Campagne des 500 jours et nuits :

Toute la nation à la recherche de ses héros disparus

Le Vietnam mobilise armée, peuple et expertise scientifique au service de la “Campagne des 500 jours et nuits” pour retrouver, identifier et rapatrier les martyrs disparus. Une opération qui exprime mémoire et gratitude envers ceux qui se sont sacrifiés pour la Patrie.

Le Premier ministre Le Minh Hung brûle de l’encens sur la tombe des martyrs au cimetière national de Vi Xuyen (province de Tuyen Quang, au Nord du Vietnam). Photo : VNA.
Le Premier ministre Le Minh Hung brûle de l’encens sur la tombe des martyrs au cimetière national de Vi Xuyen (province de Tuyen Quang, au Nord du Vietnam). Photo : VNA.

La “Campagne des 500 jours et nuits pour accélérer la recherche, le regroupement et l’identification des restes des martyrs” dépasse largement le cadre d’une mission politique ou d’une opération scientifique et humanitaire d’envergure.

Elle incarne avant tout un ordre venu du cœur, une expression profonde de l’éthique vietnamienne, résumée par le proverbe “Boire de l’eau, se souvenir de la source” et le principe moral de “gratitude et reconnaissance”.

Autrement dit, ne jamais oublier ses origines ni ceux qui se sont sacrifiés pour la Patrie.

En l’honneur de la Journée des invalides de guerre et des héros morts pour la Patrie, célébrée chaque 27 juillet au Vietnam, cette campagne rappelle que la reconnaissance ne se limite ni à une cérémonie ni à une offrande d’encens.

Elle suppose des actions concrètes, durables et responsables afin de rendre aux héros tombés au combat leur identité, leur terre natale, leur famille et leurs frères d’armes.

Il existe des missions confiées à l’Armée populaire du Vietnam qui ne résonnent pas du fracas des armes, mais qui n’en portent pas moins les nobles qualités des soldats de l’Oncle Hô : loyauté, dévouement, engagement, discipline, compassion et humanité.

La recherche, le regroupement et l’identification des restes des martyrs en sont l’une des expressions les plus marquantes.

Cette mission conduit les soldats en temps de paix à parcourir des forêts profondes, des montagnes escarpées et d’anciens champs de bataille, afin de retrouver ceux qui sont tombés pour la liberté de la Patrie.

Elle les confronte également aux ravages du temps : archives incomplètes, souvenirs qui s’effacent, paysages profondément transformés et traces de guerre désormais dissimulées sous la végétation, la terre ou les nouvelles constructions.

Chaque pas accompli sur ces anciens théâtres d’opérations rapproche un peu plus le pays de son histoire. Chaque dépouille retrouvée ravive une émotion nationale profonde.

Chaque identité confirmée apporte enfin une réponse attendue depuis parfois plusieurs décennies par des familles endeuillées.

Aujourd’hui encore, les militaires poursuivent ce travail avec la même détermination qu’en temps de guerre. Ils retournent sur les anciens champs de bataille, non pour combattre l’ennemi, mais le temps, la disparition progressive des témoins, les difficultés du terrain et du climat, ainsi que l’insuffisance des informations disponibles.

Leur engagement exige courage, persévérance et respect absolu.

Chaque objet personnel découvert, chaque fragment d’ossement recueilli, chaque prélèvement biologique effectué fait l’objet d’une attention extrême.

Dans une œuvre aussi sacrée, il ne peut y avoir ni négligence, ni indifférence, ni formalisme. Derrière chaque échantillon se cache une existence, derrière chaque dossier une famille, derrière chaque coordonnée de recherche une part de l’histoire nationale.

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Pour mener cette mission, les moyens scientifiques occupent désormais une place essentielle.

Les analyses ADN, les bases de données, la cartographie numérique et les méthodes modernes de vérification viennent compléter les témoignages et les archives existantes.

La technologie permet d’identifier les personnes avec davantage de précision, tandis que la tradition de gratitude donne tout son sens à cette quête.

La science se met ainsi au service de l’homme et accompagne un devoir profondément humain.

Bien que la guerre appartienne désormais au passé, elle continue de hanter de nombreuses familles vietnamiennes.

Elle survit à travers un autel sans photographie, un avis de décès jauni par le temps ou l’interrogation déchirante d’une mère, d’une épouse ou d’un enfant qui ignore encore où repose son proche.

Certaines mères ont passé leur vie entière à attendre le retour d’un fils. D’autres familles poursuivent cette recherche depuis plusieurs générations.

Dans de nombreux cimetières de martyrs, des stèles portent encore la mention “identité non déterminée”. Cette absence d’identification n’est pas seulement due au manque d’informations, mais constitue aussi un vide dans la mémoire collective.

Ainsi, la “Campagne des 500 jours et nuits” dépasse largement le cadre d’un plan opérationnel classique. C’est une mission politique, militaire, scientifique et humanitaire, mais plus profondément encore, une exigence culturelle et morale.

La culture nationale place toujours l’homme au cœur de ses liens avec sa famille, son village natal, ses ancêtres, sa communauté et sa Patrie.

Selon la tradition vietnamienne, les défunts demeurent indissociables de la vie des vivants. Ils restent présents dans les commémorations familiales, les cimetières des martyrs, les souvenirs familiaux transmis de génération en génération, dans l’histoire nationale et dans chaque leçon de patriotisme et de sacrifice.

