La 53e rencontre des anciens experts militaires russes ayant servi au Vietnam s'est tenue le 5 août, à l'ambassade du Vietnam à Moscou, à l’occasion de la commémoration de la première victoire des forces vietnamiennes de défense antiaérienne sur l’aviation américaine (5 août 1964).
L'événement a vu la participation des représentants de l'Association des anciens combattants vietnamiens en Russie, de la Fondation pour la promotion de la coopération entre la Russie et le Vietnam « Tradition et Amitié », ainsi que de nombreux anciens experts militaires soviétiques et russes ayant apporté leur soutien au Vietnam pendant les années de guerre.
Des mémoires qui ne passent ni par les mots ni par les récits
Au milieu de la salle, un ancien combattant de 82 ans fredonne doucement au rythme d’une chanson russe interprétée par une jeune Vietnamienne vêtue d’un áo dài blanc. L’un a connu la guerre, l’autre est née en temps de paix. Plus d’un demi-siècle sépare ces deux générations, mais elles se retrouvent autour d’un même point de convergence : l’attachement au Vietnam.
Cet ancien combattant s’appelle Arseny Aleksandrovitch Durkin. Il était autrefois commandant d'une escadrille russe de missiles antiaériens S-75, en mission au Vietnam durant la période 1965 – 1966. Après avoir quitté l’armée, il est devenu pilote de l’aviation civile et a vécu pendant de nombreuses années dans la région arctique de Russie.
Ce n’est que cette année, après son retour à Moscou, qu’il a pu participer à la rencontre annuelle organisée par l’ambassade du Vietnam en Russie.
Vêtu de son uniforme bleu de l’armée de l’air, le torse décoré de plusieurs médailles, parmi lesquelles l’ordre du Drapeau rouge et l’ordre de l’Amitié du Vietnam, l’ancien combattant avance lentement aux côtés de sa fille. La rencontre de cette année revêt pour lui une dimension particulière : après près de 60 ans, il a retrouvé un ancien camarade qui avait servi à ses côtés au Vietnam, Nikolaï Nikolaïevitch, aujourd’hui président de l’Association des anciens combattants russes ayant servi au Vietnam.
L’âge avancé ne lui permet plus de s’exprimer aussi clairement qu’autrefois. Sa fille raconte donc à sa place les souvenirs que son père répète inlassablement depuis plus d’un demi-siècle.
« Mon père raconte toujours les premiers jours où lui et ses camarades sont arrivés au Vietnam. À l’époque, ils ne parlaient pas vietnamien, mais la population vietnamienne les a accueillis avec beaucoup de chaleur. Les Vietnamiens leur montraient comment faire par leurs propres gestes : “Regardez-moi et faites comme moi”. Les conditions étaient alors très difficiles, la chaleur était accablante et tout leur était totalement étranger. Mais ils ont tous surmonté ces difficultés ensemble. Les Vietnamiens étaient également très prévenants et veillaient même à adapter les repas aux habitudes alimentaires de ceux qui arrivaient d’Union soviétique. Même sans parler la même langue, ils se soutenaient et s’entraidaient toujours », raconte Elena, la fille d’Arseny.
C’est également le sentiment que partagent de nombreux Russes ayant vécu et travaillé au Vietnam pendant les années de la guerre.
Le professeur et docteur en sciences Sergueï Nikolaïevitch Babourine, président du conseil d’administration du Fonds soviétique pour la paix, confie : « Pour notre génération et pour le peuple soviétique, la guerre du Vietnam était le symbole d’une lutte pour la justice. Le Vietnam a démontré que, lorsqu’un peuple est uni et animé d’une volonté forte, il peut vaincre n’importe quelle superpuissance. Pour le peuple soviétique, l’exemple du Vietnam revêtait alors une importance immense ».
Ces souvenirs ne sont pas seulement conservés au sein des familles d’anciens combattants. Ils sont également accueillis avec respect par ceux qui sont nés en temps de paix.
Ayant grandi en Russie, Tran Thu Ngan, étudiante à la Haute École d’Économie (HSE), a apporté à cette rencontre des chansons russes associées à l’amitié entre les deux peuples. Pour elle, ces mélodies ne sont pas seulement belles : elles constituent aussi une part de l’histoire qu’il faut connaître et préserver.
