Document de Hanoï : l’empreinte du Vietnam dans le dialogue international sur la préservation du patrimoine

Le Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité, tenu à Hanoï et à Ninh Binh, a ouvert un espace d’échanges entre responsables, experts, universitaires et représentants internationaux sur les enjeux de la préservation, de la gestion et de la valorisation du patrimoine.

L’élaboration du Document de Hanoï, à l’occasion du 50e anniversaire de l’adhésion du Vietnam à l’UNESCO, témoigne de la contribution vietnamienne au dialogue international sur le patrimoine et appelle à traduire les recommandations en actions concrètes.

À cette occasion, le vice-ministre des Affaires étrangères, Ngo Le Van, président de la Commission nationale vietnamienne pour l’UNESCO, a présenté sur les résultats du Dialogue, la portée du Document de Hanoï, les contributions du Vietnam aux mécanismes multilatéraux et les orientations visant à mettre en œuvre les recommandations pour préserver et valoriser le patrimoine.

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Le vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères, Ngo Le Van, président de la Commission nationale vietnamienne pour l’UNESCO. Photo : Ministère des Affaires étrangères.

Journaliste : Comment évaluez-vous les résultats du Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité, tenu à Hanoï et à Ninh Binh ? Quelle est, selon vous, la principale contribution du Vietnam en tant que pays hôte ?

Vice-ministre Ngo Le Van : Le Dialogue a été un succès. Il a abordé l’une des questions fondamentales et durables de la Convention du patrimoine mondial et obtenu quatre résultats majeurs.

Le premier est l’adoption du Document de Hanoï sur le patrimoine et l’authenticité, qui marque une évolution importante de la réflexion et des approches en matière de conservation du patrimoine, dans la région comme à l’échelle mondiale. Pour la première fois, une perspective Asie-Pacifique, clairement étayée, est intégrée au débat mondial, dans le prolongement du Document de Nara de 1994 et du Document de Nairobi de 2025. Le directeur du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, Lazare Eloundou Assomo, a estimé que l’adoption du Document de Hanoï constituait une étape importante pour l’engagement collectif de la communauté internationale dans la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial de 1972.

Le deuxième concerne le rôle moteur et la capacité d’impulsion du Vietnam. En tant que coprésident, le Vietnam a contribué à définir le contenu du dialogue et les orientations mondiales en matière de patrimoine. À l’ouverture, le ministre des Affaires étrangères Le Hoai Trung a présenté quatre grandes orientations : appréhender l’authenticité dans le respect de la diversité culturelle ; renforcer la responsabilité envers l’histoire et les générations futures, notamment face au numérique et à l’intelligence artificielle ; placer les communautés au centre et leur reconnaître un rôle d’acteur ; et transformer la prise de conscience en actions concrètes. Ces orientations figurent dans le document final. À la clôture, Lazare Eloundou Assomo a souligné que cette contribution majeure à la communauté du patrimoine mondial était rendue possible grâce au Vietnam.

Le troisième est le lien entre politique et pratique. Pour la première fois, un événement consacré à l’authenticité a été directement associé à une opération concrète de conservation : le lancement, le 29 septembre, du projet de conservation, de restauration et de réhabilitation du palais Kinh Thien, ainsi que les visites de terrain à Trang An et Tam Chuc. Les participants ont pu observer les pratiques vietnamiennes à la Citadelle impériale de Thang Long, exemple de coopération conciliant conservation et développement. Les partenaires internationaux ont également considéré le Vietnam comme une « destination particulièrement significative » pour ce dialogue mondial.

Le quatrième concerne la capacité d’organisation. L’accueil du Dialogue à Hanoï et à Ninh Binh a confirmé les capacités du Vietnam et renforcé son positionnement en tant que partenaire fiable et lieu privilégié pour les initiatives culturelles et patrimoniales ainsi que pour le dialogue multilatéral dans la région, contribuant ainsi à renforcer son rayonnement et son soft power.

