Dans la province montagneuse de Cao Bang, au nord du Vietnam, les chants Then et les sonorités du dan tinh résonnent encore au cœur des villages, porteurs d’une mémoire vivante et d’une identité culturelle profonde. Dans un monde en pleine modernisation, ces traditions continuent de vivre grâce à l’amour de l’art, au sens des responsabilités et à l’engagement volontaire des artistes locaux.
À Nguyen Binh, une commune de haute montagne de la province, les airs de Then accompagnés du dan tinh, luth traditionnel, résonnent lors des fêtes, des cérémonies communautaires ou encore des moments de transmission intergénérationnelle. Ces pratiques reflètent non seulement la richesse spirituelle des ethnies Tay et Nung, mais incarnent aussi un patrimoine précieux à préserver pour les générations futures.
Ces dernières années, des groupes d’artistes locaux ont vu le jour, réunissant jeunes et anciens autour de la passion commune pour le Then. À l’image du Groupe de préservation et de développement du patrimoine Then, fondé il y a trois ans par l’artiste Trieu Bich Phuong :
« Notre membre le plus âgé a 70 ans, le plus jeune en a 7. Nous voulons contribuer, même modestement, à préserver et développer l’art du Then au sein des communautés Tay et Nung. »
Ces initiatives visent à rendre le Then accessible à tous, en organisant des cours directement dans les quartiers, les hameaux et les villages. Ces efforts de proximité favorisent la participation populaire et contribuent à faire revivre une tradition qui, un temps, avait perdu de sa vigueur.
De nombreux élèves issus de ces formations poursuivent leur engagement dans des clubs artistiques, participant à des événements culturels et festivités locales. Le Then n’est plus cantonné aux rituels, il réintègre le quotidien, s’intègre à la vie communautaire, et devient un vecteur de lien social.
À Nguyen Binh, malgré les difficultés économiques, la tradition perdure. Pour l’artiste émérite Dinh Van Thuc, le Then est bien plus qu’un art :
« Le Then, c’est prier pour la paix, les récoltes, la prospérité. Ce sont des danses de l’offrande, des chants rituels porteurs d’espoir et de bien-être. »
Dinh Van Thuc a consacré sa vie à l’enseignement du Then et du dan tinh. Grâce à lui, plus de 600 jeunes ont été initiés à cet art. Pour lui et d’autres maîtres, transmettre, c’est honorer les ancêtres et faire vivre l’héritage culturel. Et cette transmission est un combat quotidien.
« Ces mélodies sont un legs de nos aînés. Aujourd’hui, les clubs de Then fleurissent dans les quartiers de Nguyen Binh. C’est la fierté de notre culture Tay », confie l’artiste émérite Chu Thi Tha
Si certains préservent les airs anciens, d’autres innovent, adaptant le Then au goût du jour. Mais tous s’accordent : pour assurer la pérennité de ce patrimoine immatériel, un soutien accru des autorités reste indispensable.
« Nous nous entraînons sans relâche. Ensemble, nous protégeons ces chants ancestraux », affirme Chu Thi Mai, une autre voix engagée de Cao Bang.
Grâce à leur persévérance, les artistes de Cao Bang ont redonné souffle au Then. Tant que les notes du dan tinh résonneront dans les montagnes et que les chants continueront d’être transmis, ce patrimoine vivra. Il est la preuve vivante d’une démarche de sauvegarde culturelle née au sein des communautés, ancrée dans le présent et tournée vers l’avenir.