Arrivé à Hanoï en 1984, il a été témoin d’un profond bouleversement économique et social, qui a progressivement fait du Vietnam une destination attractive pour les investisseurs étrangers.
Lorsqu’il découvre le Vietnam pour la première fois, en 1984, Hanoï est encore une ville calme, où les motos sont rares et les voitures presque inexistantes. Le pays porte encore lourdement les séquelles de la guerre. Les conditions de vie sont difficiles, l’accès à l’électricité et à l’eau potable reste limité et la situation est encore plus précaire dans les campagnes.
Mais derrière ces difficultés, Thomas Bo Pedersen dit avoir rapidement perçu le potentiel du pays : des ressources naturelles abondantes et, surtout, une population « intelligente, déterminée et dotée d’une énergie positive ».
Pour lui, le lancement du Renouveau a constitué un tournant majeur. Les réformes engagées par les dirigeants vietnamiens ont progressivement ouvert le pays sur le monde et permis de mieux exploiter ses ressources.
« Je n’ai personnellement jamais vu un pays connaître une transformation aussi rapide et aussi complète que le Vietnam », affirme-t-il.
Une transformation économique spectaculaire
Le secteur agricole illustre, selon lui, l’ampleur du changement. Avant le Renouveau, le Vietnam devait encore recevoir une aide alimentaire de l’étranger. Quelques années plus tard, il était devenu l’un des principaux exportateurs de riz au monde.
Cette évolution s’est ensuite étendue à d’autres produits, notamment le poivre et les produits aquatiques, puis au pétrole et à plusieurs secteurs importants de l’économie.
Thomas Bo Pedersen avec son amie vietnamienne.
Dans le même temps, les petites entreprises se sont développées à travers le pays. Dans les villes comme dans les zones rurales, de nouvelles activités commerciales sont apparues, allant des entreprises familiales aux structures de plus grande taille.
Les décisions politiques ont, selon Thomas Bo Pedersen, créé les conditions de cette évolution. Mais sa mise en œuvre est avant tout le fait de la population.
« Si les Vietnamiens se demandent à qui ils doivent l’amélioration considérable de leurs conditions de vie, je leur répondrais qu’ils peuvent avant tout se remercier eux-mêmes », estime-t-il.
Le gouvernement, les investisseurs étrangers et vietnamiens ainsi que les capitaux apportés par la diaspora ont également contribué à cette dynamique. Mais lorsqu’il s’agit d’expliquer les progrès qui ont régulièrement surpris le monde, l’entrepreneur danois revient à un même facteur : les ressources humaines.
« L’atout essentiel reste le facteur humain »
Le développement des relations avec les partenaires internationaux, notamment avec les États-Unis, a également contribué à renforcer la position du Vietnam.
Le pays est aujourd’hui considéré comme une destination attractive pour les investissements directs étrangers, dont les flux ont progressé régulièrement au fil des années. Mais son attractivité ne repose pas seulement sur sa position géographique ou son cadre juridique.
« L’élément essentiel, à mes yeux, ce sont les Vietnamiens », souligne Thomas Bo Pedersen.
Au cours de ses années d’activité au Vietnam, il a travaillé avec plusieurs milliers de salariés vietnamiens. Il attribue une grande partie de sa réussite professionnelle à ses équipes et à ses collaborateurs locaux.
« Mon succès en tant que dirigeant ne vient pas seulement de mes propres compétences. Il vient de mes équipes et de mes collaborateurs vietnamiens », affirme-t-il, ajoutant que de nombreux investisseurs étrangers pourraient, selon lui, faire le même constat.
Il insiste particulièrement sur le rôle des femmes dans la vie économique. Dans l’entreprise qu’il dirigeait auparavant, environ 90 % des salariés étaient des femmes, en partie en raison des caractéristiques du secteur textile.
Leur rôle ne se limitait toutefois pas à la production. Elles étaient également présentes dans l’administration, les ressources humaines, la logistique et les fonctions d’encadrement, à différents niveaux de responsabilité.
Thomas Bo Pedersen dit avoir été particulièrement frappé par leur capacité à concilier responsabilités professionnelles et obligations familiales.
« Je ne comprends pas vraiment comment elles parviennent à tout concilier, mais les résultats sont là », reconnaît-il.
Pour lui, leur persévérance, leur sens des responsabilités et leur efficacité constituent une composante importante de la force de travail vietnamienne.
Un environnement d’affaires plus ouvert au dialogue
Interrogé sur les politiques récentes visant à développer le secteur privé et à améliorer l’environnement de l’investissement, Thomas Bo Pedersen met en avant une qualité qu’il dit avoir régulièrement constatée : la capacité des autorités vietnamiennes à écouter les entreprises.
Au fil des années, il a participé à plusieurs échanges directs avec les responsables vietnamiens. En tant qu’entrepreneur, il a notamment été invité à rencontrer le Premier ministre Phạm Minh Chính pour présenter les besoins, les difficultés et les attentes des entreprises vis-à-vis de l’environnement d’investissement.
Plus récemment, lors de la préparation de la construction d’une usine de son entreprise à Gia Lai, les autorités locales ont pris l’initiative d’échanger avec l’entreprise dès les premières étapes du projet. Les discussions ont porté notamment sur les infrastructures, les ressources humaines et les procédures administratives.
Pour l’entrepreneur danois, cette expérience témoigne d’une évolution vers un dialogue plus ouvert et plus concret entre les pouvoirs publics et les entreprises.
La reconnaissance du secteur privé comme l’un des piliers de l’économie, conjuguée à cette volonté d’écoute et de dialogue, constitue à ses yeux un signal positif.
« Je pense que le Vietnam va dans la bonne direction pour améliorer son environnement d’investissement et favoriser un développement économique durable », conclut-il.