Journaliste : Monsieur le Vice-ministre, que signifie, pour la position et le rôle du Vietnam dans la diplomatie culturelle et les mécanismes multilatéraux actuels, l’élaboration d’un document international sur le patrimoine portant le nom de Hanoï à l’occasion du 50e anniversaire des relations Vietnam-UNESCO ?

Vice-ministre Ngo Le Van : La réussite de l’organisation conjointe, par le Vietnam et l’UNESCO, du Dialogue et l’adoption du Document de Hanoï à l’occasion du 50e anniversaire des relations Vietnam-UNESCO témoignent du nouveau rôle du Vietnam dans les relations multilatérales et la diplomatie culturelle.

Il s’agit d’abord d’une nouvelle étape dans les relations Vietnam-UNESCO après 50 ans : de la réception d’aides et de la participation à une contribution active. En 1981, à Hanoï, le Directeur général de l’UNESCO avait appelé la communauté internationale à unir ses efforts pour sauver l’ancienne capitale impériale de Hue, alors que le Vietnam traversait encore de grandes difficultés après la guerre. Quarante-cinq ans plus tard, toujours à Hanoï, le Vietnam, l’UNESCO et des experts internationaux ont élaboré ensemble un document stratégique sur le patrimoine. C’est une illustration concrète des progrès du pays et de la profondeur du partenariat Vietnam-UNESCO après un demi-siècle.

Cela témoigne également des capacités et du prestige du Vietnam à initier, fédérer et contribuer à façonner des questions stratégiques aux niveaux régional et mondial. La proposition du Centre du patrimoine mondial de confier au Vietnam l’accueil du Dialogue illustre la confiance de l’UNESCO envers notre pays. Avec l’initiative vietnamienne proclamant la Décennie internationale de la culture pour le développement durable 2027-2036, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le Document de Hanoï confirme que le Vietnam contribue à l’orientation des politiques et à l’élaboration des normes internationales dans les domaines de la culture et du patrimoine.

Il s’agit aussi d’une empreinte d’une diplomatie culturelle qui crée des espaces et mobilise des ressources au service du développement national. Le Dialogue contribue à concrétiser les orientations du XIVe Congrès national du PCV et plusieurs résolutions sur la culture, la politique extérieure et le tourisme. Elle contribue ainsi à transformer les ressources culturelles en ressources au service du développement national, à renforcer le soft power et à rehausser le statut du pays.

Journaliste : Le Vietnam souhaite que le Document de Hanoï « ne s’arrête pas à la prise de conscience, mais devienne une orientation pour l’action ». Après le Dialogue, que fera le Vietnam pour traduire ses recommandations en politiques et en pratiques de gestion et de conservation du patrimoine, tout en leur donnant une portée régionale ?

Vice-ministre Ngo Le Van : Nous considérons que la valeur du Document de Hanoï réside dans sa capacité à se traduire concrètement dans la pratique. Le Vietnam agira simultanément à trois niveaux : mondial, régional et national.

À l’échelle mondiale, en tant que vice-président du Comité du patrimoine mondial, le Vietnam coopérera étroitement avec le président du Comité, le Centre du patrimoine mondial et les organes consultatifs que sont l’ICOMOS, l’ICCROM et l’IUCN afin de présenter les résultats du Dialogue à la 49e session du Comité du patrimoine mondial, qui se tiendra à Istanbul, en Türkiye, en 2027. L’objectif est de faire contribuer les recommandations du Document de Hanoï à l’amélioration des orientations pour la mise en œuvre de la Convention et à une Liste du patrimoine mondial plus équilibrée, représentative et crédible.

À l’échelle régionale, le Vietnam concrétisera les trois propositions formulées lors du Dialogue : créer un Réseau de coopération sur le patrimoine en Asie-Pacifique ; organiser régulièrement, avec l’UNESCO, des programmes régionaux de formation pour les jeunes experts du patrimoine ; et faire de ce Dialogue un forum régional régulier. En 2027, le Vietnam accueillera l’APEC et intégrera les messages sur la culture et le patrimoine comme trait d’union entre les économies, afin de promouvoir le tourisme durable, les industries créatives et les échanges entre les peuples.

