Depuis des générations, la rivière Pô Cô traverse inlassablement la région frontalière entre le Vietnam et le Cambodge. Pendant la résistance contre les États-Unis, le héros A Sanh franchissait la rivière à bord de sa pirogue pour transporter soldats, armes et vivres au service de la lutte pour la libération nationale.
Cette rivière témoigne non seulement du courage du légendaire passeur, mais aussi de la solidarité indéfectible entre les populations des deux pays. Les Cambodgiens vivant sur ses rives avertissaient discrètement les soldats vietnamiens lorsque la voie était libre, partageaient leurs vivres avec eux et les guidaient pour leur permettre d’échapper aux recherches de l’ennemi.
Ces gestes simples, mais courageux, ont contribué à forger une solidarité puissante et à inscrire dans l’histoire l’amitié ainsi que la fraternité d’armes entre les peuples vietnamien et cambodgien pendant les années de guerre.
Aujourd’hui encore, ces souvenirs se transmettent comme un symbole de la solidarité vietnamo-cambodgienne, tandis que les habitants continuent d’« écrire l’histoire de la paix ».
Bâtir les villages de la région frontalière
Près d’un demi-siècle après avoir quitté sa terre natale, Ro Mah Bloih, doyen du village, aime sa seconde patrie autant que le pays de ses origines.
Il explique que les familles d’origine cambodgienne bénéficient aujourd’hui de conditions de vie plus stables. Elles ne se consacrent pas uniquement au développement de leurs activités économiques et au bien-être de leur foyer : elles ont aussi à cœur de vivre de manière responsable et de témoigner leur reconnaissance au Parti, à l’État et au peuple vietnamiens, qui les ont accueillies et soutenues.
Animé par cette conviction, Bloih participe en première ligne aux mouvements locaux et sert de relais entre les autorités et la population.
Depuis de nombreuses années, il travaille avec les gardes-frontières, le Front de la Patrie et les organisations de masse pour mieux faire connaître la législation, encourager les habitants à faire évoluer leurs mentalités et leurs méthodes de travail, améliorer la vie collective et préserver la sécurité de la frontière.
En 2023, les habitants l’ont élu doyen et personnalité respectée du village de Triel, dans la commune de Ia Pnon.
« Autrefois, les mariages précoces étaient encore nombreux. Avec les autorités, nous avons sensibilisé les habitants et établi des règles villageoises. Toute famille laissant l’un de ses enfants se marier trop jeune devait répondre de sa conduite devant la communauté et son clan. Peu à peu, les mentalités ont évolué : les habitants ont appris à mieux organiser leur travail, à scolariser leurs enfants et à protéger ensemble la terre qui les avait accueillis », raconte-t-il.
Bloih ne se contente pas de convaincre par la parole : il montre aussi l’exemple. Il a été le premier du village à remplacer près de deux hectares d’anacardiers vieillissants par une petite plantation d’hévéas.
La réussite de cette initiative a incité de nombreuses familles à suivre son exemple. Le village de Triel compte aujourd’hui près de 300 hectares d’hévéas, devenus une importante source de revenus pour de nombreux foyers.
Tout aussi reconnaissant envers sa seconde patrie, Ksor Bong, doyen et personnalité respectée du village de Bi, dans la commune de Ia O, s’investit activement au service de la communauté.
Il encourage les habitants à unir leurs efforts pour développer l’économie, préserver leur identité culturelle et adopter un mode de vie moderne. Avec les gardes-frontières, il contribue aussi à faire connaître la législation et à sensibiliser la population à la protection de la souveraineté et de la sécurité frontalières.
« Le village ne peut vivre en paix que si la frontière est sûre. Les habitants doivent protéger leur terre, respecter la loi, ne pas se laisser influencer par des individus mal intentionnés et travailler avec assiduité pour améliorer leur vie », souligne Bong.
À son initiative, le village de Bi a créé un groupe d’autogestion chargé de la frontière et des bornes frontalières. Celui-ci mène des patrouilles avec la police et les gardes-frontières afin de maintenir la sécurité et l’ordre public.
Depuis plusieurs années, aucun franchissement illégal de la frontière ni aucune infraction notable n’ont été enregistrés dans le secteur, contribuant ainsi à préserver la tranquillité de la région.
