Quand le vietnamien se transmet à partir des choses simples
L’un des traits marquants du parcours de préservation du vietnamien au sein de la diaspora réside dans des méthodes souples, adaptées aux conditions de chaque famille et de chaque communauté. Sans dogmatisme ni modèle rigide, de nombreuses initiatives naissent de besoins concrets et d’un attachement profond à la langue maternelle.
Dans un environnement bilingue en Chine, la professeure et docteure Tra My, de l’Université normale du Shandong, présidente de l’Association des entreprises vietnamiennes en Chine, s’en tient à un principe simple mais constant : depuis la naissance de sa fille Simona Zi Mo (appelée CiCi), elle utilise exclusivement le vietnamien dans toutes les communications quotidiennes.
Ainsi, pour CiCi, le vietnamien n’est pas une « langue étrangère au sein du foyer », mais la langue naturelle pour dialoguer avec sa mère. Lorsque l’enfant emploie par inadvertance le chinois, sa mère l’invite doucement à reformuler en vietnamien. Sans pression ni contrainte, cette persévérance permet à la langue de s’ancrer progressivement et de devenir une composante essentielle de son quotidien.
Chaque soir, après avoir terminé ses devoirs scolaires, CiCi lit deux pages supplémentaires en vietnamien. Le week-end, elle passe des appels vidéo au Vietnam pour raconter des histoires à ses grands-parents et à ses proches ; elle participe au groupe familial sur Zalo, suit l’actualité et partage la vie de la grande famille. Le vietnamien n’est ainsi pas seulement une langue, mais un lien qui unit la famille et les racines.
L’histoire de la famille de la docteure Tra My met en évidence un point commun : pour que les enfants conservent le vietnamien, les parents doivent faire preuve de constance dans son usage au sein du foyer, créer un environnement de communication régulier et associer l’apprentissage linguistique à la vie culturelle, affective et aux relations familiales.
Élargir l’espace du vietnamien loin de la patrie
Au-delà des efforts des familles, de nombreuses communautés vietnamiennes à l’étranger ont pris l’initiative d’élaborer des programmes, d’ouvrir des classes et de développer des modèles d’enseignement du vietnamien adaptés à chaque territoire. Certaines mettent en œuvre des manuels bilingues ; d’autres intègrent le vietnamien dans des activités culturelles et artistiques telles que les contes populaires, la lecture de poésie, le chant folklorique ou le théâtre ; elles organisent la Fête de la mi-automne, le Têt traditionnel, la Journée du vietnamien… créant ainsi un environnement d’apprentissage vivant et accessible.
En particulier, l’application des technologies numériques a ouvert de nouveaux espaces pour la langue vietnamienne. Les cours en ligne, chaînes YouTube, podcasts, bibliothèques numériques et applications d’apprentissage du vietnamien destinées aux enfants de la diaspora se multiplient. Derrière ces plateformes se trouvent le dévouement, la persévérance et la créativité constante d’enseignants, de parents et de bénévoles – de véritables « créations du cœur ».
En 2025, des centaines de classes de vietnamien continuent d’être maintenues à travers le monde. Notamment, le lancement du Réseau mondial pour l’enseignement du vietnamien et de la culture vietnamienne marque une étape importante dans la mise en relation, le partage d’expériences et l’amélioration de l’efficacité des activités de préservation du vietnamien.
Parallèlement, le Réseau a présenté la collection « Apprendre le vietnamien avec plaisir », élaborée par le professeur et docteur Nguyen Minh Thuyet et son équipe d’auteurs, un support pédagogique convivial permettant aux enfants de la diaspora d’aborder le vietnamien de manière naturelle et stimulante.
M. Nguyen Duy Anh, secrétaire général du Réseau, a indiqué que celui-ci repose sur trois objectifs fondamentaux : préserver et développer le vietnamien comme symbole de l’identité nationale ; connecter la communauté vietnamienne mondiale, éveiller la fierté et l’esprit de solidarité ; promouvoir l’image d’un Vietnam moderne, accueillant et riche de traditions sur la scène internationale.
Préserver le vietnamien par amour et responsabilité communautaire
Les efforts des Vietnamiens d’outre-mer pour préserver et développer le vietnamien bénéficient de l’attention et de l’accompagnement du Parti, de l’État et des autorités compétentes. De nombreuses orientations, initiatives et programmes de soutien ont été mis en œuvre, apportant des ressources supplémentaires et renforçant les liens entre la communauté vietnamienne à l’étranger et le pays d’origine.
De l’Australie au Japon, en passant par la Corée du Sud, la Russie, l’Europe ou l’Amérique du Nord…, les classes du week-end, les cours en ligne et les clubs de vietnamien continuent d’être maintenus grâce au volontariat et au dévouement d’enseignants issus de la diaspora, d’intellectuels, d’étudiants et de parents. Au-delà de l’enseignement de la langue, ces classes intègrent également l’histoire, la culture et les coutumes, aidant la jeune génération à comprendre que le vietnamien constitue un pont vers les racines et la patrie.
Selon M. Dang Thanh Phuong, vice-chef du Département des relations extérieures populaires auprès du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam, la préservation de la langue n’est pas seulement la responsabilité de l’État, mais requiert l’engagement actif de la communauté elle-même. Encourager les parents à utiliser le vietnamien au sein du foyer et à l’enseigner dès le plus jeune âge permet d’établir des bases solides et d’obtenir des résultats durables.
Il a également souligné le rôle de la jeune génération vietnamienne à l’étranger. Dans un contexte d’intégration approfondie, les jeunes sont exposés à de nombreuses cultures et langues ; toutefois, s’ils disposent d’une bonne maîtrise du vietnamien et d’une solide conscience culturelle, ils peuvent devenir des passerelles efficaces entre le Vietnam et le monde dans les domaines de l’économie, de l’éducation, du tourisme et de la diplomatie.
« Une communauté dotée d’une identité, d’une langue et de traditions sera respectée et reconnue dans une société multiculturelle. Diffuser l’esprit d’apprentissage et de préservation du vietnamien n’est pas seulement une responsabilité, mais aussi une fierté et un cadeau destiné aux générations futures », a-t-il affirmé.
Préserver le vietnamien loin de la patrie n’est pas un parcours facile, mais c’est un engagement porteur de sens. À partir de petites classes et d’initiatives simples mais durables, la diaspora vietnamienne contribue à faire résonner le vietnamien et à relier les générations à travers le monde, par l’amour et des créations issues du cœur.