À l’échelle nationale, le gouvernement vietnamien demandera aux ministères, secteurs et collectivités locales de prendre en compte les résultats du Dialogue et d’étudier l’intégration des recommandations du Document de Hanoï dans les politiques culturelles et patrimoniales. Il s’agira notamment d’évaluer l’authenticité sur la base de preuves scientifiques, en associant sources matérielles, écrites et orales, environnement et savoirs des communautés ; de déterminer, lors des travaux de restauration, ce qui a été préservé, transformé ou perdu ; d’intégrer les exigences de conservation dès la planification des projets ; et de garantir la participation des communautés dès le début.

Le Document de Hanoï servira également de référence pour les dossiers de candidature que le Vietnam prépare, notamment Oc Eo-Ba The, Co Loa, les tunnels de Cu Chi, Hang Con Moong et Van Long-Kim Bang-Tam Chuc. Le Vietnam renforcera la diffusion du document auprès des gestionnaires de sites patrimoniaux, des instituts de recherche, des universités et des communautés.

Journaliste : Le lancement du projet du palais Kinh Thien est un événement très attendu et revêt une grande importance pour le Vietnam, Hanoï et le Centre de conservation du patrimoine de Thang Long-Hanoï. Quel soutien avons-nous reçu de nos partenaires internationaux et de l’UNESCO ? Quelles seront les prochaines priorités pour préserver et valoriser au mieux le site du patrimoine mondial de la Citadelle de Thang Long ?

Vice-ministre Ngo Le Van : La Citadelle de Thang Long est un symbole sacré de la nation et le centre du pouvoir politique du Vietnam depuis 13 siècles. Le lancement du projet du palais Kinh Thien revêt une importance particulière. Grâce à 15 années de recherches et de coopération, notamment au cours des trois dernières années, le Comité du patrimoine mondial a, pour la première fois en près de 55 ans de mise en œuvre de la Convention, approuvé une modification de l’état du bien dans sa zone centrale. Cette année marque ainsi une étape historique, avec un soutien décisif à la reconstruction du palais Kinh Thien.

Dans ce processus, nous avons bénéficié du soutien de l’UNESCO, des États membres et des experts internationaux. Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS ont apporté leurs conseils tout au long de l’élaboration du dossier. Les membres du Comité ont salué l’ouverture, le sérieux, le sens des responsabilités et la rigueur scientifique du Vietnam dans sa coopération, ainsi que le respect de ses engagements depuis l’inscription du site en 2010 et des recommandations internationales.

Le directeur du Centre du patrimoine mondial, Lazare Eloundou Assomo, ainsi que les experts de l’ICOMOS ont souligné que la Citadelle de Thang Long revêt une importance majeure pour le Vietnam et le monde. Ils l’ont qualifiée de « miracle » et de contribution du Vietnam, ouvrant de nouvelles perspectives pour la conservation et la valorisation du patrimoine mondial. Il a souligné qu’il s’agissait d’un modèle de coopération entre un État membre, l’UNESCO et ses organes consultatifs, d’un exemple de conservation pour les autres pays et d’une contribution du Vietnam à la civilisation humaine. Les ambassadeurs et représentants internationaux considèrent les résultats de cette coopération comme une expérience précieuse à partager largement avec les États membres.

À l’avenir, nous devons continuer à respecter pleinement les engagements et recommandations du Comité ainsi que la Vision du site, renforcer la coopération avec l’UNESCO, l’ICOMOS et les experts internationaux et poursuivre les travaux de conservation, de restauration et de réhabilitation sur une base scientifique, en garantissant l’authenticité, l’intégrité et la valeur universelle exceptionnelle du site. Il s’agit de contribuer à faire revivre l’histoire nationale, à raviver la force fédératrice de plusieurs millénaires d’histoire et à répondre aux aspirations des générations présentes et futures.

Journaliste : Je vous remercie, Monsieur le Vice-ministre.

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