À l'heure où la concurrence internationale s'intensifie, la diplomatie des talents s'impose comme l'un des leviers déterminants de la compétitivité nationale.
Plus qu'une politique d'attraction des compétences, elle constitue une stratégie visant à identifier, fédérer et mobiliser efficacement les ressources intellectuelles mondiales au service du développement national.
« Le Vietnam a pris la bonne direction en élaborant des stratégies pour attirer les talents et développer une diplomatie des talents. À titre d'exemple, l'élaboration de la Stratégie nationale pour l'attraction et la promotion des talents, ainsi que l'esprit de la Résolution no 57-NQ/TW relative à l'accélération du développement des sciences et technologies, de l'innovation et de la transformation numérique nationale, ont permis de créer un nouveau cadre juridique et une nouvelle vision en la matière », souligne Steve Bui.
Parallèlement, l’intégration croissante du Vietnam dans les chaînes d’approvisionnement mondiales crée de nombreuses perspectives d’emploi particulièrement attractives.
L'engagement résolu du gouvernement, à travers des mécanismes et politiques tels que le Décret no 179 instituant un programme de bourses destiné aux étudiants des filières STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), ainsi que la stratégie nationale de développement des technologies stratégiques, renforce considérablement l'attractivité du pays.
Selon Steve Bui, le Vietnam dispose de plusieurs atouts majeurs pour attirer des ressources humaines hautement qualifiées. Le premier réside dans une population jeune, avide d’apprendre et dotée d’une forte capacité d’adaptation aux évolutions technologiques.
Le second est représenté par la diaspora vietnamienne, forte de plus de six millions de personnes à travers le monde, dont près de 400 000 diplômés de l’enseignement supérieur, représentant ainsi un formidable réservoir de compétences.
La communauté vietnamienne à l’étranger joue un rôle essentiel de passerelle entre le Vietnam et les grands pôles mondiaux de l’innovation.
Elle apporte non seulement des technologies de pointe, des méthodes modernes de gestion et des réseaux internationaux de coopération, mais contribue également à l’intégration du pays dans les écosystèmes scientifiques et technologiques mondiaux.
Des pays tels que la Chine ou la République de Corée ont d’ailleurs su mobiliser avec succès leurs élites expatriées afin d'accélérer le développement scientifique et technologique national.
Il est désormais nécessaire de substituer à la notion de « fuite des cerveaux » celle de « circulation des cerveaux », en créant les conditions permettant aux talents de la diaspora de contribuer au développement du pays, qu’ils interviennent à distance ou qu’ils choisissent de revenir participer à des projets stratégiques.
Dans cette perspective, il est indispensable de mettre en place un réseau mondial durable et performant de connexion des compétences, reposant sur des infrastructures numériques, à l'image du projet du Réseau vietnamien d'experts en données (VDEN).
Ce réseau aurait vocation à relier les institutions publiques, les entreprises, les instituts de recherche, les universités ainsi que les Vietnamiens de l'étranger afin de constituer une véritable communauté mondiale du savoir.
L'enjeu est désormais de dépasser une logique d'« appel aux talents », souvent ponctuelle, pour instaurer une coopération approfondie et durable, fondée sur des programmes de recherche conjoints, le partage d'infrastructures scientifiques et le développement collaboratif de technologies.
Steve Bui insiste également sur la nécessité d'élaborer une stratégie nationale de diplomatie des talents articulée autour de cinq piliers fondamentaux.
Le premier consiste à définir clairement les catégories prioritaires de talents, en concentrant les efforts sur des secteurs stratégiques tels que l'intelligence artificielle (IA), les semi-conducteurs ou encore le Big Data, afin d'éviter une dispersion des ressources.
Le deuxième pilier vise à bâtir un écosystème d'innovation ouvert, caractérisé par un environnement réglementaire favorable, une gouvernance fondée sur la confiance, ainsi que des mécanismes efficaces de protection, de reconnaissance et de valorisation des talents.
Le troisième préconise la mise en place d'un dispositif favorisant la mobilité et les échanges de compétences entre les secteurs public et privé.
Le quatrième repose sur la création d'une base nationale de données consacrée aux talents, associée au Réseau vietnamien d'experts en données.
Enfin, le cinquième appelle à l'adoption de politiques ambitieuses de détection et de formation précoce des talents, notamment grâce aux dispositifs de bourses prévus par le Décret no 179, afin de constituer un vivier solide de compétences nationales.
Steve Bui souligne tout particulièrement la responsabilité partagée de l’État, des entreprises, des établissements d’enseignement supérieur et des organisations internationales dans la construction d’un écosystème performant de développement des talents.
L'État doit agir comme un architecte institutionnel, en mettant en place un cadre juridique adapté, des mécanismes d'incitation efficaces ainsi que des investissements publics destinés aux infrastructures de recherche.
Les entreprises constituent, quant à elles, les principaux lieux d’expérimentation, d’application et de valorisation économique des résultats de la recherche. Elles jouent également un rôle essentiel dans le financement de l’innovation et dans l’expression des besoins concrets de l’économie.
Les universités et les instituts de recherche demeurent les pépinières où se forment et s’épanouissent les talents, en assurant une articulation étroite entre enseignement, recherche scientifique et besoins du monde socio-économique.
Les organisations internationales, pour leur part, facilitent les coopérations bilatérales et multilatérales, favorisent le partage des connaissances et offrent un accès privilégié aux technologies les plus avancées.
Enfin, c’est la coopération étroite entre les chercheurs, les experts et l’ensemble de ces acteurs qui permettra de faire émerger un écosystème national des talents solide, durable et compétitif à l’échelle internationale.