Thich Chung, un village centenaire de latérite au cœur des terres anciennes du Nord

Dans le Nord du Vietnam, alors que l’urbanisation transforme progressivement les campagnes, le village de Thich Chung (commune de Binh Tuyen, province de Phu Tho) figure parmi les rares localités à conserver les vestiges d’une architecture en latérite pluriséculaire.

La beauté paisible du village de Thich Chung, avec ses ruelles étroites et sinueuses cernées de murs rugueux de latérite d’un brun doré, a résisté à l’épreuve du temps. Photo : baophutho.
La beauté paisible du village de Thich Chung, avec ses ruelles étroites et sinueuses cernées de murs rugueux de latérite d’un brun doré, a résisté à l’épreuve du temps. Photo : baophutho.

Au cœur de la vague impétueuse de bétonisation qui balaie les campagnes du Nord du Vietnam, le village de Thich Chung demeure discrètement à l’abri derrière ses murs rugueux de latérite, d’un brun doré.

Ici, le temps semble s'arrêter sur les pierres poreuses aux reliefs inégaux, préservant intact un « patrimoine vert » d'une terre ancestrale au milieu du rythme effréné de la vie contemporaine.

Un « trésor » enfoui sous la colline Xuong Rong

Thich Chung accueille les visiteurs avec ses ruelles étroites et sinueuses, entourées de murs de pierre latéritique jaune foncé, solides et résistants.

Selon la généalogie du village, il y a plus de cinq siècles, les ancêtres savaient déjà extraire du sol ces blocs de latérite.

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Duong Van Chan, un ancien respecté du village, raconte la légende de la colline Xuong Rong avec les yeux brillants : « Autrefois, au milieu d'une plaine, se dressait une colline étrangement haute. On disait que c'était le dos d'un dragon émergeant de la terre. En creusant, on découvrit des pierres que les villageois utilisèrent pour construire leurs maisons. C’est sans doute pour cela qu’elles sont à la fois solides et porteuses de prospérité. »

En réalité, il s’agissait d’un immense gisement naturel de latérite. De ce trésor est née une classe d'artisans tailleurs de pierre.

Métier ardu et exigeant, il n’était transmis qu’à des hommes jeunes, robustes et habiles.

La hiérarchie y était stricte : les novices étaient seulement autorisés à tailler la pierre ; les maîtres artisans devaient faire preuve d’un sens aigu de l’observation, savoir repérer les veines de pierre et concevoir des maisons capables de résister à l'épreuve du temps.

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La maison en latérite de la famille de Tran Van Mon est la seule maison de Thich Chung à avoir conservé son architecture d'origine. Photo : baophutho.

Face à la plus ancienne maison du village, Tran Van Mon (plus de 60 ans) caresse lentement la surface rugueuse d’un mur vieux de plus d’un siècle.

Il s’agit de la seule maison de Thich Chung à avoir conservé intégralement son architecture originale en latérite, du portail aux murs d’enceinte et au hall principal.

Selon lui, la propriété la plus remarquable de la latérite est son inertie thermique : « Fraîche en été, chaude en hiver. Cette pierre est exceptionnelle : exposée au soleil et à la pluie pendant des centaines d’années, sa surface peut s’éroder, mais son cœur devient toujours plus dur, presque aussi solide que de l’acier refroidi. Même en allumant un feu contre un côté du mur, l’autre face ne chauffe pas. »

En y regardant de plus près, on constate que les murs en latérite, d'une épaisseur de 40 à 50 cm, sont solidement assemblés par un mélange d'argile et de sable.

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La maison en latérite de la famille de M. Mon est construite de manière étanche avec un mélange d'argile et de sable sec. Photo : baophutho.

Sans recourir à la moindre armature métallique ni au moindre sac de ciment, cette maison, construite il y a plus d'un siècle, n'a jamais subi le moindre dommage malgré les violentes tempêtes qui ravagent cette région du pays.

Entre préservation et modernité

Lors des années 1970, Thich Chung était encore considéré comme la « capitale » de la latérite : toutes les habitations arboraient cette teinte jaune caractéristique.

Mais en 2026, il ne subsiste plus que quelques rares maisons anciennes, la brique cuite, le béton et l’architecture moderne ayant progressivement effacé les vestiges du passé.

Tran Thi Thanh Tam, présidente du Comité populaire de la commune de Binh Tuyen, ne cache pas son regret : « Dans le Nord, en dehors de Thach That ou de Ba Vi (à Hanoi), rares sont les localités qui conservent des traces aussi visibles de l’architecture en latérite que Thich Chung. Toutefois, les ressources de la colline Xuong Rong sont aujourd’hui épuisées. Pour extraire la pierre, il faut creuser très profondément, ce qui engendre des coûts de main-d’œuvre extrêmement élevés. La préservation de l’architecture ancienne est confrontée à de sérieux défis, entre développement économique et préservation du patrimoine culturel. »

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Des clôtures en latérite, à la surface rugueuse, âgées de plus d’un siècle. Photo : baophutho.

La maison de la famille de Tran Van Mon s’apparente désormais à un « musée vivant », une note de sérénité au milieu du tumulte de l’urbanisation.

Elle n’est pas seulement un abri contre la pluie et le soleil, mais un témoignage « fossilisé », racontant une époque où l’homme et la nature coexistaient dans une harmonie durable et respectueuse.

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