À l’instar de Bloih et de Bong, Ksor Bíu, chef du village de Triel, rappelle régulièrement aux habitants la solidarité manifestée par le peuple vietnamien. Il leur fait connaître les orientations du Parti ainsi que les politiques et les lois de l’État, tout en les encourageant à rester unis, à développer leurs activités économiques et à rendre leur lieu de vie toujours plus prospère.
Selon Biu, l’attention et le soutien du Parti, de l’État et des autorités locales ont progressivement transformé les conditions de vie des habitants d’origine cambodgienne.
Parti de quelques dizaines de foyers confrontés à de nombreuses difficultés, le village de Triel compte aujourd’hui 95 familles et 427 habitants. Il répond désormais aux critères du programme de nouvelle ruralité appliqué aux villages peuplés de minorités ethniques.
De nombreuses familles possèdent plusieurs dizaines de sao de caféiers, d’anacardiers ou d’hévéas, tout en pratiquant l’élevage. Leurs revenus annuels atteignent entre 250 et 300 millions de dôngs. Les maisons spacieuses qui se dressent désormais dans cette région frontalière témoignent clairement des transformations accomplies et de la confiance de la population.
Prolonger l’amitié entre le Vietnam et le Cambodge
Fidèles à la tradition d’amitié entre les deux peuples, les forces chargées de la protection de la frontière et les habitants des deux côtés organisent régulièrement des échanges culturels, des visites, des consultations médicales, des distributions de cadeaux et des jumelages entre localités.
Ces initiatives resserrent sans cesse les liens de solidarité entre les populations vietnamienne et cambodgienne.
Le colonel Ro Mah Tuan, commissaire politique adjoint du Commandement des gardes-frontières de la province de Gia Lai, indique que son unité continuera de travailler avec les comités du Parti et les autorités locales afin d’encourager l’ensemble de la population à développer la vie culturelle ainsi que l’économie et la société dans les zones frontalières.
Une attention particulière sera accordée à l’information des minorités ethniques, aux jumelages, aux échanges entre habitants, aux patrouilles bilatérales et à la lutte contre la criminalité transfrontalière.
Ces activités contribuent à renforcer la confiance et l’amitié, tout en édifiant une frontière vietnamo-cambodgienne pacifique, stable, coopérative et tournée vers un développement durable.
La Pô Cô n’est désormais plus seulement un témoin de l’histoire. Elle est aussi devenue un lieu de rencontre culturelle pour les deux peuples grâce à la Fête annuelle des courses de pirogues, organisée dans le village de Dang, commune de Ia O, dans la province de Gia Lai, face au district de Dun Mia, dans la province cambodgienne de Ratanakiri.
Puih Toi, un habitant cambodgien, confie avec émotion : « J’aime cette rivière et j’aime le peuple vietnamien. Je souhaite que la solidarité fraternelle entre le Cambodge et le Vietnam demeure aussi pure et durable que les eaux de la Pô Cô. »
Sur leur seconde patrie, les habitants d’origine cambodgienne ont aujourd’hui la nationalité vietnamienne. Leurs enfants vont à l’école, les adultes disposent de terres pour travailler et les familles vivent dans des maisons décentes, bénéficiant de conditions matérielles toujours meilleures.
Leurs racines se trouvent au Cambodge, mais leur cœur est profondément attaché au Vietnam, le pays qui leur a ouvert les bras, les a protégés et leur a offert une nouvelle vie.
Dans de nombreux foyers d’origine cambodgienne, le portrait du Président Hô Chi Minh occupe une place d’honneur. Sur les routes frontalières, les drapeaux du Parti et du Vietnam flottent comme l’affirmation de leur confiance, de leur gratitude et de leur attachement à cette terre devenue leur seconde patrie.
Ému, Ro Mah Bloih déclare : « Nous sommes d’origine cambodgienne. Pouvoir vivre au Vietnam et en avoir la nationalité est pour nous un honneur et une grande fierté. Nous faisons confiance à la direction du Parti et travaillons avec tous les habitants pour bâtir une vie toujours plus prospère, solidaire et développée. »
La Pô Cô poursuit son cours à travers la région frontalière. Avec elle, l’amitié entre le Vietnam et le Cambodge continue de vivre, portée par la fraternité, la reconnaissance et des liens que le temps ne saurait effacer.