L’histoire d’un hameau artisanal de sculpture de statues vieux de plus d’un siècle au cœur de Hô Chi Minh-Ville

Niché dans une petite ruelle près de la pagode Giac Hai, dans le quartier de Phu Lam à Hô Chi Minh-Ville, un hameau artisanal spécialisé dans la fabrication de statues de Bouddha existe depuis environ un siècle.

Tam Kiet, un artisan avec plus de 40 ans d'expérience dans le métier. Photo : VOV
Tam Kiet, un artisan avec plus de 40 ans d'expérience dans le métier. Photo : VOV

Ses créations sont appréciées par des clients venus de tout le pays pour le soin et la dévotion que les artisans mettent dans leur travail.

Situé dans une petite ruelle quelque peu sinueuse, près du pont Ong Buong, dans le quartier de Phu Lam, ce hameau spécialisé dans la sculpture de statues de Bouddha s’est discrètement développé au fil d’un siècle, devenant un élément singulier au cœur de l’animation de Saïgon.

Le long de la ruelle, on trouve des enseignes défraîchies ainsi que des statues de Bouddha déjà moulées ou encore inachevées. Dans cette atmosphère paisible, les artisans travaillent minutieusement à modeler, sculpter, lisser et peindre des statues très réalistes, principalement en ciment et en plâtre.

Âgé de plus de 70 ans, Ba Tien, propriétaire du plus grand et du plus ancien atelier du hameau, raconte les origines de ce hameau centenaire : « Nous étions trois frères. Les deux aînés sont devenus moines. Quant à moi, j’ai demandé la permission de fabriquer des statues de Bouddha afin que les fidèles et les gens puissent les vénérer et les honorer davantage. Je suis dans ce métier depuis plus de 60 ans. À l’époque, j’ai commencé à travailler avec mon père. Cet atelier lui appartenait. À l’époque, nous ne fabriquions pas les statues en ciment comme aujourd’hui, mais uniquement en bois. Puis mon père est passé à l’argile, avant de se mettre au ciment. »

Pour Ba Tien comme pour les habitants du hameau de sculpture de statues de Bouddha, il ne s’agit pas simplement d’un métier permettant de gagner sa vie. C’est aussi un lieu associé à la quête de sérénité, à la préservation de la bienveillance et au maintien de la foi dans une vie quotidienne mouvementée. Pour réaliser une statue complète, l’artisan doit faire preuve de persévérance, de patience, de sincérité et d’habileté.

Le travail commence par la réalisation d’une armature, en fer ou en bois, qui permet de donner à la statue sa forme initiale. Les artisans appliquent ensuite du ciment ou du plâtre, couche après couche, avant de poncer la surface pour la rendre lisse et douce, à l’image de la peau humaine. La dernière étape consiste à peindre et à dessiner les détails, les yeux constituant l’élément le plus important. Les artisans disent souvent que « les yeux sont l’âme de la statue », car un simple trait mal placé peut lui faire perdre son expression sacrée.

La réalisation d’une statue complète peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Pendant tout ce temps, l’artisan doit mettre ses émotions, sa patience et sa sincérité dans chaque détail. C’est pourquoi les statues de Bouddha fabriquées ici ne sont pas seulement belles sur le plan esthétique : elles possèdent aussi une « âme », une force intérieure qui procure un sentiment de paix à ceux qui les contemplent.

Un autre artisan du hameau, Tam Kiet, exerce ce métier depuis plus de 40 ans. Selon lui, l’état d’esprit de l’artisan influe directement sur l’âme de son œuvre : « Quand j’étais triste à l’époque, même si on essayait de me faire rire, je n’y arrivais pas. Mais quand j’étais heureux et enthousiaste, quelle que soit la manière dont je peignais, je trouvais toujours que le résultat était joyeux. »

Selon les témoignages des artisans âgés, le hameau de sculpture de statues de Bouddha a autrefois acquis une renommée dans tout le pays, du Sud au Nord, et comptait même des clients étrangers. À certaines périodes, les commandes destinées à l’exportation étaient importantes et chaque atelier employait entre 40 et 50 ouvriers dans les différents domaines de production. Le travail ne manquait pas et les familles du hameau pouvaient assurer leur subsistance.

Dans ce hameau de sculpture de statues de Bouddha, le métier ne se limite pas à un moyen de subsistance. Il est aussi le prolongement d’une tradition et la fierté de familles qui y sont attachées depuis plusieurs générations. Le père transmet son savoir-faire à son fils, qui le transmet à son tour à son propre enfant, comme un fil reliant le passé au présent. C’est précisément cet attachement qui a façonné une petite communauté où les bruits des outils et du ponçage résonnent chaque jour, tels les battements d’un patrimoine vivant au cœur de Saïgon.

Mais le temps, avec ses périodes de prospérité et de difficultés, a également marqué l’évolution paisible du hameau artisanal. L’épidémie de Covid-19 est arrivée, marquant une période où les commandes ont nettement diminué. Dans le même temps, de nouveaux matériaux, mieux adaptés aux évolutions de l’époque, ont fait leur apparition. Le hameau de sculpture de statues de Bouddha a ainsi connu de nombreux changements.

Ba Tien, comme Tam Kiet, évoque son métier avec une affection mêlée de résignation : « Autrefois, il y avait plusieurs dizaines d’ouvriers, aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une quinzaine. Cela me rend un peu triste. J’ai appris le métier à mes enfants, mais lorsqu’ils le pratiquent, le résultat n’est pas toujours comme je le souhaiterais. »

Les évolutions de l’époque, le remplacement progressif des matériaux traditionnels, la hausse du prix des matières premières encore utilisées et le manque d’intérêt des jeunes générations pour le métier de leurs ancêtres sont autant de difficultés. Pourtant, au plus profond d’eux-mêmes, les artisans âgés considèrent que la fabrication de statues de Bouddha n’est pas seulement un moyen de subsistance, mais aussi une responsabilité envers leurs ancêtres et la culture nationale. C’est pourquoi, tant qu’ils le pourront, le hameau continuera d’exister.

La ville reste animée par le va-et-vient des passants, tandis que la petite ruelle près du pont Ong Buong continue, aujourd’hui encore, de transmettre discrètement un sentiment de paix à travers ses statues de Bouddha. Le temps passe, mais la petite communauté résonne chaque jour du bruit des outils, du ponçage et de l’odeur de la peinture fraîche.

Sans se prononcer sur l’avenir, une chose demeure : le hameau de sculpteurs de statues de Bouddha a, au cours de son siècle d’existence, transmis de nombreuses valeurs à la communauté, offrant à Saïgon - Hô Chi Minh-Ville un petit coin chargé de beauté et de sens.

Back to top