Quand la jeunesse propulse le hát xẩm sur la scène internationale

Trouver une voie qui préserve l’essence même de la musique traditionnelle, tout en lui insufflant la vitalité nécessaire pour séduire le public contemporain et s’exporter à l’international, soulève de profondes réflexions théoriques.

Le groupe Xam Ha Thanh a participé à un atelier artistique pour les élèves du système éducatif Hoang Mai Star (Hanoï). Photo : NSHM
Le groupe Xam Ha Thanh a participé à un atelier artistique pour les élèves du système éducatif Hoang Mai Star (Hanoï). Photo : NSHM

En ce qui concerne le hát xẩm (chant des aveugles), l’engagement proactif des jeunes, combiné à des modèles pédagogiques immersifs en milieu scolaire, ouvre de nouvelles perspectives. Ces initiatives transforment les valeurs culturelles autochtones en un véritable « passeport identitaire », ancrant l’identité du Vietnam sur l’échiquier culturel mondial.

Chercher à promouvoir cet art à l’école

Alors que la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel immatériel s’imposent comme des priorités croissantes, l’initiation des jeunes générations aux arts traditionnels s'avère cruciale pour garantir la viabilité à long terme de ce patrimoine. À cet égard, les ateliers d’immersion artistique autour du hát xẩm, récemment organisés pour les élèves du complexe éducatif Ngôi Sao Hoang Mai à Hanoï, offrent une illustration concrète et dynamique de cette approche.

Le hát xẩm, un art folklorique vieux de plus de 700 ans, rythmait autrefois le quotidien des ménestrels malvoyants sur les marchés de campagne, sur les parvis des maisons communes, au fil des embarcadères ou à bord des anciens tramways de la capitale. Bien plus qu’une simple performance vocale, le hát xẩm constitue une mémoire sociale vivante, miroir des émotions, des chroniques quotidiennes et des aspirations du peuple à travers les âges.

Lors de cet événement, sous la houlette du musicien Nguyen Quang Long et des artistes du collectif Xẩm Hà Thành, les élèves, de l'école primaire au lycée, ont pu découvrir cet art de manière visuelle et interactive. Ils ont ainsi vibré au son de morceaux emblématiques tels que « Nào ai hơn tớ » (Qui fait mieux que moi ?), « Công cha ngãi mẹ sinh thành » (La gratitude envers les parents) ou « Theo Đảng trọn đời » (Fidèle au Parti pour toujours).

L’espace scolaire s’est alors métamorphosé en une scène ouverte. Les complaintes mélancoliques de la vièle à deux cordes, le cliquetis entraînant des castagnettes en bambou et la poésie brute des chants ont tout naturellement transporté les élèves au cœur de la culture traditionnelle. Les leçons d’histoire, de morale, d’amour de la patrie ou de résilience ont quitté la froideur des manuels scolaires pour s’incarner dans le sensible des mélodies.

Le moment fort de la rencontre est venu de la présentation et du solo de la vièle à deux cordes, un instrument considéré comme l'âme même du hát xẩm. Les sonorités déchirantes et profondes de cette vièle ont jeté un pont émotionnel puissant entre cet art séculaire et la jeune génération.

Captivés, de nombreux élèves battaient la mesure du bout des doigts, tandis que d'autres n'hésitaient pas à poser des questions et à échanger spontanément avec les artistes. Cette interactivité témoigne de l’attrait bien réel de la musique traditionnelle sur la jeunesse d'aujourd'hui.

Cette réalité bat en brèche l’idée reçue selon laquelle les arts traditionnels perdraient inexorablement du terrain auprès des jeunes. Le problème ne réside pas dans le patrimoine lui-même, mais dans la manière de le transmettre. Lorsqu’il est mis en scène dans un cadre ouvert et accessible, le hát xẩm possède toute la force nécessaire pour éveiller la curiosité, l'émerveillement et la fierté culturelle chez les adultes de demain.

Au-delà d'une simple activité parascolaire, ce programme s'est imposé comme un trait d'union entre le passé et le présent, éveillant chez ces élèves une conscience citoyenne quant à la nécessité de préserver et de faire fructifier le patrimoine artistique national.

Quand le hát xẩm résonne aux rythmes du monde

Si, sur les bancs de l’école, le hát xẩm commence à trouver sa « longueur d’onde commune » avec les élèves, cet art démontre également, à plus grande échelle, une formidable capacité à communier avec un public international.

Ces dernières années, au sein des espaces culturels alternatifs, des zones piétonnes ou lors de spectacles de rue, le hát xẩm suscite un intérêt grandissant chez les touristes étrangers. Nombreux sont ceux qui, sans comprendre un mot de vietnamien, se laissent envoûter par la charge émotionnelle, la dimension narrative et l'authenticité populaire qui émanent de chaque note.

