La « capitale » de la mélasse tourne à plein régime, nuit et jour
En cette fin d’année, les villages de Chau Nam, Tan Lam, Hung Thinh et Mon Son, dans la commune de Nghia Hanh, s'animent plus que jamais.
Dans ce qui est considéré comme la « capitale » de la mélasse de canne à sucre de Nghe An, les derniers jours de l’année offrent le spectacle de producteurs affairés, occupés à préparer les commandes pour le marché du Têt.
À cette période, les ateliers tournent à plein régime, exploitant chaque heure disponible afin de sortir des fournées de mélasse onctueuse et sucrée, destinées à des clients venus de près comme de loin.
Pour transformer le jus de canne en mélasse, les propriétaires d’ateliers doivent construire un four en chaîne composé de cinq grands poêles, chacune pouvant contenir de 170 à 180 litres, reliées à une cheminée d’environ cinq mètres de haut.
Chaque installation coûte en moyenne entre 30 et 40 millions de dôngs ; si l’on inclut le pressoir à canne et les équipements annexes, la valeur peut atteindre 60 à 70 millions de dôngs.
Un four fonctionnant en continu mobilise trois à quatre travailleurs parfaitement coordonnés.
Pendant la cuisson, une personne alimente constamment le four en combustible et écume les poêles géants, tandis que les autres pressent la canne et mettent la bagasse à sécher.
L’obtention d’une mélasse parfumée, épaisse et dorée comme le miel passe par de nombreuses étapes.
La canne est d’abord pressée pour en extraire le jus, lequel est ensuite porté à ébullition dans les poêles géants du four en chaîne.
Lorsque le jus bout, les artisans utilisent des tamis à mailles fines pour éliminer mousse et impuretés jusqu’à complète clarification.
Après trois à quatre heures de cuisson ininterrompue, on obtient une mélasse conforme aux standards.
Une mélasse de qualité doit présenter une couleur ambrée et une texture brillante et fluide.
Selon Nguyen Thi Phap, propriétaire de l’atelier Truong Phap à Nghia Hanh, sa famille a acheté plusieurs dizaines de tonnes de canne à sucre pour la saison du Têt.
En 2025, les pluies incessantes et les inondations ont réduit les surfaces cultivées en canne à sucre par rapport aux années précédentes, ce qui entraînera une hausse du prix de la mélasse.
« À l’approche du Têt, la demande est en forte augmentation. Presque tous les ateliers du village produisent davantage que l’an dernier : tout ce qui est fabriqué est aussitôt vendu. Les producteurs sont donc très enthousiastes », confie-t-elle.
Fort de plusieurs décennies d’expérience, Nguyen Van Duc, propriétaire de l’atelier Duc Hien dans le village de Chau Nam, indique que depuis le début de la saison, sa famille produit quotidiennement environ 800 litres de mélasse. Le travail commence dès 4 heures du matin et se prolonge jusqu’à 22 heures.
Chaque saison permet à sa famille de produire entre 8 000 et 10 000 litres de mélasse, écoulés à un prix stable sur le marché.
En moyenne, une tonne de cannes donne environ 140 kg de mélasse concentrée.
Après déduction des coûts, chaque foyer producteur de Nghia Hanh peut dégager un revenu net compris entre 70 et 100 millions de dôngs par saison.
Valorisation de la marque et quête d’une visibilité accrue
Au-delà des techniques traditionnelles transmises de génération en génération, les habitants de Nghia Hanh ont accompli des progrès notables pour affirmer la place de leur produit sur le marché moderne.
Au lieu de dépendre exclusivement des intermédiaires comme autrefois, les propriétaires d’ateliers ont activement exploité le potentiel du numérique et des réseaux sociaux pour mieux faire connaître la mélasse de canne à sucre et ses produits aux consommateurs.
La diffusion en direct des processus de production, mettant en avant la propreté et la transparence des étapes ainsi que le respect des normes de sécurité alimentaire, a permis de renforcer la confiance du public.
Les pots de mélasse dorée sont ainsi devenus des cadeaux de Têt prisés, expédiés dans tout le pays et même exportés vers le Laos.
Outre l’achat de la canne auprès des agriculteurs locaux, les ateliers de mélasse créent de nombreux emplois pour les travailleurs locaux, améliorant ainsi leurs conditions de vie.
Selon Nguyen Xuan Nam, président du Comité populaire de la commune de Nghia Hanh, cette localité est depuis longtemps reconnue comme le « berceau » de la production artisanale de mélasse de canne à sucre de la province.
La commune compte actuellement 30 foyers producteurs, pour une production annuelle estimée entre 250 000 et 300 000 litres.
Destinée non seulement au marché domestique, la mélasse de Nghia Hanh est également exportée vers le Laos.
Grâce au travail acharné, à l’amélioration des techniques et au soutien du numérique, le produit a progressivement affirmé sa position et a été reconnu comme produit OCOP trois étoiles.
Dans l’effervescence des derniers jours de l’année lunaire, les gouttes de mélasse ambrées, fruit de la sueur et de la persévérance des habitants de Nghia Hanh, n’apportent pas seulement une saveur riche aux plats du Têt, mais véhiculent aussi l’âme, la simplicité, l’aspiration à une vie meilleure des populations de cette terre du Centre, baigné de soleil et balayé par les vents.