La langue vietnamienne, un pont entre les générations de Vietnamiens en Suède

Derrière la création du Club des enseignants de vietnamien en Suède se trouve le parcours persévérant de personnes engagées qui œuvrent à préserver la langue maternelle et à renforcer les liens entre les générations de Vietnamiens d’outre-mer et leur pays d’origine.

À la mi-juin, dans la ville de Linköping, a eu lieu la cérémonie de lancement du Club des enseignants de vietnamien en Suède.

Pour la première fois, les enseignants, bénévoles et personnes engagées depuis de nombreuses années dans l’enseignement du vietnamien dans ce pays nordique disposent d’une organisation commune leur permettant de se connecter, de partager leurs expériences et de diffuser ensemble l’amour de la langue maternelle.

Depuis de nombreuses années, l’enseignement du vietnamien en Suède repose essentiellement sur l’engagement des enseignants et des parents.

Chacun développe ses propres méthodes et ressources pédagogiques, animé avant tout par la volonté de préserver la langue maternelle.

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La classe de vietnamien de Mme Sally Luu Nguyen au collège Elsa Brandstrom. (Photo : document personnel)

Ainsi, la création du Club ne permet pas seulement de rassembler les forces existantes ; elle ouvre également la voie à un réseau permettant à ceux qui « entretiennent la flamme » de travailler ensemble et de se soutenir mutuellement.

Une classe modèle dans la région d’Östergötland

Lorsqu’on évoque le mouvement d’enseignement du vietnamien en Suède, beaucoup connaissent Sally Luu Nguyen (Nguyen Thi Luu), vice-présidente de l’Union des associations vietnamiennes en Suède, qui consacre depuis huit ans ses efforts à transmettre la langue vietnamienne aux jeunes d’origine vietnamienne dans la région d’Östergötland.

Peu de personnes savent qu’avant de devenir enseignante de vietnamien, elle dirigeait un restaurant vietnamien.

C’est durant ces années qu’elle a pris conscience d’une situation qui la préoccupait particulièrement : de nombreux enfants parlaient parfaitement le suédois, mais devenaient progressivement étrangers à la langue de leurs parents et grands-parents.

En 2016, elle a décidé d’ouvrir une classe de vietnamien. Celle-ci n’était pas grande, avec seulement quelques dizaines d’élèves allant de l’école primaire au lycée. Mais chaque heure de cours demandait énormément de patience.

Déjà difficile pour les étrangers, le vietnamien l’est encore davantage pour les enfants nés et élevés en Suède.

Les six tons, les signes diacritiques et certaines consonnes représentent de véritables défis, si bien que beaucoup peinent encore à prononcer correctement la langue ou à communiquer avec aisance.

Pour Sally Luu Nguyen, chaque progrès, aussi modeste soit-il, est une véritable récompense. Chaque mot correctement prononcé ou chaque échange en vietnamien renforce sa motivation à poursuivre cette mission.

Son initiative a également bénéficié de la politique éducative suédoise, qui permet aux enfants de suivre chaque semaine des cours de langue maternelle afin de préserver leurs compétences linguistiques et leur identité culturelle.

Avec le soutien de l’Union des associations vietnamiennes en Suède, les cours de vietnamien sont organisés au collège Elsa Brandstrom, un établissement qui encourage et facilite le maintien de la langue maternelle des élèves.

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Mme Sally Luu Nguyen. (Photo : document personnel)

Au-delà de l’apprentissage linguistique, Sally intègre également dans ses cours des récits sur le Nouvel An lunaire vietnamien, la fête de la Mi-Automne, les ca dao (chants populaires), les proverbes, l’histoire du Vietnam, ainsi que le théâtre traditionnel chèo, le cải lương et les instruments de musique traditionnels.

Ces enseignements montrent aux élèves que le vietnamien est bien plus qu’une langue : il porte la mémoire, les traditions et l’identité d’un peuple.

Dispensés au collège Elsa Brandstrom dans le cadre d’un programme officiel, les cours bénéficient du soutien de l’établissement, qui considère l’apprentissage de la langue maternelle comme un atout pour l’intégration des élèves dans le système éducatif suédois.

Pour Sally Luu Nguyen, la plus grande récompense ne réside pas dans les certificats obtenus par ses élèves, mais dans ces moments où, lorsqu’ils la rencontrent, ils lui adressent spontanément un « Xin chào » (« Bonjour »).

Les enfants sont fiers de se présenter comme Vietnamiens et comprennent que, quel que soit le lieu où ils grandissent, le vietnamien demeure la langue de leur famille et de leurs origines.

L’esprit de ceux qui font vivre la langue vietnamienne

Depuis 1977, la Suède applique une politique en faveur de l’enseignement des langues maternelles (The Home Language Reform), permettant aux élèves d’apprendre gratuitement la langue de leur communauté d’origine lorsque les conditions sont réunies.

Cette initiative a largement contribué à aider les communautés immigrées, dont celle des Vietnamiens, à préserver leur langue et leur identité culturelle au fil des générations.

Toutefois, l’enseignement du vietnamien en Suède reste confronté à plusieurs défis, notamment le manque de ressources pédagogiques adaptées, de formations pour les enseignants et la dispersion des élèves.

C’est dans ce contexte qu’est né le Club des enseignants de vietnamien en Suède, qui réunit des passionnés convaincus que préserver la langue vietnamienne, c’est préserver les racines de la communauté.

Selon Sally Luu Nguyen, membre du comité directeur du Club, l’organisation vise à connecter les enseignants, renforcer la coopération avec les parents et les associations afin de créer un environnement d’apprentissage adapté aux Vietnamiens de Suède.

Le Club ambitionne de créer un réseau national favorisant les échanges d’expériences, le partage de ressources pédagogiques et la formation des enseignants afin d’améliorer l’enseignement du vietnamien.

Il souhaite également renforcer sa coopération avec les associations, les familles, les établissements scolaires et l’Ambassade du Vietnam en Suède afin de promouvoir l’usage du vietnamien au quotidien.

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La communauté vietnamienne participe à la cérémonie de lancement du Club des enseignants de vietnamien en Suède. (Source : Ambassade du Vietnam en Suède)

Au-delà de son rôle de réseau d’enseignants, le Club contribue à préserver et à transmettre la langue, la culture et l’identité vietnamiennes aux générations de Vietnamiens établis en Suède.

Lors de son lancement, l’ambassadeur du Vietnam en Suède, Tran Van Tuan, a souligné que la langue vietnamienne demeure un lien essentiel entre les générations, leur famille et leur pays d’origine.

Il a salué l’engagement des enseignants, des parents, des bénévoles et des associations qui font vivre l’enseignement du vietnamien en Suède depuis de nombreuses années.

Dans un pays qui compte près de 20 000 Vietnamiens, ces classes ne réunissent parfois que quelques dizaines d’élèves.
Pourtant, chaque cours contribue à préserver la mémoire culturelle, à transmettre l’identité vietnamienne et à renforcer l’attachement des jeunes générations à leur pays d’origine.

Lorsque ceux qui « entretiennent la flamme » sont réunis sous un même toit, le mot « Xin chào », les chants populaires, les leçons d’histoire et de culture vietnamiennes continueront d’être transmis d’une génération à l’autre.

Car pour chaque Vietnamien vivant loin de son pays natal, la langue maternelle demeure un pont solide qui le relie à sa patrie et à ses racines.

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