Les banh chung, d’un vert tendre, sont soigneusement enveloppés dans des feuilles de bananier de la forêt africaine, en lieu et place des feuilles de dong du pays natal. Le long des axes récemment rouverts, la joie du Têt s’invite au rythme de chaque pont de la paix.
Restaurer les artères vitales d’un territoire fragilisé
Dès leur arrivée sur le terrain, la mission prioritaire de l’Équipe du génie vietnamien no 4 a consisté à consolider et réparer le pont de Banton, véritable goulet d’étranglement du réseau de transport local, tout en achevant la remise en état de plusieurs routes civiles essentielles à la veille de la nouvelle année.
Chaque mètre de route posé et compacté respecte scrupuleusement les normes techniques des Nations Unies, permettant à la fois de rétablir la liaison entre des zones longtemps isolées et de créer les conditions du retour à une vie paisible pour les populations locales à l’approche du printemps.
Témoin de ces transformations, le colonel Alexander De Lima, chef d’état-major de la composante militaire de la Mission de maintien de la paix des Nations Unies à Abiyé (UNISFA), a souligné : « Vous n’êtes pas seulement des ingénieurs qui ouvrent des routes et construisent des ponts, vous êtes aussi des ambassadeurs de l’humanité et du professionnalisme. Vos efforts ont transformé la physionomie même de la Mission. »
Peu de personnes savent que derrière ces éloges se cachent des journées de travail sous un soleil de 44 °C, avec la poussière rouge collée aux visages burinés des soldats. Des repas pris à la hâte à l’ombre d’un rouleau compresseur sont devenus une image familière. C’est là que s’échangent les souvenirs du pays natal ou les idées ingénieuses pour utiliser les feuilles de bananier locales afin d’emballer les banh chung, autant de moments pour chasser la fatigue.
« Couloirs d’espoir » et espaces de renaissance
Sur une terre où l’eau potable vaut plus que l’or, le dégagement des routes ne répond pas seulement à des exigences de sécurité : il apporte la vie aux communautés locales.
Voyant d’anciens sentiers se transformer en corridors pour les camions de printemps transportant de l’eau propre, le lieutenant-colonel Trinh Van Cuong, chef de l’Équipe du génie no 4, a confié avec émotion que le plus beau cadeau du Têt restait les cris de joie « Vietnam ! Vietnam ! » des enfants courant le long de la nouvelle route.
« Lorsque nous voyons le printemps renaître dans les sourires des habitants au moment où les camions d’eau arrivent, nous comprenons que notre mission a véritablement touché leur cœur », a-t-il partagé.
Les pas des soldats ont également marqué de leur empreinte le collège d’Abiyé. Profitant des heures de pause, l’équipe a mobilisé ses engins pour niveler et réhabiliter la cour de récréation ainsi que les accès aux salles de classe. Les imposants rouleaux compresseurs ont soigneusement aplani chaque mètre de sol sous les auvents, afin que les élèves n’aient plus à traverser des nuages de poussière ni à risquer de chuter.
Reconnaissant, le ministre des Infrastructures matérielles et des Services publics, Kon Maneit Matiok, a déclaré : « Vous n’apportez pas seulement la sécurité, vous apportez aussi l’avenir. »
Relier les âmes en harmonie
Pour de jeunes soldats célébrant pour la première fois le Têt loin de la patrie, comme le sous-lieutenant Nguyen Trung Kien, ce printemps revêt une signification toute particulière. Avec ses camarades, il participe directement à la décoration de l’unité, faisant entrer l’esprit du Têt au cœur du camp.
Sous le soleil ardent d’Abiyé, Kien se remémore le goût des légumes marinés préparés par sa mère et la fraîcheur piquante de l’hiver du Nord. Mettant de côté sa nostalgie, il consacre toute son énergie à assembler, branche après branche, des fleurs de pêcher en papier, transformant des matériaux simples en un arbre évocateur de la terre natale.
Portés par la solidarité de leurs camarades, autour des branches de papier en pleine floraison, les jeunes soldats se sentent grandir, à chaque coup de pinceau, à chaque fleur semée sur une terre éprouvée.
Dans l’atmosphère joyeuse des préparatifs du Têt, le projet de « diplomatie du banh chung » promet de belles surprises aux amis internationaux. Enrobés de feuilles de bananier locales, d’un vert plus clair que celui des feuilles traditionnelles, ces gâteaux conservent néanmoins toute leur souplesse et leur saveur authentique.
Des armes fermes pour préserver la sérénité du printemps
Si l’ambiance du printemps se fait déjà ressentir, la mission demeure la priorité absolue. Les rouleaux compresseurs et bulldozers sont nettoyés avec soin, comme s’ils se paraient eux aussi pour le Têt.
Même réunis autour du repas de fin d’année, les soldats ne quittent pas leurs armes. L’unité maintient un état d’alerte permanent avec 100 % de l’effectif, garantissant la sécurité de la base et l’assistance aux populations dans un environnement sécuritaire complexe.
C’est ainsi que les Casques bleus vietnamiens protègent le printemps, par une discipline de fer et un cœur toujours tourné vers la paix.