Retrouver les restes des martyrs revient ainsi à retrouver une partie de la mémoire du pays. Identifier un martyr, c’est lui restituer ce qu’un être humain possède de plus précieux : son nom, son lieu d’origine, sa famille et la possibilité de revenir symboliquement auprès des siens et de la Patrie.

Lorsqu’un martyr retrouve son identité, ce n’est pas seulement une famille qui est apaisée.

C’est également une page de l’histoire nationale qui se complète. Lorsqu’une tombe reçoit enfin un nom, elle renforce la fidélité du pays envers ceux qui ont consenti le sacrifice suprême.

Cette démarche traduit concrètement le principe vietnamien de reconnaissance envers les générations précédentes. Elle contribue également à réparer des blessures de guerre qui demeuraient ouvertes depuis plusieurs décennies et permet aux proches de retrouver une forme de sérénité.

La Journée des invalides de guerre et des héros morts pour la Patrie constitue chaque année un moment sacré dans la vie spirituelle de la nation. Toutefois, la reconnaissance ne saurait se limiter à une journée de commémoration, une cérémonie, une gerbe ou une offrande d’encens.

La gratitude doit devenir une culture vivante, une pratique quotidienne, une responsabilité partagée par les institutions, unités, localités, familles et chaque citoyen.

Dans cette perspective, la “Campagne des 500 jours et nuits” prend également la dimension d’un vaste mouvement civique, culturel et moral.

Au-delà des forces spécialisées, elle appelle la participation de l’ensemble de la société.

Car de nombreuses informations essentielles ne figurent plus dans les archives. Elles subsistent parfois uniquement dans la mémoire d’anciens combattants, d’habitants ayant vécu sur les anciens champs de bataille, de familles ayant accueilli des soldats ou de communautés locales qui conservent encore la mémoire des événements.

De simples souvenirs, en apparence insignifiants, comme une lettre, un peigne, un morceau de char ou quelques mots gravés à la hâte sur un objet, peuvent parfois, plusieurs décennies plus tard, permettre d’identifier un martyr.

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Chaque citoyen peut ainsi contribuer à cette culture de la reconnaissance : fournir une information, préserver un souvenir, partager un témoignage, soutenir les équipes de recherche, entretenir les cimetières des martyrs ou diffuser les données permettant de retrouver les familles concernées.

Autant d’actions concrètes, pratiques et empreintes d’humanité.

Lorsque toute la population s’implique, la “Campagne des 500 jours et nuits” se transforme en un véritable mouvement des cœurs populaires, en une expression de la moralité nationale et de la volonté collective de ne laisser personne sombrer dans l’oubli après la guerre.

Elle possède également une dimension éducative essentielle. Les jeunes générations, nées dans la paix et familières des technologies numériques, n’ont peut-être jamais entendu le fracas des bombes ni le sifflement des balles.

Mais elles doivent comprendre que la paix n’est jamais acquise : indépendance, unité et intégrité territoriale ont été conquises au prix du sang et des sacrifices des générations précédentes.

En participant à l’entretien des cimetières, à la découverte de l’histoire locale, à la numérisation des données ou à la diffusion des récits consacrés à la recherche des martyrs grâce aux nouveaux moyens de communication, les jeunes transforment le devoir de mémoire en une expérience vivante et concrète.

Au moment où le pays poursuit son développement, accélère sa transformation numérique, renforce son innovation et approfondit son intégration internationale, la “Campagne des 500 jours et nuits” rappelle que la force de la nation ne repose pas uniquement sur son potentiel économique ou technologique.

Elle s’ancre aussi dans la profondeur culturelle, le sens moral et la qualité des valeurs humaines des Vietnamiens.

Un pays ne peut construire durablement son avenir s’il renie son passé. Une nation ne peut aspirer à la modernité sans rester fidèle à son éthique. Une société ne peut se développer harmonieusement si elle se montre indifférente envers ceux qui ont donné leur vie pour elle.

La recherche, le regroupement et l’identification des restes des martyrs participent ainsi pleinement à la construction d’une culture vietnamienne contemporaine, fondée sur la reconnaissance, la responsabilité et l’humanité, qui place l’homme au centre de ses préoccupations, y compris après son sacrifice.

Des anciens champs de bataille aux cimetières des martyrs d’aujourd’hui, des laboratoires d’analyse ADN aux familles toujours dans l’attente, la “Campagne des 500 jours et nuits” prolonge une tradition sacrée : l’élan de gratitude nationale.

Chaque journée écoulée est une course contre la montre, une lutte contre l’effacement progressif des souvenirs et contre les blessures encore ouvertes.

Mais elle nourrit aussi la confiance de la population, met en lumière la morale vietnamienne, affirme le caractère profondément humaniste des politiques menées et illustre les nobles qualités de l’Armée populaire du Vietnam.

En l’honneur du 27 juillet, le plus bel hommage rendu aux martyrs ne réside pas uniquement dans les cérémonies commémoratives, mais aussi dans des actions concrètes et persévérantes.

Tant qu’un martyr n’aura pas été retrouvé, tant qu’une tombe demeurera sans nom, tant qu’une famille restera sans réponse, les efforts devront se poursuivre.

CVN/NDEL

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