La confiance accordée à Uong Bi
Au printemps 2018, Anders Öhrström, ancien conseiller chargé de l’approvisionnement en matériel médical à l’hôpital Viet Nam-Suède d’Uong Bi, à Quang Ninh, au Nord-Est du Vietnam, est retourné rendre visite au docteur Nguyen Ngoc Ham, ancien directeur de l’établissement.
Les deux hommes ont partagé un thé et évoqué leurs souvenirs. « Six mois plus tard, il nous a quittés. Je garderai toujours en mémoire ses encouragements et sa clairvoyance », raconte Anders.
En 1982, alors âgé de 25 ans, Anders avait été recruté pour conseiller l’hôpital en matière d’approvisionnement et former les cadres vietnamiens. Plus jeune membre de l’équipe suédoise, il avait dû faire face à des doutes sur son expérience.
Lors d’une réunion, le docteur Nguyen Ngoc Ham avait pris sa défense : « Ne doutez pas d’Anders. Un jeune aigle vole plus haut qu’une vieille oie ». Cette phrase, qui avait mis fin aux réserves à son égard, reste gravée dans sa mémoire.
Les débuts à Uong Bi étaient difficiles. Malgré des équipements modernes, l’hôpital dépendait largement des fournitures et pièces détachées importées. Les difficultés de transport à travers le port de Hai Phong compliquaient également l’approvisionnement.
Pour communiquer avec ses collègues vietnamiens, Anders avait appris le vietnamien et combinait les mots connus avec l’anglais et le français.
À la même époque, Elisabeth Dahlin participait à la coopération sanitaire. Après avoir travaillé à l’Institut de protection de la santé de l’enfant, aujourd’hui l’Hôpital pédiatrique central, elle s’était rendue à Uong Bi en 1981-1982, avant de poursuivre sa mission au Vietnam jusqu’en 1984. Elle y était revenue de 1997 à 2001 comme ambassadrice adjointe de Suède.
Elle se souvient des difficultés de construction des deux hôpitaux. Les routes endommagées par la guerre et les ponts non reconstruits compliquaient le transport des équipements.
Certaines conceptions architecturales nordiques étaient aussi inadaptées aux conditions locales. Les coupures d’électricité rendaient les ascenseurs peu fiables en cas d’urgence et les escaliers trop étroits pour les brancards. Les blocs opératoires avaient également dû être modifiés en raison de la chaleur provoquée par les grandes baies vitrées.
À Uong Bi, les quelque 75 experts suédois et leurs familles installés près de l’hôpital rencontraient aussi des difficultés d’approvisionnement alimentaire. Elisabeth garde notamment le souvenir de l’inauguration de l’établissement : après plusieurs jours de fortes pluies, les autorités locales avaient mobilisé des bulldozers des mines de charbon pour aménager une route devant l’hôpital, juste à temps pour la cérémonie.
Des réalisations et des amitiés durables
L’année 2026 marque le 50e anniversaire de la coopération sanitaire entre les deux pays, lancée avec la construction de l’hôpital Viet Nam-Suède d’Uong Bi en 1976. Avec le nouvel établissement de l’Institut de protection de la santé de l’enfant à Hanoï, cet hôpital figure parmi les réalisations majeures soutenues par la Suède. Les deux établissements ont été inaugurés en 1981.
Au-delà des infrastructures, la coopération a porté sur la formation et le renforcement du système de santé vietnamien. Des centaines de professionnels de santé, pharmaciens et techniciens vietnamiens ont été formés en Suède. Des programmes sur les médicaments essentiels, les techniques médicales et les soins de santé primaires ont également été déployés.
Elisabeth avait notamment participé à un programme pilote de soins de santé primaires dans l’ancien district de Yen Hung, à Quang Ninh. Ses déplacements dans les structures sanitaires locales lui avaient permis de constater les difficultés d’accès aux soins : certains patients devaient rejoindre l’hôpital en charrette à bœufs ou en tracteur. Le programme visait donc à mieux relier les postes de santé communaux et les hôpitaux de district aux nouveaux établissements.
Elle reste particulièrement impressionnée par le dévouement des personnels de santé communaux. « Malgré des ressources extrêmement limitées, ils accomplissaient un travail remarquable et sauvaient de nombreuses vies. J’ai été profondément impressionnée par leurs compétences et leur dévouement », souligne-t-elle.
Elle se souvient également de l’arrivée des premiers patients dans le nouvel établissement pédiatrique de Hanoï. « Nous étions tous fiers de voir enfin nos efforts communs se concrétiser », raconte-t-elle.
Après la fin de leurs missions, de nombreux experts suédois ont conservé des liens avec leurs anciens collègues vietnamiens. Le docteur Nguyen Ngoc Ham avait notamment accompagné des amis vietnamiens en Suède pour retrouver d’anciens collègues. Certaines collaborations professionnelles se sont également poursuivies après la fin de l’aide bilatérale de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), notamment dans les domaines des soins palliatifs, du diabète, de l’hypertension et de la gestion hospitalière.
En 2025, Anders est retourné à l’Hôpital pédiatrique central, pour la première fois depuis 1992. Il a été impressionné par les transformations de l’établissement, notamment ses nouveaux bâtiments, la diversification des spécialités et l’augmentation des effectifs. « Le développement demande du temps, de la patience et de l’humilité », résume-t-il.
Après son départ du Vietnam, il a travaillé pendant 15 ans dans sept autres pays, dont plusieurs connaissaient ou sortaient d’un conflit. Il garde une grande estime pour les progrès du Vietnam et pour ses anciens collègues vietnamiens.
Lors d’un autre retour à Uong Bi, Elisabeth a eu la surprise de rencontrer de jeunes médecins et sages-femmes suédois venus travailler à l’hôpital pendant leurs vacances. Certains étaient les enfants d’experts ayant vécu et travaillé dans cet établissement plusieurs décennies auparavant.
50 ans de coopération sanitaire Vietnam-Suède
Pour célébrer ce cinquantenaire, les deux pays organiseront la Semaine de la santé Suède-Vietnam 2026, du 16 au 18 novembre, à Hanoï, Bac Ninh et Hô Chi Minh-Ville. Les échanges porteront notamment sur la santé numérique, la médecine de précision, les soins durables, la modernisation hospitalière, la recherche et la formation des ressources humaines.
Depuis les années 1970, la coopération s’est concrétisée par la construction d’établissements hospitaliers, la formation du personnel médical et le développement des programmes sur les médicaments essentiels et les soins de santé primaires. Aujourd’hui, elle s’étend à la recherche médicale, aux technologies et à l’innovation.
Selon l’ambassadeur de Suède au Vietnam, Johan Ndisi, « le plus grand héritage de ces 50 années de coopération ne réside pas seulement dans les établissements construits, mais aussi dans les connaissances, les compétences et les relations qui continuent de se développer. Notre mission est de valoriser ces acquis et de trouver des solutions concrètes pour améliorer l’accès à des services de santé de qualité et, ainsi, la vie de la population ».