonté ou les efforts des athlètes.
Par conséquent, l’objectif de 5 médailles d’or aux ASIAD 20 ne pourra devenir réalité que si le sport vietnamien consent à un investissement massif et plus substantiel. Il est impératif de concentrer le budget sur les disciplines présentant des chances réelles de podium, tout en bâtissant un écosystème d’entraînement aux standards internationaux.
Les centres nationaux d'entraînement sportif doivent être modernisés, notamment en ce qui concerne la science de la récupération, l'analyse des données de mouvement et les équipements spécialisés, au-delà de simples rénovations de façade. Parallèlement, les mécanismes financiers doivent être suffisamment flexibles pour permettre le recrutement d'entraîneurs et d'experts d'élite. Cela permettrait également aux entraîneurs nationaux d'accéder aux technologies de pointe et d'envoyer les athlètes de haut niveau en stages de longue durée dans des environnements d'excellence.
Le succès aux ASIAD n'est plus une simple compétition entre talents individuels ; c'est désormais l'équation de tout un système d'investissement sportif national. Si le Vietnam parvient à lever les « goulots d’étranglement » liés aux infrastructures et à la qualité de l’expertise, l’objectif de 5 médailles d’or ne sera pas hors de portée.
Cependant, si les contraintes structurelles perdurent, le sport vietnamien aura du mal à se dépasser sur la scène asiatique. L'expérience de nombreuses compétitions montre que le manque de budget peut être compensé à court terme par un mécanisme spécialisé, concentrant les ressources sur 9 disciplines phares plutôt que de maintenir l'éparpillement actuel des investissements.