Séduits par hasard par une performance au cœur du vieux quartier de Hanoï, Dan et Elle, un couple de touristes britanniques, ont confié avoir été littéralement fascinés par la puissance expressive de ce genre musical.

Selon eux, bien que le sens des paroles leur échappe, les complaintes de la vièle à deux cordes associées à l'articulation vocale si singulière des artistes font naître une émotion tout à fait remarquable. Ce genre artistique leur évoque spontanément le blues occidental, en raison de sa nature profondément introspective et de sa capacité à raconter des histoires en musique.

Cette analogie est loin d'être fortuite. Le hát xẩm comme le blues ont germé au sein des classes populaires, se faisant le miroir de la condition sociale tout en étant empreints d'une profonde résonance humaniste. C'est précisément cette convergence qui jette un « pont culturel », permettant au public international d'appréhender le hát xẩm avec une grande fluidité.

À l'heure où les dynamiques de consommation culturelle mondiale s'orientent massivement vers des expressions autochtones, authentiques et ancrées dans la profondeur historique, le chant hát xẩm possède des atouts maîtres pour s'imposer comme un outil d'excellence pour la diplomatie culturelle du Vietnam. Ce que les spectateurs internationaux recherchent aujourd'hui dépasse le simple divertissement ; ils aspirent à découvrir des récits culturels sincères, porteurs d'une véritable altérité.

Le musicien et chercheur Nguyen Quang Long, qui œuvre depuis de nombreuses années à la revitalisation et au rayonnement du hát xẩm, soutient que la force vive de cet art réside dans sa plasticité et sa faculté à épouser son époque.

Selon lui, se contenter de préserver le patrimoine en l'état revient à le « congeler », ce qui l'étiolerait et le priverait de toute chance de survie dans la société contemporaine. Par essence, le hát xẩm a toujours été un art de l'immédiateté et de l'improvisation. Les maîtres d'autrefois chantaient les chroniques de leur temps ; le étioler d'aujourd'hui doit donc impérativement vibrer au souffle du XXIe siècle.

En sanctuarisant le cœur technique des mélodies traditionnelles tout en élargissant le répertoire aux réalités modernes – voire en s'hybridant avec les nouvelles tendances musicales –, le hát xẩm se donne les moyens de conquérir un nouveau public sans pour autant renier son âme.

C’est précisément pourquoi le hát xẩm est désormais perçu comme un « patrimoine évolutif » : une forme d'expression dynamique, poreuse aux influences contemporaines et capable de poursuivre sa mutation à l'ère de la mondialisation.

Promouvoir le hát xẩm sur la scène internationale

Si les chercheurs comme le musicien Nguyen Quang Long se font les gardiens de l’âme du hát xẩm, la jeune génération, elle, s'impose comme la force pionnière capable d'élargir les espaces d'expression de ce patrimoine à l'ère du numérique.

Nguyen Khanh Linh, une jeune créatrice de contenus issue de la « Génération Z » et engagée dans plusieurs projets de numérisation de la culture, en est l'incarnation parfaite. Sa singularité repose sur le fait qu'elle a reçu dès son plus jeune âge une formation académique au chant hát xẩm, ce qui lui confère une intime compréhension de cet art.

Selon Khanh Linh, pour que le hát xẩm s'affirme réellement sur la scène internationale, il est capital de réinventer ses modes d'expression à travers des démarches de co-création. Les marqueurs originels – qu'il s'agisse de la mélodie, des techniques de vocalises ornementales ou du ton narratif – doivent être sanctuarisés. Néanmoins, ils peuvent parfaitement s'allier au rap, au jazz, à l'EDM ou à d'autres formes d'arts contemporains pour élargir leur audience.

Parallèlement, il convient d'exploiter pleinement le levier des plateformes numériques. Des vidéos en immersion, des micro-trottoirs ou des remix créatifs sur TikTok, Spotify et YouTube constituent désormais le chemin le plus court pour connecter le hát xẩm au public global.

L'expérience prouve que cette stratégie ouvre des horizons inédits aux arts traditionnels. Propulsé par la technologie, le patrimoine peut aller à la rencontre de communautés de spectateurs infiniment plus vastes.

Toutefois, pour faire rayonner le hát xẩm durablement et concevoir des produits culturels compétitifs sur le marché international, une stratégie à long terme est indispensable. Celle-ci doit impérativement s'articuler autour d'une préservation respectueuse des codes originels, adossée à un écosystème robuste de promotion, de distribution et de positionnement de marque sur les plateformes numériques transnationales.

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