S’exprimant en vietnamien avec une intonation russe, Thu Ngan affirme : « En tant que jeune Vietnamienne, je suis profondément reconnaissante au peuple russe d’aujourd’hui et au peuple soviétique d’autrefois pour l’aide qu’ils ont apportée au Vietnam pendant la guerre. Je pense que l’histoire doit absolument être étudiée et que les films inspirés de faits réels doivent être vus. Dans le même temps, nous devons préserver les traditions de nos deux peuples et les transmettre aux générations futures ».
Pour que l’amitié Vietnam – Russie dure éternellement
Lors de la rencontre, Doan Khac Hoang, chargé d'affaires a. i et ministre-conseiller du Vietnam en Russie, a exprimé la profonde gratitude du Parti, de l'État et du peuple vietnamiens pour les importantes contributions et les sacrifices des anciens combattants et experts militaires soviétiques durant la lutte du Vietnam pour son indépendance.
Il a souligné que l'amitié entre les deux pays, forgée au cours des années de guerre, demeurait un patrimoine précieux et constituait un fondement solide pour le développement du partenariat stratégique global Vietnam – Russie.
À mesure que les témoins de l’histoire deviennent moins nombreux, la préservation de la mémoire et la transmission aux jeunes générations des récits de l’amitié entre le Vietnam et la Russie revêtent une importance croissante. C’est également l’objectif que poursuivent avec constance les organisations d’amitié, les associations d’anciens combattants et la communauté vietnamienne en Russie à travers des rencontres annuelles, des projets de collecte et de conservation de documents ainsi que des activités favorisant les échanges entre les générations, a affirmé Doan Khac Hoang.
Pour sa part, Nikolai Kolesnik, président de l'Association des anciens combattants russes ayant servi au Vietnam, est revenu sur les grandes étapes de la coopération militaire entre les deux pays, notamment le 60e anniversaire de l'arrivée du premier groupe d'experts soviétiques spécialisés dans les missiles en mission international au Vietnam et le 61e anniversaire de la création des Forces vietnamiennes de défense aérienne par missiles.
Il a également évoqué les combats de 1965, marqués par les premiers succès des unités vietnamiennes de missiles, qui ont contribué à la victoire historique connue sous le nom de « Stalingrad aérien de Hanoï » en 1972.
Il a par ailleurs rappelé l'inauguration, le 29 août 2025, du monument dédié aux experts militaires soviétiques au Musée d'histoire militaire du Vietnam, symbole de la reconnaissance du peuple vietnamien et de l'amitié entre les deux peuples.
Au nom des anciens experts militaires soviétiques ayant servi au Vietnam, Nikolai Kolesnik a remercié l'ambassade du Vietnam en Russie, l'Union des organisations vietnamiennes en Russie, la Fondation « Tradition et Amitié » et l'Association des anciens combattants vietnamiens en Russie pour l'organisation de cette rencontre.
Il a également indiqué que 23 anciens experts militaires étaient décédés depuis la rencontre de 2024. Une minute de silence a été observée en leur mémoire.
En conclusion, Nikolai Kolesnik a adressé ses vœux de bonheur et de prospérité au peuple vietnamien et exprimé le souhait que les Forces de défense aérienne - Armée de l'air de l'Armée populaire du Vietnam continuent de maîtriser les nouveaux équipements militaires afin de renforcer les capacités de défense du pays.
La rencontre s'est achevée par un programme artistique rappelant des chansons emblématiques, illustrant les liens culturels et l'amitié entre les peuples vietnamien et russe.
Plus de six décennies après, la guerre appartient désormais au passé, mais les souvenirs d’une époque où les peuples vietnamien et russe se tenaient côte à côte continuent de se transmettre, du père à l’enfant, des soldats d’autrefois à la jeune génération d’aujourd’hui.
C’est précisément cette transmission qui permet et permettra de préserver l’une des valeurs les plus durables des relations entre le Vietnam et la Russie : une amitié nourrie par le partage, la gratitude et la mémoire commune des deux peuples.